L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BAVEUX Gustave, Auguste, Ernest



Gustave Baveux le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Photo retouchée, l'original est très abîmé
Matricule "45210" à Auschwitz

Gustave Baveux est né le 7 avril 1888 à Jougne (Doubs). Il habite au 31 rue du Baron Bouvier, puis 4 rue d’Alsace-Lorraine à Vesoul au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Françoise, Irma, Bulle, 33 ans, sans profession et de Claude, Casimir, Just Baveux, 44 ans, manœuvre son époux, domiciliés à la Ferrière-sous-Jougne (Doubs).
Gustave Baveux est scieur en 1909 à Cize, faubourg de Champagnole (Jura), puis ouvrier plombier. Il travaille à son compte en 1936 à Vesoul.
Conscrit de la classe 1908, il habite chez ses parents à Cize, au moment du conseil de révision. Son registre matricule militaire indique qu'il mesure 1 m 68, a les cheveux noirs, les yeux gris, le menton rond et le visage ovale. Il a un niveau d'instruction "n°3" pour l'armée. "Sait lire, écrire et compter, instruction primaire supérieure".
Il est appelé au service militaire le 1er octobre 1909 et incorporé au 35e RI. Le 14 octobre, il est "réformé n° 2" par la commission spéciale de Belfort. Cette réforme sera confirmée par les commissions de réforme du 4 décembre 1914 et du 11 avril 1917.
Le 14 janvier 1922, il épouse Rachel, Adèle Jodon à Pontarlier (Doubs). Elle est née Pontarlier le 14 avril 1886. Elle est couturière. Le couple a deux enfants, Germaine, née en 1908 et Auguste, né le 23 août 1912.
En 1936, la famille habite au 31 rue du Baron Bouvier à Vesoul. Son épouse Rachel Baveux décède en 1937.
Gustave Baveux est connu comme sympathisant communiste (Pierre Grosdemange).
Après l’armistice du 22 juin 1940, la Haute-Marne est coupée en deux par la ligne de démarcation. Une partie du département est en « zone interdite » (le retour des réfugiés ne pouvait s’y faire), et pour les nazis, elle est destinée à devenir une zone de peuplement allemand (un retour à la Lotharingie - soit pour la France un territoire englobant la Lorraine, l’Alsace et la partie du Nord située à l'est de l'Escaut, tandis que l’autre moitié se transforme en territoire de stationnement des troupes allemandes. « Département industriel, ses richesses prennent le chemin de l’Allemagne ; département agricole, il pourvoit à l’approvisionnement des nombreux régiments (…) » in La Haute-Marne dans la guerre 1939-1945 (Marie-Claude Simonnet, Didier Desnouvaux, et Lionel Fontaine). 
Gustave Baveux est arrêté le 22 juin 1941 à Vesoul par la police allemande assistée par la police municipale française.
Cette arrestation s'inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 23 Haut-Saônois seront arrêtés.
A Vesoul, en moins de trois heures, la police municipale arrête Georges Cogniot (universitaire, dirigeant national communiste, évadé de Compiègne le 22 juin 1942), Jules Didier (évadé de Compiègne en 1943, il rejoint les maquis du Jura), l’horloger Koulikowski, d’origine russe, sympathisant communiste et Lucienne Weil, institutrice communiste.
Six autres Haut-Saônois sont arrêtés puis déportés à Auschwitz comme  Gustave Baveux dans le convoi du 6 juillet 1942 : Pierre Cordier, Henri Corne, Jean Favret, Albert Morel, Zéphyrin Toillon, Gilbert Vorillon.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par les Allemands (ici à Lure, puis à Vesoul - et peut-être Chaumont), les Haut-Saônois sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht (le Frontstalag 122) qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. 
A Compiègne, il reçoit le matricule n°642 et est affecté au C9 (comme Georges Cogniot qui a reçu le n° 646). Il est affecté au Bâtiment A5, chambre 6.
La caisse de solidarité à Compiègne
Il est proposé par le responsable de la chambre, Delvaroy, pour être l’un des bénéficiaires de la Caisse de solidarité (document ci-dessous de Charles Renaud communiqué par son fils). Lire dans le blog : La solidarité au camp allemand de Compiègne.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gustave Baveux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45210"Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Il est hospitalisé au Block 28 sous le nom de Bareux (avec la bonne date de naissance). "Les infirmiers qui y travaillaient s'occupaient des malades atteints de bronchite, de pneumonie, de néphrite, de gastrite, ainsi que de malades fiévreux sous observation qui se terminaient le plus souvent par un diagnostic de typhus. Ils se sont efforcés de lutter contre ces maladies, bien qu'ils aient été privés de médicaments et d'injections de base et même de stéthoscopes ou de thermomètres (Musée d'Auschwitz)".
Gustave Baveux meurt le 11 août 1942, d’après les recherches des historiens polonais sur les registres du camp d'Auschwitz. L’arrêté du 14 mai 1987 (paru au JO du 3 juillet 1987) relatif à l'apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès a retenu la date du «21 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne)».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Vesoul, place des Allées, et sur le monument commémoratif départemental «La Résistance à ses 687 martyrs 1940-1945», place du 11e Chasseurs à Vesoul.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Correspondance avec Mme Elizabeth Pastwa et Mme Denise Lorach, conservatrices au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (septembre 1991).
  • Correspondance avec Maurice Choquet, FNDIRP Jura, 2 février 1991.
  • Correspondances avec Jean Louis Chognard (octobre 1991), professeur à Rioz, auteur d’un travail sur Résistance et Déportation à Rioz.
  • Correspondance de Jean Louis Chognard et Pierre Grosdemange, responsable des FFI de Rioz après septembre 1943 qui a recueilli les souvenirs de Jules Didier (militant communiste arrêté le 22 juin 1941, évadé de Compiègne en février 1943 et qui rejoignit les maquis du Jura).
  • Correspondance avec Maurice Decousse, Fédération des Résistants et Déportés de la Haute-Saône (28 ocobre 1991).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen et Val de Fontenay. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 par André Montagne.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Recensement de la population de Vesoul / 1936.
  • Registres matricules militaires du Jura.
Notice biographique rédigée en avril 2011, complétée en 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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