L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEDIN Félix



Félix Bedin est né le 10 août 1896 à Marnes (Deux-Sèvres). 
Il est le fils de Delphine Mareh et de Pierre Bedin son époux. Il habite faubourg du Marbray à Loudun (Vienne) au moment de son arrestation.
Il est recensé pour la classe 1916 avec le matricule 1382 pour la subdivision de Niort-Parthenay. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 61, a les cheveux châtain et les yeux gris, le nez moyen, le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Félix Bedin est valet de chambre au moment de son incorporation.
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation (en 1915), comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est appelé sous les drapeaux le 10 avril 1915 et incorporé au 20ème Régiment d’Artillerie. Au fur et à mesure que les combats et les pertes s’intensifient, les régiments sont reformés.
Le 21 avril 1916, il passe au 109ème régiment d’artillerie lourde, puis le 7 juillet au 49ème régiment d’artillerie. Le 1er octobre 1917, il est transféré au 20ème régiment d’artillerie, le 21 décembre au 115ème régiment d’artillerie lourde, le 8 février 1918 au 104ème régiment d’artillerie lourde et le 1er mars au 143ème Régiment d’artillerie lourde. Le 12 avril, il passe administrativement dans la réserve de l’armée active, mais est maintenu sous les drapeaux en application du décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Le 4 septembre 1918, il est nommé brigadier.
Le 16 janvier 1919, il revient au 115ème Régiment d’artillerie lourde et passe enfin au 13ème régiment d’artillerie le 1er février. 
Félix Bedin est démobilisé le 23 août 1919 par le dépôt du 20ème Régiment d’Artillerie et se retire à Marnes (« certificat de bonne conduite accordé »). 
Ses campagnes contre l’Allemagne sont comptabilisées du 10 avril 1915 au 22 août 1919.
Le 5 octobre 1919, Félix Bédin est classé « affecté spécial de l’administration des Chemins de fer de l’État » (4ème section des Chemins de fer de campagne, subdivisions complémentaires), en qualité d’homme d’équipe à Thouars (Deux-Sèvres). Il est déclaré embauché par cette société le 8 octobre.
En février 1927, il habite au 2 rue du Dépôt à Thouars.
Le 2 mars 1930, il reçoit la carte du Combattant.
Félix Bédin épouse Marguerite Lagiron le 6 avril 1920 à Messais (Vienne). Le couple aura deux enfants.
Le 2 mars 1930, il reçoit la carte du Combattant. Cette même année il est nommé chef de train à Loudun (Vienne) il a le numéro matricule SNCF 40637).
Félix Bedin dirige le "rayon" du Parti communiste à Loudun.
Le drapeau nazi sur la mairie de Loudun D.r. 
Il est arrêté le 23 juin 1941 à Loudun par des policiers français, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». 
Lire dans le blog l’article « L'Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Félix Bedin, incarcéré au camp allemand de la Chauvinerie-Poitiers, est interné au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le 11 juillet 1941.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Félix Bedin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro "45221 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Félix Bedin est mort le 10 octobre 1942 à Auschwitz d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 62).
Sa fiche d'état civil, établie en France le 11 juillet 1946 porte toujours la mention «décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
La mention "mort pour la France" a été apposée sur son acte de décès, ainsi que la mention “Mort en déportation” (J.O. du 18 juillet 1987).
Son nom est honoré sur le monument "Aux enfants de Loudun Morts pour la France" érigé dans un espace vert sur le boulevard extérieur de la ville, près du carrefour RD 147, direction Saumur.

Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste établie par Aristide Pouilloux, instituteur à Châtellerault, arrêté le 23 juin 1941, déporté à Oranienbourg-Sachsenhausen, rescapé.
  • Lettre de Maurice Rideau à Roger Arnould (2 octobre 1971).
  • Lettre de Raymond Jamain (1989) de l’ADIRP de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen, (1973).
  • Lettre d’Emile Lecointre (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Témoignage de Marcel Couradeau. Employé des PTT à Poitiers, il était membre du bureau fédéral du Parti communiste avant guerre.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Le drapeau nazi sur la mairie de Loudun. © VRID
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registre matricule militaire © Archives en ligne des Deux Sèvres.
Biographie rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, complétée en 2011 et 2015, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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