Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



LAVIGNE Pierre, Auguste



Pierre Lavigne est né le 16 août 1910 à Verdun (Meuse). Il habite à Jubécourt ou Ville-sur-Cousances (Meuse) au moment de son arrestation (les deux villages sont distants d’1 Km 5). 
Il est instituteur dans une de ces deux communes (la plaque commémorative reproduite ci-contre est apposée sur le mur de la mairie de Ville-sur-Cousance, ce qui laisserait plutôt penser que c’est là qu’il exerçait). Il est marié. Pierre Lavigne est membre du Parti communiste.

A l’Occupation, il est arrêté le 23 juin 1941 à Ville-sur-Cousances par la Feldgendarmerie, en raison de ses activités politiques connues.

Son arrestation et celle de plusieurs autres militants communistes ou syndicalistes meusiens a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands, avec l’aide de la police française, arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (l’ancienne Ecole normale de Bar-le-Duc), les meusiens sont envoyés, à la demande des autorités allemandes, le 27 juin 1941, au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Selon H. Pasdeloup(1), le groupe des meusiens est immatriculé le 28 juin 1941 entre les numéros 542 et 564. Pierre Lavigne reçoit le numéro matricule 560. A Compiègne, il participe au Comité du camp et donne des cours à ses camarades internés.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.


Dans sa lettre (ci-contre) jetée le 6 juillet 1942 à Lérouville depuis le wagon qui les emporte à Auschwitz, Antoine Laurent mentionne sa présence et celle de Léon Dugny de Lérouville. C’est ce dernier qui se fait connaître des cheminots, qu'il connaît bien. « Personne n'a pu s'approcher du wagon, les Allemands les en empêchaient ». Le train parti, les cheminots apportent à madame Dugny « un nombre considérable de lettres » qu'elle s'efforcera de faire parvenir à leurs destinataires, dont celle d’Antoine Laurent.


Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Lavigne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.


On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 45736 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a donc fixé fictivement celle-ci au 15 septembre 1942. L’arrêté du 4 novembre 1993 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès (J.O. 4 janvier 1994) conserve cette date.
Pierre Lavigne a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de « Déporté résistant » lui a été attribué le 2 avril 1954 et la carte (n°101821806) délivrée à un « ayant cause », son épouse. Une plaque sur le mur de la mairie de Ville-sur-Cousances, honore sa mémoire.
(1) H. Pasdeloup in" Sachso", page 36.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Correspondances avec les mairies de Souilly, Jubécourt et Ville-sur-Cousances (juillet 1991 et 1993).
  • La veuve de Pierre Lavigne, contactée par téléphone, n’a pas souhaité s'exprimer (13 février 1990).
  • Témoignage de madame Collin-Dugny
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb, relevé Alain Girod. Photo © Bernard Butet
Biographie rédigée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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