L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FAVRET, Georges, Jean



«Jean» Favret est né à Montigny-lès-Cherlieu (Haute-Saône) le 1er août 1913. Il habite à Passavant-la-Rochère (Haute-Saône) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie Louise Morlot, 27 ans, sans profession, née à Montigny et de Florentin Favret, 31 ans, né à Montigny, terrassier, son époux. Les deux témoins, cultivateurs, sont Jean-Baptiste et Arthème Favret. Il a une sœur aînée, Alice Denise, née le 10 décembre 1910. Leur père, mobilisé au 42e RI est tué à l’ennemi en 1915. Jean Favret et sa sœur sont adoptés par la Nation (jugement du tribunal de Vesoul en date du 21 avril 1920).
Il est tuilier. Célibataire. Jean Favret est membre des Jeunesses  communistes.
Georges Cogniot qui est né dans le même village - en 1901 - l’a connu (ils sont arrêtés le même jour et internés ensemble à Compiègne). 
L'évasion, page 135, ed. 1947
Dans «l’Evasion » recueil de nouvelles ayant la Seconde Guerre Mondiale pour thème, la nouvelle intitulée « Au Ballon d'Alsace » est lui dédiée « À la mémoire de mon ami Jean Favret, que ses camarades reconnaîtront ici ». Sous le nom de Masson, il fait son portrait « Sur un corps d’athlète resplendissait sa tignasse rouge, qui couronnait un visage mangé par des tâches de rousseur et troué de grands yeux bleus, limpides et doux. Dans le clair obscur Lambert fixait avec jalousie les mains de Masson (Favret), des mains agiles et puissantes qui s’étaient développées en faisant plus d’un métier, en maniant tour à tour les mancherons de la charrue et, dans les laiteries de la Saône, les meules de gruyère ; des mains solides, cuites et comme galvanisées au défournage, dans les tuileries des hautes vallées (…) L’école quittée tout de suite après le certificat, parce qu’il était le cadet de quatre orphelins de guerre (…). (1) 
Depuis l’armistice du 22 juin 1940, la Haute-Marne est coupée en deux par la ligne de démarcation. Une partie du département est en « zone interdite » (le retour des réfugiés ne pouvait s’y faire), et pour les nazis, elle est destinée à devenir une zone de peuplement allemand (un retour à la Lotharingie - soit pour la France un territoire englobant la Lorraine, l’Alsace et la partie du Nord située à l'est de l'Escaut, tandis que l’autre moitié se transforme en territoire de stationnement des troupes allemandes. « Département industriel, ses richesses prennent le chemin de l’Allemagne ; département agricole, il pourvoit à l’approvisionnement des nombreux régiments (…) » in La Haute-Marne dans la guerre 1939-1945 (Marie-Claude Simonnet, Didier Desnouvaux, et Lionel Fontaine). 
Jean Favret est arrêté le 22 juin 1941 par la police allemande assistée par la police française.
Cette arrestation s'inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 23 Haut-Saônois seront arrêtés.
A Vesoul, en moins de trois heures, la police municipale arrête Georges Cogniot (universitaire, dirigeant national communiste, évadé de Compiègne le 22 juin 1942), Jules Didier (évadé de Compiègne en 1943, il rejoint les maquis du Jura), l’horloger Koulikowski, d’origine russe, sympathisant communiste et Lucienne Weil, institutrice communiste.
Six autres Haut-Saônois sont arrêtés puis déportés à Auschwitz comme Jean Favret dans le convoi du 6 juillet 1942 : Gustave Baveux, Pierre Cordier, Henri Corne, Albert Morel, Zéphyrin Toillon, Gilbert Vorillon.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par les Allemands (ici à Lure, puis à Vesoul - et peut-être Chaumont), les Haut-Saônois sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht (le Frontstalag 122) qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. 
A Compiègne, il reçoit le n° matricule "648". 
Liste des jeunes communistes déportables à l'Est
Jean Favret figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne (nés entre 1912 et 1922), aptes à être déportés "à l’Est", (Kommunistischer Häftlinge des Interniertenlagers) en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV-198). 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Favret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 45529 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Toutefois il pourrait être confirmé par la reconnaissance de la photo du jeune déporté portant ce numéro.
La description que fait Georges Cogniot d'un garçon au visage mangé par les taches de rousseur - ce qui semble être le cas - et l'âge du déporté semblent correspondre.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Jean Favret meurt à Auschwitz le 2 décembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 276). L’arrêté ministériel du 17 octobre 1969 relatif à l'apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès (J.O. du 10 décembre 1989), porte la mention «décédé en décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)».
La maman de Jean Favret a fait les démarches pour qu’il soit homologué « Déporté politique ». Son nom figure sur le monument aux morts de Montigny-lès-Cherlieu et de Passavant-la-Rochère (place Jeanne d'Arc), et sur le monument commémoratif départemental «La Résistance à ses 687 martyrs 1940-1945», place du 11e Chasseurs à Vesoul.
  • Note 1 : Certains éléments de la fiction correspondent (Jean Favret est tuillier), d’autres non (il est bien orphelin de guerre, mais n’a qu’une sœur… et non quatre, mais les Favret sont nombreux dans le village et plusieurs d’entre eux ont été tués en 14/18, laissant de nombreux orphelins). 
Sources
  • Correspondance avec Mme Elizabeth Pastwa, conservateur au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (septembre 1991).
  • Correspondances avec Jean Louis Chognard (octobre 1991), professeur à Rioz, auteur d’un travail sur Résistance et Déportation à Rioz.
  • Correspondance de Jean Louis Chognard et Pierre Grosdemange, responsable des FFI de Rioz après septembre 1943 qui a recueilli les souvenirs de Jules Didier (militant communiste arrêté le 22 juin 1941, évadé de Compiègne en février 1943 et qui rejoignit les maquis du Jura).
  • Correspondance avec Maurice Decousse, Fédération des Résistants et Déportés de la Haute-Saône (28 octobre 1991).
  • Jean Favret est cité par le général Bertin dans son ouvrage « Résistance en Haute-Saône ».
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Mémorial an Museum Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com.
  • Serv@ncnaute Généalogie des Vosges Saônoises Haute-Saône. 
Notice biographique rédigée en avril 2011, complétée en 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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