L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


1942 : la Résistance à Auschwitz



1942. La résistance polonaise

En 1942, il existe à Auschwitz plusieurs groupes de résistance. La Résistance polonaise est la première à voir le jour et y est la plus influente.
Elle naît au sein de groupes différents dont les premiers se constituent à l'automne 1940, parmi les militaires de carrière et les milieux politiques de la gauche, puis de la droite polonaise.
Des rapprochements s'opèrent entre ces groupes qui se dotent d'un commandement commun en 1942, mais leur direction militaire sera démantelée par les SS en 1943 (51 résistants, militaires et politiques seront furent fusillés le 25 janvier et 54 autres le 11 octobre). Malgré la violence de la répression, de nouveaux centres de résistance se constitueront au camp principal et à Birkenau.
A lire et à écouter les témoignages des "45 000", il est clair qu'un certain nombre d'entre eux furent sauvés par des résistants polonais, sans qu'on puisse déceler à quel groupe précis ils appartenaient. On se souvient que, dès leur arrivée au camp, au moment de leur enregistrement, des Polonais conseillèrent aux Français de déclarer une profession d'ouvrier spécialisé. D'autres les aidèrent et les protégèrent durant les premiers mois (cf la biographie de Georges Guinchan


Des "45 000" contactés par des résistants autrichiens
Indépendamment des résistants polonais, des groupes d'autres nationalités apparaissent en 1941, 1942 et 1943 parmi les Autrichiens, les Belges, les Russes, les Allemands, les Tchèques, les Yougoslaves etc.
A l'automne 1942, des "45 000" sont contactés par des résistants du groupe autrichien. Celui-ci est créé en décembre 1941 par Ernst Burger, Rudolf Friemel et Heinrich Dürmayer. Puis, le 20 août 1942, 17 détenus "allemands" (des Autrichiens et des Allemands des Sudètes), dont 16 prisonniers politiques, sont transférés du Revier de Dachau à celui d'Auschwitz pour combattre l'épidémie de typhus exanthématique.


Parmi eux se trouvent Karl Lill et Hermann Langbein. Ce dernier est choisi comme secrétaire par le nouveau médecin-chef du camp, Eduard Wirths, ce qui lui donne une position privilégiée pour venir en aide aux détenus duRevier et pour faire reculer la mortalité à Auschwitz, grâce à l'influence qu'il acquiert peu à peu auprès du major SS.



Hermann Langbein entre rapidement en rapport avec des résistants autrichiens. Ils décident de combattre l'atmosphère de division qui règne à Auschwitz et de nouer des relations avec les groupes de résistance formés par des détenus d'autres nationalités et avec un groupe de Juifs polonais, constitué très tôt à Auschwitz[1].

Un comité clandestin international se met alors en place. Sa direction est assurée par les Autrichiens[2], et composé pour l'essentiel, mais non exclusivement, de communistes. En 1943, se forme un groupe allemand qui collabore étroitement avec lui[3].

Hermann Langbein a raconté dans Hommes et femmes à Auschwitz comment il s'est assuré, à l'automne 1942, la confiance de quelques jeunes "45 000" : Les détenus de notre équipe duRevier (des SS) devaient aller chercher le ravitaillement des malades légers à la cuisine de l'hôpital. Grâce à des amis qui y travaillaient et au troc de médicaments organisé dans la pharmacie SS, à des cadeaux aux sentinelles aussi, nous touchions plus de nourriture que les malades n'en avaient besoin. Les SS laissaient faire car ils avaient intérêt à ce que les détenus les servent bien. (...) Introduire de la nourriture en fraude dans le camp était très dangereux. Bien entendu, on fraudait quand même (...). Karl Lill et moi avions décidé de ravitailler deux jeunes Français, toujours les mêmes ; seul un supplément de nourriture régulier pourrait les empêcher de tomber à l'état de "musulmans". Nous avions choisi des Français parce que ce groupe n'avait presque pas d'amis proches des sources de ravitaillement et des jeunes parce que l'expérience nous avait appris qu'ils avaient les meilleures chances de survie.[4] Ces deux jeunes Français sont Robert Lambotte et Guy Lecrux2. André Montagne, qui se trouvait dans le même block que ses deux camarades, et qui a profité de cette nourriture providentielle, situe ce moment au début d'octobre 1942.

