L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARCHAL, Maurice, Xavier


Maurice Marchal © Marcel Marchal

 Matricule "46250" à Auschwitz

Maurice Marchal est né le 18 février 1921 à Sainte-Marguerite près de Saint-Dié-des-Vosges (Vosges). Son père, militant communiste est électricien. Maurice Marchal habite au Pré Navet à Sainte-Marguerite, au moment de son arrestation. Il est célibataire.
Secrétaire des Jeunesses communistes de Saint-Dié en 1936, il devient, en 1937, secrétaire cantonal, et adhère au parti communiste la même année.
Pendant l'Occupation, il est membre d'un groupe de l'OS, ainsi que son père, sa mère, son oncle et son frère Marcel, qui sera arrêté le 12 juin 1942 et déporté à Schweinitz (il récupérait des armes). 
Maurice Marchal fabrique des tracts anti-allemands et favorables à De Gaulle ("imprimés sur du papier à rayure qui était dans le grenier, et trouvés dans son vestiaire" selon le témoignage de Roger Jacquemin (âgé de 20 ans, condamné à 3 mois lors du même procès le 15 mai 1941. Son témoignage est recueilli après guerre par son frère). "Il utilisait sa propre machine qu'il déplaçait souvent pour ne pas se faire repérer. Il en avait une deuxième cachée sous l'escalier" (Marcel Marchal). Cette machine et ses tracts ont été confiés au musée de Saint-Dié.
L'Echo de Nancy  27 juin 1941
Jugement en appel 13 juin 1941
Le 26 février 1941, Maurice Marchal est arrêté à Saint Dié pour reconstitution du Parti communiste, en même temps que Marius Zanzi. Il est jugé avec 23 autres inculpés (et 2 autres en fuite) à Saint-Dié le 15 mai 1941 pour "reconstitution de ligue dissoute". 7 prévenus sont relaxés, dont Emile Marchal (qui est peut-être son oncle). 
L'Echo de Nancy du 27 juin 1941
Maurice Marchal est condamné en première instance à 1 an de prison et 100 F d'amende. Il interjette le jugement en appel. 
Le jugement est confirmé : Maurice Marchal est condamné le 13 juin 1941 à un an de prison et 100 F d'amende (comme Raymond Ruffet (1) et Marius Zanzi, qui sera déporté avec lui à Auschwitz).
Il est incarcéré à la prison Charles III de Nancy, puis au camp d'Ecrouves (Meurthe-et-Moselle), près de Toul d’où Il écrit à sa famille les 1er et 20 mars 1942.
Un plan d’évasion est préparé. "Il espérait s'évader du camp d'Ecrouves, avec son oncle (et un autre interné). Les fausses cartes d'identité étaient faites, mais il fallait tirer sur un gendarme, ce qui n'a pas été fait" (Marcel Marchal).
Lettre du 2 juin 1942
Maurice Marchal est transféré à la demande des autorités allemandes au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en mars 1942, toujours avec Marius Zanzi. 
Il reçoit le matricule "3845" et est affecté au Bâtiment 1A. 
Son frère a conservé un des cahiers de Maurice Marchal à Compiègne, dans lequel il prenait des notes pendant les cours dispensés par le comité des loisirs du camp (voir La solidarité au camp allemand de Compiègne) : littérature ("Georges Cogniot et Yves Jahan de l'Université" (13 avril 1942), psychologie (cours d'Yves Jahan), français (cours de Georges Cogniot), philosophie et russe.
 2 juin 1942. Annonce codée  de l'évasion projetée
Il devait faire partie de la deuxième vague d'évasion par le tunnel creusé à Compiègne (page 101, in «Triangles rouges à Auschwitz»). 
Dans une lettre datée du 2 juin 1942, il l'annonce de façon voilée à sa famille : "Loulou m'a écrit que son père était décédé, et que son frère Bibi allait venir en vacances dans une huitaine. Elle en est très heureuse". 
Pour la famille c'est limpide : Loulou est sa petite amie, dont le père est effectivement décédé. 
Le "frère" Bibi, est en fait son propre surnom "qui viendra en vacances" signifie évasion. 
Hélas le tunnel a été découvert après la première évasion de 19 responsables communistes (nuit du 21 au 22 juin) dont Georges Cogniot, André Tollet, Charles Désirat, Georges Thorez, et le camp bombardé en représailles (page 101, in «Triangles rouges à Auschwitz»). Lire dans le blog : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Maurice Marchal est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46250".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Marchal meurt le 4 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 776). Son acte de décès à St Dié porte la date du 21 janvier 1943 (dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir du témoignage de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. 
Marius Zanzi a dit à sa famille qu'il était mort du typhus en janvier 1943. Cette date a d’ailleurs été reprise («décédé en janvier 1943 à Auschwitz (Pologne») par l’arrêté du 24 juillet 1991 relatif à l'apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès (J.O. du 17 septembre 1991.
Maurice Marchal a été déclaré « Mort pour la France ». La Croix de guerre et la Médaille militaire lui sont décernées à titre posthume, le 3 juin 1960. 
Une rue de Sainte-Marguerite porte son nom, qui figure sur le monument aux morts de la commune, place des Anciens Combattants.


Note 1 : Raymond Ruffet est fusillé à La Malpierre. A la libération, le cercle de l'UJRF de Saint Dié porte son nom. Sur la photo, à l’extrême droite, Jean Gravelin, arrêté en 1942 et emprisonné à Ecrouves (envoi de Michel Savoy, photo prise par son père).

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son frère Marcel (4 octobre 1993).
  • Deux brèves lettres de son frère Marcel à Roger Arnould (3 et 9 février 1972).
  • Courrier de l'ADIRP de St Dié, M. Thalman (15 novembre 1991)
  • Lettre d'André Sesters, âgé lui aussi de 20 ans lors du même procès, qui subit une peine de 18 mois de prison, commuée en un an après l'interjection de jugement, comme Maurice Marchal (FNDIRP d'Epinal, avril 1973).
  • Courrier de l'abbé de La Martinière, fondateur du Musée de Besançon (1er juin 1993).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, tome 35, page 278, et CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Mémorial an Museum Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Photo de Maurice Marchal, envoi de son frère Marcel (1994).
Biographie rédigée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: