L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ZANZI Paul Marius


46266
Rescapé

Marius (Paul) Zanzi est né à Arnould, arrondissement de Saint-Dié (Vosges), le 5 avril 1906. Il est le fils de Marie Combeau, papetière et de Pail Zanzi, Maçon, son époux. Marius Zanzi habite Saint-Dié, rue Dauphine, au moment de son arrestation. Il est cafetier-restaurateur à Saint-Dié. Marius Zanzi est marié.
Il est adhérent au Parti communiste.
Son établissement, siège social des "amis de l'URSS", est fréquenté par tous les militants communistes de St Dié et de la région, et continuera de l'être à l'Occupation.
Pendant l'occupation, "engagé volontaire dans la lutte contre l'occupant" (le 1er octobre 1940 selon le certificat de Marcel Roge, sous-lieutenant FFI de St Dié), il héberge une cinquantaine de prisonniers de guerre, timbre de fausses cartes établies par un agent de police, organise des réunions clandestines dans une salle de sa brasserie.
Le 26 février 1941, des policiers français l'arrêtent "sur ordre de la Gestapo, pour activités politiques". Il est jugé avec 23 autres inculpés (2 autres en fuite) à Saint-Dié le 15 mai 1941 pour "reconstitution de ligue dissoute".

"L'accusation estime que Marius Zanzi, 34 ans, tenancier du café-restaurant "Le Zanzi-Bar", rue Dauphine, joua un rôle premier plan dans la reconstitution du mouvement communiste dans la région. Son établissement qui était l'ancien siège social des "amis de l'URSS", continuait d'être fréquenté par tous les militants communistes de St Dié et de la région. Sous couvert de son activité professionnelle, Zanzi servait en réalité d'intermédiaire entre les dirigeants des associations dissoutes. Appelé communément "Marius" par les familiers du Zanzi-Bar", il accréditait auprès des responsables de St Dié les délégués de l'extérieur. Il n'a cependant cessé d'opposer des dénégations énergiques aux accusations portées contre lui". (Marius Zanzi donnera à nouveau le nom de "Zanzi-bar" à son hôtel de Romilly en 1949)
Condamné en première instance à 1 an de prison et 200 F d'amende, il interjette le jugement en appel. Il est condamné le 13 juin 1941 à un an de prison et 100 F d'amende (comme Raymond Ruffet (1) et Maurice Marchal, qui sera déporté avec lui à Auschwitz).
Marius Zanzi est écroué à la prison de Saint-Dié, puis à celle de Nancy-Charles III en juin. Il est ensuite transféré au camp d'Ecrouves près de Toul.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent en mars 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule 5818. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.

Le 6 juillet 1942, Il lance une lettre depuis le wagon qui l'emporte vers l'Allemagne… Le contenu en est bref "quelques mots… j'écris dans un wagon à bestiaux, nous partons pour l'Allemagne. Inutile de m'envoyer quelque chose à Compiègne". Suivent des mots de tendresse.

"Cette lettre griffonnée dans un wagon, mise dans une enveloppe portant mon adresse assez lisible, fut jetée sur les rails. Timbrée de Bar-le-Duc-Nancy le 7 juillet 1942, me fut parvenue à mon domicile de Saint-Dié : ainsi j'ai su que mon mari partait pour l'Allemagne. Je fus un an sans nouvelle, puis pendant un an j'ai reçu des lettres d'Auschwitz et de Lublin" (lettre de son épouse au "Patriote Résistant, 12 avril 1972).

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marius Zanzi est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46266. David Badache raconte « J’étais à Birkenau avec Aimé Obeuf, Henri Hannhart et Marius Zanzi, en train de décharger des sacs de ciment venus de Belgique (…). Nous devions porter les sacs de ciment jusqu’au sixième étage et à chaque tournant de l’escalier des Polonais nous matraquaient ».

