L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LAURENT Antoine, Paul, Camille



Lettre jetée du wagon


45732

Antoine Laurent est né le 15 décembre 1902 à Charmes (Vosges). Il est le fils de Marie Pauly et d’Arthur Laurent son époux. Antoine Laurent habite à l’Ecole normale de Commercy (Meuse) au moment de son arrestation. 
Il est marié avec Marie Eugénie Claude, et père de deux garçons (André, né le 12 décembre 1921 et Gervais, né le 20 janvier 1925). Antoine Laurent est jardinier à l'Ecole normale de Commercy.
Membre du Parti communiste depuis 1923, il est secrétaire de la section de Commercy et membre du Comité régional depuis le 5 décembre 1937. Il est le candidat du Parti communiste aux élections cantonales de 1937.
A l’Occupation, Antoine Laurent est arrêté à son domicile par la police allemande le 23 juin 1941, à 7h du matin (son épouse a raconté l’arrestation à son fils André, absent à ce moment là). Trois autres militants communistes de Commercy sont arrêtés en même temps que lui (Marcel Biard, Georges Charles et Morteux (1).
Leurs arrestations ont lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands, avec l’aide de la police française, arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la Prison de Saint-Mihiel pour Antoine Laurent), les meusiens sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Selon H. Pasdeloup(2), le groupe des meusiens est immatriculé le 28 juin 1941 entre les numéros 542 et 564. Antoine Laurent reçoit à Compiègne le numéro 542.
Son fils André a recopié sa dernière lettre, « griffonnée au crayon sur une feuille de carnet de poche », écrite le 6 juillet 1942 entre Châlons et Commercy, qu’il jette dans une boite de camembert vide sur la voie en gare de Lérouville. Elle est recueillie et acheminée à sa famille par un employé des Chemins de fer. Antoine Laurent y mentionne la présence dans le wagon de deux de ses camarades meusiens. Il signe « A. Laurent, un forçat, N° 542 ».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Antoine Laurent est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45732. Il se déclare de confession catholique et électricien comme métier exercé (sans doute sur les conseils des déportés qui assurent l’enregistrement).
Antoine Laurent meurt à Auschwitz le 12 avril 1943 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 698). Selon Albert Morel, un rescapé originaire de Lure, qui en a témoigné à son épouse, il est mort à l’infirmerie « il ne pesait plus que 38 kg alors qu'il en pesait 80 avant son arrestation ». La date du 9 avril 1943 qui figure sur son acte de décès établi le 14 septembre 1946 a été retenue depuis par l’arrêté du 4 novembre 1993 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès, paru au JO du 4 janvier 1994.
Antoine Laurent a été déclaré "Mort pour la France" le 27 septembre 1949. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Commercy, place de la République. Son fils aîné, André, démobilisé de l’armée d’Armistice, est déporté du travail (STO) en Allemagne le 3 mars 1943. Son cadet, entre dans la Résistance en 1944, il est décédé en 1963.
  • (1) Noms manuscrits à l’orthographe incertaine.
  • (2) H. Pasdeloup in "Sachso", page 36.
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils André Laurent (7 février 1989).
  • Lettre jetée du wagon datée du 5 juillet 1942, recopiée par son fils.
  • Témoignage d’Albert Morel, rescapé du convoi.
  • Témoignages de Mme Collin et Dugny.
  • « Death Books from Auschwitz », Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997 et Tome 33, page 344
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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