L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GAUDEAU Roger

Roger Godeau  © D.r.
Matricule "45574" à Auschwitz


Roger Charles Gaudeau est né au domicile de ses parents le 25 décembre 1901 au bourg de La Barre-en-Ouche (Eure). Il habite au 66 rue de la République aux Andelys (Eure) au moment de son arrestation.
Roger Gaudeau est le fils de Marguerite Naudin, 20 ans, sans profession et de Henri, Omer Godeau, 27 ans, gendarme à pied, son époux. Ses parents se sont mariés à Broglie (Eure).
Elève-maître à l’École normale d’Évreux, il obtient son certificat d'aptitude pédagogique en 1921 (il y côtoie André Dupont qui fut député socialiste d’Evreux en 1936). 
Lors du conseil de révision de 1921, Roger Gaudeau  habite à Evreux. Il y est étudiant. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 69, a les cheveux châtain, les yeux bleus, le front et le nez moyens et le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n°4 » pour l’armée (« a le brevet élémentaire primaire »).
Le conseil de révision le classe « service auxiliaire » pour une acuité visuelle inférieure à 11/2 pour les deux yeux. Un sursis d’incorporation lui est accordé en 1921.
Conscrit de la classe 1921, Roger Gaudeau est incorporé au secrétariat de l’état-major le 10 mai 1922. Il est nommé soldat de 1ère classe le 1er décembre 1923.

Il est renvoyé dans ses foyers le 1er mai 1924, « certificat de bonne conduite » accordé et est versé dans la réserve le 10 mai. Il se retire à Vernon, avenue Thiers, chez Mme Strech. 
Le 14 août 1924 à La Haye du Theil (Eure) Roger Gaudeau épouse Marie, Armande, Désirée Piédelièvre.
En janvier 1925 ils habitent au bourg de Saint-Pierre de Cernières et en avril 1928 il habite à Fourmetot.
Roger Gaudeau est nommé instituteur dans le quartier du Petit Andély (commune des Andelys) en 1934. Son épouse y est directrice de l’école des filles. Le couple a un garçon, Claude qui naît en 1932.
Militant SFIO, Roger Gaudeau est secrétaire de l’Union locale des syndicats CGT des Andélys (le Syndicat national des instituteurs a adhéré à la CGT en 1921 et la Fédération de l’Enseignement, à la CGTU. La réunification des deux syndicats a lieu en 1936 au sein de la CGT réunifiée). Roger Gaudeau joue un rôle local important en 1936, notamment auprès des ouvriers de la verrerie des Andelys.
A partir d'octobre 1934 et jusqu’à son arrestation, Roger Gaudeau est logé à l’école du Petit-Andelys.

Le 19 juillet 1939 alors « Affecté spécial » dans la réserve de l’armée au titre de l’inspection académique de l’Eure comme instituteur aux Andelys, il « passe d’office en subdivision » (i.e. il n’est plus affecté spécial et sera mobilisé en cas de conflit) (comme la majorité des « affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes, il a été rayé de l’affectation spéciale - décision du général commandant la 3ème région militaire le 7 juillet 1939).  Il est mis en congé jusqu’au 1er février 1940 (et le 6 janvier 1940, il est « réformé définitif n°2 » par la commission de réforme de Rouen).
A l’Occupation, le 23 octobre 1941, il est arrêté par la police française. Cette arrestation s’inscrit dans la rafle de militants communistes et syndicalistes qui concerne 6 département de la région militaire A (entre les 17 et 25 octobre 1941, plus d'une centaine, dont 66 d'entre eux seront déportés à Auschwitz), rafle qui fait suite à un ordre du Commandant de la région militaire A, daté du 14 octobre 1941, visant à l’arrestation de militants communistes (cet ordre est mentionné sur plusieurs fiches d’otages de «45.000»). Son nom figure avec celui de Jean Even arrêté le même jour, sur une listes d’otages (liste du 23 octobre 1941, CDJC XLIII-72). Ils seront tous deux déportés à Auschwitz.
Claude Gaudeau, son fils, a raconté cette arrestation devant les élèves du collège des Andelys qui porte le nom de son père « il avait neuf ans lorsque les gendarmes sont arrivés et ont arrêté en premier lieu sa mère, attendant que Roger Gaudeau, son père, revienne. Lui a attendu chez les voisins. Le lendemain, son père s’est présenté à la Kommandantur. Sa femme a été libérée. Depuis, Claude Gaudeau n’a jamais revu son père. Sa mère a essayé de le faire libérer, en vain. On lui reprochait de faire du syndicalisme révolutionnaire».
Les cours du comité du camp. Voir l'article
.
Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne
Roger Gaudeau est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 23 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 
Il y reçoit le matricule "2004". A Compiègne, Roger Gaudeau donne des cours de Sciences naturelles et de dessin d'art, dans le cadre du "Comité du camp des politiques", avec notamment Yves Jahan, Marcel Boubou et Gustave Depriester qui seront déportés avec lui à Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages .
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Gaudeau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942, Roger Gaudeau est enregistré à Auschwitz sous le matricule 45574. Il est affecté à Birkenau. 
Roger Gaudeau le 8 juillet 1942 à Auschwitz
La photo d’immatriculation à Auschwitz du déporté portant le matricule correspondant probablement au nom de Roger Godeau a été identifiée grâce à une photo de famille par son fils Claude. Cette photo a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

L'entrée de Birkenau
Roger Gaudeau meurt à Birkenau le 4 novembre 1942, d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 336).
 Le collège Roger Gaudeau
La ville des Andelys a donné son nom le 24 janvier 1946 à la rue de l’école où il a enseigné. En février 1968, le nouveau collège d’enseignement est appelé «collège nationalisé Roger Gaudeau». Son nom figure sur le monument aux morts de la ville.

Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Témoignages de Claude Gaudeau (site internet du collège Roger Gaudeau http://www.ac-rouen.fr/colleges/gaudeau/nomcollege.htm aujourd’hui inaccessible).
  • © Archives en ligne de l’Eure. Etat civil et Registres matricules militaires.
  • Photo du tableau des activités du comité du camp des politiques : reproduction au musée de Compiègne.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition des « 45.000 » de Haute Normandie (avec l’association « Mémoire vive »), complétée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 
Biographie complétée en décembre 2015.

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