L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LIMOUSIN Charles, Henri




45796

Charles Limousin (dit "Charlot"), est né le 27 juillet 1906 à Châtellerault (Vienne). Il y habite au 37, quai d'Alsace-Lorraine, au moment de son arrestation.
Il est marié et père de 3 enfants. Il travaille comme électricien à la Manufacture d'armes de Châtellerault. Maurice Rideau, son camarade de travail, le décrit comme «un gaillard d'1 m 82 et près de cent kilos, d'une force herculéenne ».
Membre du Comité de section du Parti communiste, il est secrétaire de l'Union locale CGT et secrétaire général du Syndicat des travailleurs de l'Etat de Châtellerault.
Il est arrêté le 23 juin 1941 à la Manufacture, par des soldats allemands et des policiers français, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le blog l’article « L'Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Charles Limousin est incarcéré au camp allemand de la Chauvinerie-Poitiers, puis transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 11 juillet où il fait fonction de vaguemestre. D’après le témoignage d’Emile Lecointre, il faisait partie de l'organisation communiste clandestine du camp.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Limousin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45796.
A Auschwitz, il est d'abord affecté au block 15. Il retrouve Louis Cerceau et Maurice Rideau qui raconte : "nous n'étions ni dans le même Kommando, ni dans le même Block, mais nous nous rencontrions chaque fois que nous le pouvions, soit le soir, soit le dimanche après midi, ce en raison de la profonde amitié qui nous liait. Nous nous connaissions depuis plusieurs années avant notre arrestation, nous habitions le même quartier et travaillions tous deux à la manufacture de Châtellerault"… "Les conditions particulières que nous subissions dans le camp nous rapprochaient, surtout qu'à cette époque nous n'étions plus que quatre châtelraudais vivants"…

C'est lors d'une de leurs rencontres que Charles Limousin raconte à Maurice Rideau une anecdote de la clandestinité à l'hiver 1940 : contacté en urgence par Alphonse Rousseau qui lui a donné rendez-vous chez lui à 19 heures, Charles Limousin se croit victime d'un guet-apens car il se sent suivi rue de Thurée… Après une série de manœuvres destinées à en avoir le cœur net, il se rend compte que son suiveur - qui se croit lui aussi suivi, est en réalité un "camarade venu exprès de Paris pour savoir quelles sont les possibilités d'actions à Châtellerault contre les Allemands (…) Je ne sais pas si Limousin l'a revu par la suite et s'il a su qui il était, mais il ne me l'a pas dit… et par discrétion, je ne lui ai pas demandé". Etait-ce Octave Rabate (qui dirigea le PCF clandestin dans l’ouest de la France jusqu’à son arrestation le 27 mars 1942. Lui, son épouse Maria et René Amand assuraient la direction clandestine dans la Vienne), ou encore Boisseau, le représentant du Comité central du Parti communiste à Niort auprès duquel le couple Rabaté avait repris contact avec le PCF ?.
Puis, Charles Limousin est affecté au block 19. Il travaille au kommando "Kanal", puis à l’usine SS d’armement de la DAW (Deutsche AusrüstungsWerke) qui fabrique des caisses de munitions. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11 et La Résistance dans les camps nazis . A sa sortie du block 11 il est affecté au Block 22, puis au Block 7.
Sachsenhausen @ AFMD
Charles Limousin est transféré le 29 août 1944 à Sachsenhausen avec 28 autres "45000". Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
A son arrivée il cherche des camarades, dont Marcel Couradeau de Poitiers, qui en a témoigné "j'ai eu la joie de rencontrer Limousin, qui lors de l'exode d'Auschswitz fut refoulé sur Sachsenhausen". Celui-ci lui raconte la mort de René Amand au Kommando terrassement à Auschwitz. On ignore par contre à quel kommando Charles Limousin est affecté à Sachsenhausen. En effet contrairement à ce que Roger Arnould avait cru initialement, Charles Limousin n'a pas été affecté au Kommando Heinkel : Marcel Courradeau qui y était affecté est formel : Charles Limousin n'est pas à Heinkel avec lui (recherches de Raymond Jamain).
Le 5 février 1945, Charles Limousin est transféré de Sachsenhausen à Buchenwald avec 80 déportés, seul "45000", mais avec une vingtaine d'autres français, anciens de Sachsenhausen (parmi eux Frescura et Emile Dubois, l'ancien maire d'Aubervilliers).
Monument de Buchenwald @ Pierre Cardon
A Buchenwald il reçoit le matricule 30917. Il est épuisé, très malade, dit Raymond Montégut, qui arrive à Buchenwald le 23 février 1944, avec Lucien Penner, Robert Lambotte et Camille Nivault (transfert de main d’œuvre de la DAW d'Auschwitz). 
Raymond Montégut témoignera en 1945 être allé voir Charles Limousin à l'infirmerie du camp peu avant sa mort, qui selon lui est survenue le dernier dimanche du mois de mars (le 30) 1945, période que confirma Edgard Validire - compagnon de Résistance de Charles Limousin, arrêté en 1943 et déporté à Buchenwald en janvier 1944 - qui en fut informé par un polonais ("Willi") affecté au Revier.
Charles Limousin est en effet inscrit au Totenbücher (le "registre des morts") à la date du 2 avril 1945. L'arrêté paru au JO du 17 mai 2008 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès a fait inscrire "Décédé le 2 avril 1945 à Weimar (Allemagne").
Son nom et celui des 3 autres Chatelraudais du convoi du 6 juillet 1942 morts à Auschwitz est inscrit sur la plaque apposée dans le hall de la mairie en « Hommage aux victimes de la guerre 1939-1945 de la commune de Châtellerault ».

Sources

  • Témoignage de plusieurs rescapés :
  • Maurice Rideau "46.056" (lettre à Roger Arnould du 6 novembre 1979),
  • Raymond Montégut, qui était avec Charles Limousin à Buchenwald,
  • Marcel Couradeau (employé des PTT à Poitiers était membre du bureau fédéral du Parti communiste avant guerre) : il a vu Charles Limousin à Sachsenhausen, en décembre1944.
  • Lettres de Raymond Jamain (septembre 1972 et 1989) de l’ADIRP de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen, (1973).
  • Lettre d’Emile Lecointe (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Liste établie par Aristide Pouilloux, instituteur à Châtellerault, arrêté le 23 juin 1941. Déporté à Oranienbourg-Sachsenhausen, rescapé.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Photo archives FNDIRP

Biographie rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, complétée en mai 2011 et février  2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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