A Auschwitz, entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Au début d’octobre 1943, il est hospitalisé avec Roger Pourvendier à cause de la malaria qu’ils viennent de contracter. Ils sont transférés en décembre 1943 à Lublin-Maïdanek pour cause de malaria (témoignages de Gabriel Lejard et Charles Lelandais. Madame Zanzi a reçu une lettre de son mari provenant du camp de Lublin). L’ordre d’établir la liste des déportés convalescents des suites de malaria et de les transférér à Lublin-Maidanek date du 25 novembre 1943. Roger Pourvendier meurt à Maidanek.
Devant l'avancée des troupes soviétiques, Marius Zanzi est ramené à Auschwitz. Lire dans le blog, l’article : « Itinéraires des survivants du convoi à partir d'Auschwitz (1944-1945) »
Le 15 août 1944, Marius Zanzi est transféré à Flossenbürg (Bavière). Il y reçoit le matricule 17 342. Il est placé au block des contagieux. Maurice Rideau l'y a vu "très malade, en quarantaine, dans une baraque de mourants" et précise que Marius Zanzi "était soigné par le docteur Berjonneau" (un médecin que Maurice Rideau connaissait bien, puisqu'il soignait sa mère, naguère).
Roger Pélissou et Maurice Rideau lui font parvenir du pain. Grâce à cette solidarité Marius Zanzi survivra à l'évacuation du camp, terrible "marche de la mort" qui s'achève à Dachau, en avril 1945. "en quittant Flossenbürg quelques heures après votre colonne – écrit-il à son ami Roger Debarre - nous sommes arrivés à Dachau quelques jours plus tard, dans un triste état et beaucoup de camarades furent tués le long des routes"


Marius Zanzi est libéré le 4 mai 1945 par les troupes américaines deux jours après son arrivée à Dachau. Il est rappatrié le 17 mai, pour Strasbourg et arrive à Saint-Dié le 19 mai 1945. Il écrit en 1949 à Roger Debarre : "J'ai retrouvé la ville complètement incendiée, j'ai retrouvé les miens en bonne santé, cela est le principal. Pour le moment j'ai un hôtel à Romilly-sur Seine (Aube) en attendant la reconstruction de l'hôtel de St Dié."
"Pendant son long séjour à Auschwitz, il a aidé beaucoup de jeunes détenus à survivre… mais hélas, ayant promis, il a eu le triste devoir à son retour, d'apprendre leur mort à plusieurs mamans et épouses" (Mme Zanzi).
Marius Zanzi a de nombreux certificats concernant sa conduite sous l'Occupation : celle de Thibert, attestant de son attitude de bon français, celle du docteur Hirsh "a aidé de nombreux prisonniers de guerre", un certificat de Marcel Roge, sous-lieutenant FFI) "engagé volontaire dans la lutte contre l'occupant le 1er octobre 1940". Dans son dossier au BAVCC on peut lire "son hôtel, lieu de réunion et d'entrepôt de matériel", et souligné en rouge "action de résistance" et "appartenance au Parti communiste".
Compte tenu de sa date d'arrestation la commission départementale demande une enquête au Préfet des Vosges. Réponse du cabinet du Préfet (classé confidentiel) le 23 mars 1951. "rapport de la SRG. Cote 147. "a hébergé une cinquantaine de PG de passage à St Dié. Timbrait de fausses cartes établies par un agent de police". "a aidé à l'évasion de Marcel Roge". Rappel de son arrestation et de sa condamnation.
Au vu du rapport la commission départementale donne un avis favorable. La commission régionale de la IVème région également, le 11 juillet 1951. "Bien qu'il ait appartenu à un parti politique et qu'il ait été arrêté en raison se son affiliation, il n'en reste pas moins que l'intéressé a accompli des actes caractérisés de résistance, qui doivent être sanctionnés". Marius Zanzi est déclaré "Déporté politique" le 12 janvier 1953. Cet avis aurait dû normalement lui valoir l'attribution du titre de "Déporté Résistant" : mais il lui est refusé en 1954. C'est la guerre froide ! Lire dans le blog l'article « La carte de "Déporté-Résistant »
Sa santé demeure fragile, et il souffre toujours de paludisme. Marius Zanzi est mort le 8 août 1971 au Cannet-Rocheville.
Note 1 : Raymond Ruffet est fusillé à La Malpierre. A la libération, le cercle de l'UJRF de Saint Dié porte son nom. 
Sur la photo, à l’extrême droite, Jean Gravelin, arrêté en 1942 et emprisonné à Ecrouves (envoi de Michel Savoy, photo prise par son père).

Sources
  • Son épouse a communiqué au "PR" la lettre du convoi, timbrée à Bar-le-Duc, le 7 juillet 1942 (12 avril 1972)
  • Lettre de Marius Zanzi à Roger Debarre (27 octobre 1949).
  • Attestations du Docteur Hirsch et du sous-lieutenant Roche sur les activités résistantes
  • Rapport de police de 1951.
  • Témoignages de David Badache, Maurice Rideau et Roger Pélissou.
  • Lettre de monsieur Thallman, président de la section de l'ADIRP de St Dié, (15 novembre 1991).
  • Journal local : "Propagande communiste dans la région de St Dié".
  • Mairie de Saint-Dié.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en novembre 1993).
Biographie rédigée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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