L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FOURET Georges, Armand, Adrien



Matricule 45555 à Auschwitz

Georges Fouret est né au domicile de ses parents le 10 mai 1895 à Saint-Clair, près de Loudun (Vienne), et y habite au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Amanda Ribanneau, 26 ans, sans profession et de Xavier Fouret, 35 ans, cultivateur, son époux.
Dès l’âge de 12 ans, Georges Fouret travaille dans les champs.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Saint-Clair, où il travaille comme cultivateur. Il mesure 1m 70 (taille rectifiée à 1m 67), a les cheveux châtains, les yeux bleus clairs, le front vertical et le nez rectiligne. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Il est mobilisé par anticipation fin 1914, comme tous les jeunes gens de sa classe, depuis la déclaration de guerre. Le 17 décembre 1914 il est incorporé au 114ème  régiment d’infanterie. Le 10 mars 1915, après les classes, il est affecté au 409ème Régiment d’infanterie, constitué en 1915 à Châtellerault. il participe à la bataille de Verdun en février-mars 1916 (secteur de Douaumont). 
Le village de Vaux après l'attaque allemande du 8 mars 1916
Sa compagnie est au front le 8 mars 1916 : « Le bombardement commencé vers 6 h en arrière des tranchées redouble de violence et est dirigé sur les premières lignes. A 10 h, les tranchées de la 5ème Cie sont arrosées de gros projectiles. Celles de la 4ème section n'existent plus ; on a l'impression que les morts se touchent et les obus pleuvent ainsi jusqu'à 16 h » (in le blog du 409ème). Georges Fouret est blessé (plaie à la main) par un éclat d’obus le 8 mars 1916, à Vaux, devant Damloup, (Meuse) dans le secteur de Verdun. La commission de réforme de Roanne d’octobre 1916 le propose pour la réforme n°1 avec gratification de 6ème catégorie pour : « perte du médius gauche avec les 2/3 des métacarpiens, perte des trois phalanges de l’index gauche. Limitation de la flexion des articulations métacarpo-phalangiennes des deux derniers doigts de la main gauche (éclat d’obus) ». Il est admis à la réforme n°1 avec pension de 840 francs avec jouissance au 11 septembre 1920. Le 26 octobre 1920 la commission de Poitiers le propose pour une pension permanente à 35 % pour  « à la main gauche désarticulation de l’index, amputation du médius et de son métacarpien, atrophie de l’avant-bras : 1 cm 1/2. Cicatrice verticale de 7 cm au bras, ganglion épitrochléen tuméfié et induré »
La commission de Tours en 1928 confirme les 35 % : « Désarticulation de l’index, perte du médius et de son métacarpien main gauche,avec limitation de la flexion de l’annulaire à 4 cm du poignet. Flexion du poignet diminuée à 90 PM. Cicatrice face interne bras gauche avec présence de quelques éclats ».
En juillet 1936, la CR de Tours le propose pour une pension de 45 % d’invalidité pour « reliquat de blessure de la main gauche par éclat d’obus, gêne considérable de la préhension ».,
Malgré ce handicap, il a repris son travail de cultivateur. Il est «cultivateur authentique» écrit-il en 1937.
Georges Fouret est marié, père de deux enfants.
Il est adhérent de l’Internationale Paysanne, abonné à la «Voix paysanne». 
Il est élu maire de Saint-Clair en 1929 et justifie la confiance de ses concitoyens qui le réélisent en 1935, dès le premier tour, en raison de ses qualités d’administrateur municipal, sa connaissance du monde agricole. Il sera ensuite conseiller municipal. En 1934, le philosophe Georges Politzer vient à Saint-Clair. A la suite d’une de ses conférences, Georges Fouret crée avec Firmin Sapin, en 1934, la cellule du PCF de Saint-Clair, dont il est le secrétaire. Cette même année, il est (avec Firmin Sapin), également le principal animateur du Comité antifasciste de Saint-Clair.

