L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ELET Maurice Georges Léon




45521

Maurice Elet est né le 15 janvier 1921 rue Grande à Ezy-sur-Eure, fils d’Augustine Baron, peignière (1) et de Maurice Elet, ponceur, son époux. Orphelin de père, Maurice Elet est "adopté par la Nation" le 30 juin 1934. Maurice Elet habite 8 rue Raspail, à Ezy au moment de son arrestation. Cette rue porte désormais le nom de Clovis Vigny (un des "31" d'Eure-et-Loir. Il est fusillé au Mont-Valérien le 30mars 1944).
Maurice Elet est plombier-couvreur dans l'entreprise de Joseph Angst, rue Pasteur à Ezy.
Son fils pense qu’il était adhérent à la CGT. Il est membre des Jeunesses communistes, et est secrétaire de la section locale du Parti communiste.
Il se marie le 10 février 1940 à Sorel-Monssel (Eure-et-Loir) avec Denise Lepin, ouvrière en peignes (1). Le couple a un fils, Raymond (né le 13 août 1940), âgé de 13 mois au moment de l’arrestation de son père.
A l’Occupation Maurice Elet a des activités au sein de la Résistance, et cache des documents chez sa mère Augustine Elet (qui décédera de chagrin en 1945).
Il est arrêté par des Feldgendarme le 23 octobre 1941, alors qu'il réparait une gouttière sur le toit de l'école des filles. A sa femme qui assiste à l'arrestation, les Feldgendarmen disent qu’il s’agit d’un simple interrogatoire. Maurice Elet dira à sa femme «ne parle pas de mes chaussures ! Ma mère n’a jamais compris pourquoi. Cachaient-elles des documents ?» écrit son fils.
Cette arrestation s’inscrit dans la rafle de militants communistes qui concerne 6 département de la région militaire A (entre les 17 et 25 octobre 1941, plus d'une centaine, dont 66 d'entre eux seront déportés à Auschwitz), rafle qui fait suite à un ordre du Commandant de la région militaire A, daté du 14 octobre 1941, visant à l’arrestation de militants communistes (cet ordre est mentionné sur plusieurs fiches d’otages de «45.000»). Un des militants de l’Eure, Jean Even, arrêté le même jour figure sur une des listes d’otages (liste du 23 octobre 1941, CDJC XLIII-72).
Maurice Elet est écroué à la prison d'Evreux. Son épouse enverra 10 colis à la prison d’Evreux (le premier à revenir pour «non distribution» lui sera retourné le 6 juillet 1947). En fait Maurice Elet a été remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 25 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) où il reçoit le matricule 2000. (Jean Even et Roger Godeau de l’Eure, arrêtés le 23 octobre arrivent également le 25 octobre à Compiègne et portent les matricules 2005 et 2004).
Le nom de Maurice Elet figure sur la liste de recensement (datée de décembre 1941) des communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922 « aptes à être déportés à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV 198). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Maurice Elet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45521.
D’après les "Death books from Auschwitz (tome 2, page 263), Maurice Elet est mort le 18 septembre 1942. Comme 148 «45.000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre et que la mort d’un nombre important d’autres détenus du camp est enregistrée à ces mêmes dates, on peut penser qu’ils sont morts gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie (Maurice Elet figure sur les liste de « décédés » à l'infirmerie d'Auschwitz, le 18 septembre 1942).
Si son acte de décès indique « décédé le 30 novembre 1942 » c’est que dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés.
Maurice Elet a été déclaré "Mort pour la France" (12 juin 1946). Le titre de «déporté politique» lui a été attribué. Son nom a été donné l’ancienne rue Grande d’Ezy, perpendiculaire à la rue Clovs Vigny.
  • (1) Il y avait à Ezy-sur-Eure une manufacture de peignes et parures, devenue depuis un « musée de la parure et du peigne ».
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils, Raymond Elet (14 juillet 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en mars 1992).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste V (N°31378), Liste S (n°99).
  • M. Jean Gatelais, Maire d'Ezy (24 juin 1992) communication du certificat de naissance portant mention marginale. Acte de décès (24 mai 1946).
  • La photo d'identité d’avant-guerre de Maurice Elet a été prêtée par son fils Raymond Elet, qui la gardait dans son portefeuille.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Denis Martin, président de l'Association de Recherche pour la Mémoire de la Résistance en Eure-et-Loir. Courriel de novembre 2011 à propos de Clovis Vigny
Biographie rédigée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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