L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GENIES (Géniès) Joseph Antoine

Le 8 juillet 1942

Matricule "45.586" à Auschwitz

Joseph Géniès est né le 24 mars 1899 à Figeac (Lot) place du Consulat. Il est le fils de Louise, Jeanne Verdie, 21 ans, robeuse et de Pierre Henri Géniès, 20 ans, manœuvre carrier, son époux. Il a un frère jumeau, Pierre, né le 25 mars (les deux frères ne sont pas recensés dans le Lot pour le recrutement militaire, mais dans le département de la Seine, matricules 1333 et 1334, ce qui signifie qu'ils sont domiciliés dans ce département au moment du Conseil de révision).
Joseph Geniès habite au 12 place Carnot à Choisy le Roi (Seine, aujourd’hui Val de Marne) au moment de son arrestation. 
Il se marie le 14 janvier 1922 à Paris 11ème avec Marcelle Georgette Simonnot. Le couple a quatre enfants. Il est peintre en bâtiment.
A l’Occupation, Joseph Géniès est arrêté le 26 juin 1941 à Choisy-le-Roi à son domicile par la police française comme communiste (distribution de tracts, collage d'affichettes patriotiques). Cette arrestation s’inscrit dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog "une déportation d’otages".
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Joseph Géniès est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Auschwitz depuis une tour de guet
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45586".
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date. 
Joseph Géniès est mort le 21 décembre 1942 à Auschwitz selon la liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Elle indique son matricule et sa date de décès au camp. 
L’arrêté du 16 décembre 1992 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès, paru au JO du 29 janvier 1993 mentionne un jour de naissance erroné (le 25) et la date décès officielle, mais inexacte  « décédé le 16 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ».
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en mars 2011 par Arnaud Bouligny).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Son nom ne figure pas dans les Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 mais sur le site Internet du Musée.
Biographie rédigée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.  *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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