Il est le candidat du Parti communiste aux élections législatives de 1929, 1935 et à l’élection complémentaire partielle du 11 juin 1937, circonscription de Loudun, (document ci-contre). En 1936 il organise avec ses camarades un grand banquet du Front populaire, avec un défilé dans le bourg. Georges Fouret est déchu de son mandat électif au début de 1940(2).
Il fait partie de l'association sportive « La Joyeuse », créée à la fin de l’année 1940, «où se retrouvaient une bonne partie de ceux qui restaient attachés à la République et hostiles aux occupants ainsi qu’au gouvernement de Vichy»(1). Elle va servir de « couverture » aux activités de la Résistance. Il est l’organisateur des premiers groupes de résistance «sur la région de Loudun-St Clair-Monts sur Guesnes». «Il abrite et fait passer en zone libre les communistes recherchés par les Allemands» (3).
Le Frontstalag 122
Georges Fouret est arrêté le 23 juin 1941 dans sa commune, par des policiers français et des soldats allemands. Il est interné au camp allemand de Poitiers-La Chauvinerie, puis transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstallag 122) le 11 juillet 1941. Maurice Rideau le décrit comme « intelligent et serviable ». Son arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le blog l’article « L'Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Dans une lettre envoyée clandestinement à sa femme le 20 septembre 1941, Georges Fouret lui demande : « …Si vous pouvez (…) envoyer un colis agricole à la femme d’un de mes amis d’ici (…) madame Cronier René à  Neuilly-Plaisance : fayots, patates, carottes, navets. Vous joindrez la facture au colis, au minimum bien entendu. Cet ami m’a rendu de réels services ». Il s’agit de René Cronier, qui va être lui aussi déporté à Auschwitz.
Georges Fouret : Dessin d'Alfred Quinquenau
octobre 1941. © VRID
A Compiègne, un de ses camarades de la Vienne, Alfred Quinqueneau, qui sera déporté à Buchenwald, fait son portrait (il signe Alqui)..
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Fouret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45555". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Georges Fouret meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 301). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte néanmoins «décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (JO du 19 juin 2009), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Plaque
Une plaque au Monument aux Morts rappelle sa mémoire. Une stèle à la mémoire de Georges Fouret a été édifiée au cimetière de Saint Clair. Le 8 mai 1975, la "Place du Monument aux Morts et aux Résistants", est inaugurée à Saint Clair en présence de Raymond Jamain pour la FNDIRP départementale (la FNDIRP de Saint-Clair avait souhaité que cette place fut baptisée «place de la Résistance» eu égard au lourd tribut payé par la Résistance à Saint-Clair : 3 fusillés à Biard, six déportés, cinq internés. Plus de vingt orphelins !).

Sources
  • «La Résistance dans la Vienne», récit du groupe FTPF de Saint Clair, par Michel Sapin, fils de fusillé, Saint Clair, 1987, p 3, 8, 9, 36, 41, 42 (Photos).
  • Suite à un arrêté de février 1940 du Conseil de préfecture du département de la Vienne et en application de la loi du 20 janvier 1939, tout élu communiste est «de plein droit» déchu de son mandat électif s’il n’en n’a pas démissionné ou s’il n’a pas dénoncé publiquement - avant le 26 octobre 1939 - son adhésion au Parti communiste et toute participation aux activités interdites par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes.
  • Roger Picard, La Vienne dans la guerre 1939/1945 : la vie quotidienne sous l’Occupation, Lyon : Horvath, 1993. p 169.
  • Recherches de Raymond Jamain, de l’ADIRP de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen, (lettres de 1972 et 1989).
  • Témoignages de Maurice Rideau, « 46.056 », qui a entretenu une volumineuse correspondance avec Roger Arnould entre 1972 et 1973 au début de ses recherches.
  • Recherches de Michel Bloch. Historien, professeur honoraire à l’université de Poitiers. Ancien chef de cabinet de François Billoux en 1945-1946. A la demande de Roger Arnould, il a effectué des recherches en 1972/1973 auprès des militants communistes survivants.
  • Lettre d’Emile Lecointe (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 28, page 171.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Registres matricules militaires de la Vienne.
  • © Memorial Genweb. Jérôme Moreau
  • Extrait de « Avec le 409 èmeRI - histoire vécue des poilus du 409 ème» Maurice Brillaud, in le blog du 409ème.
  • Dessin d'Alqui, sur le Site « Vienne Résistance Internements Déportation » (http://www.vrid-memorial.com/), lire les nombreux articles consacrés à cette répression à l’encontre des résistants et maquis de la Vienne jusqu’à fin août 1944.
Biographie rédigée en 2011 (complétée en 2016) à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, complétée en mai 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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