En décembre, d'autres membres du comité international contactent séparément Roger Abada et Eugène Garnier.
A cette date, ceux-ci s'efforcent de renouer avec l'ensemble des survivants du convoi et de mettre sur pied une organisation communiste. Lorsqu'il fut possible, à la fin de 1942, de se compter et de savoir ce que chacun était devenu, il fut naturellement envisagé de créer une organisation clandestine dans le groupe des Français (...). Les premiers mois avaient été des mois de disparitions massives. On ne savait plus qui était vivant, qui était mort. Plusieurs d'entre nous prirent l'initiative de constituer un noyau d'organisation clandestine. Mais, ce qui manquait, c'était une liaison entre toutes ces nationalité diverses et si nombreuses au camp. Nous n'étions qu'une minorité (...) sur plus de vingt mille internés.[5]
C'est vers décembre que j'ai été contacté par un camarade autrichien, Rudolf Friemel, membre du comité clandestin international, dont faisaient également partie d'autres Autrichiens, comme lui anciens des Brigades Internationales. Friemel avait été arrêté en France et interné au camp d'Argelès. Il parlait le français, ce qui explique la facilité avec laquelle il a pu prendre contact avec nous.[6]D'autres antifascistes, allemands, polonais se font connaître vers la même époque à Eugène Garnier.[7]
Le groupe français au sein du Comité international de Résistance
Le Comité international est davantage une nébuleuse, un ensemble de réseaux de relations entre personnes qui se faisaient confiance, plutôt qu'une organisation parfaitement structurée. Car les SS tolèrent uniquement des rapports entre individus. Pour des raisons de sécurité, chaque dirigeant ignore le nom des contacts de ses camarades. Personne - raconte Hermann Langbein -ne pouvait se réclamer du Comité international ou du Kampfgruppe. On était des amis qui se faisaient confiance. On se disait: "Veux-tu faire ceci ? Peux-tu chercher cela ?". Quant à choisir de nouvelles recrues, il fallait se fier à son intuition. C'était une question de flair.
On observait les réactions des uns et des autres. Chaque détenu était en permanence placé dans des situations qui le prenaient au dépourvu et qui l'obligeaient à révéler sa véritable personnalité. C'est à ces moments-là que l'on pouvait voir à qui l'on pouvait se fier.[8] Il faut dire, à ce propos, que les résistants autrichiens savaient que le convoi des "45 000" était un "convoi de communistes" et cela constituait, à leur yeux, la garantie qu'ils trouveraient, parmi eux, des hommes idéologiquement proches, capables de dévouement, d'initiatives et ayant le sens des responsabilités.
La liaison du groupe français avec le Comité international est assurée par Roger Abada qui travaille dans le même kommando que Rudy Friemel.

Le groupe est dirigé par un triangle composé de Roger Abada, Roger Pelissou et Eugène Garnier[9]. Le regroupement des Français s'effectua sur la base de leur kommando, ce qui correspondait d'ailleurs souvent à leur block d'habitation. Une trentaine d'entre eux furent choisis en fonction des garanties de sécurité que la situation exigeait et chargés d'un groupe de leurs camarades. D'autres furent plus ou moins informés de l'existence d'une organisation clandestine ou la soupçonnèrent. D'autres, enfin, l'ignorèrent totalement mais furent toujours influencés par elle (Roger Abada).
Le fonctionnement et le recrutement du groupe sont en effet facilités par le fait qu'un grand nombre de "45 000" se connaissaient avant leur déportation. Cependant, il n'y avait que des communistes dans l'organisation clandestine. Il fallait en outre s'assurer de la manière dont chaque individu supportait physiquement et psychologiquement l'univers concentrationnaire : La délation faisait des ravages : ça coûtait très cher, le faux pas. Il s'est avéré par la suite que d'autres auraient pu être intégrés dans la Résistance.
Mais on ne le faisait pas parce qu'il n'y avait pas eu quelqu'un pour dire : "On peut avoir confiance".[10] La constitution du groupe français et son intégration dans le Comité international, dirigé par les Autrichiens, va se révéler capitale : Ce fut un événement important qui permit peu à peu de briser notre isolement. La Résistance allait se développer à un stade supérieur et permettre une protection plus efficace des survivants, estime Fernand Devaux
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