L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUGNY Léon, dit Charles, André



Charles Dugny le 8 juillet 1942

Matricule "45.502" à Auschwitz

Léon, Charles Dugny dit "Charlot" est né le 21 septembre 1905 à Lérouville (Meuse), où il habite 3 route du Pont-sur-Meuse, puis au « Café de l’Espérance » à Lérouville. 
Il a épousé Thérèse, Augustine Petitjean, née le 26 octobre 1908 à Lérouville (elle est décédée en 1994 à Cannes). Le couple a deux enfants (recensement de 1931) : René, né en 1925 et Daniel, né en 1930, tous deux à Lérouville.
Carrières de Lérouville
Charles Dugny est chef tailleur de pierre en 1931 chez "Civet, Crouet, Gautier et Compagnie". La famille habite alors au 3 route du Pont-sur-Meuse. Il est membre du Parti communiste. 
Il est sans doute devenu cafetier, profession indiquée. au moment de son arrestation.
Fin juin 1940, La Meuse est occupée : elle est avec la Meurthe-et-Moselle et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté.  La présence militaire, policière, administrative et judiciaire de l'occupant y est nettement plus importante que dans le reste de la zone occupée.
La région est essentiellement agricole et le Parti communiste (3% des voix aux élections de 1936) y est presque inexistant. Son activité est pratiquement interrompue après l'arrestation, entre le 21 et le 23 juin 1941, de vingt communistes qui sont internés à Compiègne, antichambre de la déportation. Parmi eux Jules Allaix, Lucien Bonhomme, Adrien Collas, Pierre Collas, Charles Dugny, Henri Fontaine, Antoine Laurent, Pierre Lavigne, Jean Nageot, Jean Tarnus, qui seront tous déportés à Auschwitz, le 6 juillet 1942.
Charles Dugny est arrêté à son domicile le 23 juin 1941 par la Feldgendarmerie. 
Il était alors selon son épouse, responsable d'un groupe clandestin (chef de groupe). D'après elle, il "continua ses activités clandestines, resta chef de groupe FTP", sans doute responsable d'un "triangle"(2).
Son épouse se souvient qu'avec lui sont arrêtés Pierre Lavigne et Antoine Laurent, ainsi que "d'autres de Cousances-aux-Forges".
Son arrestation et celle de plusieurs autres militants communistes ou syndicalistes meusiens a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands, avec l’aide de la police française, arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, les meusiens sont envoyés, à la demande des autorités allemandes, le 27 juin 1941, au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Selon H. Pasdeloup(1), le groupe des meusiens est immatriculé le 28 juin 1941 entre les numéros 542 et 564. Léon Dugny y reçoit le numéro matricule "544". 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Dans sa lettre jetée le 6 juillet 1942 à Lérouville depuis le wagon qui les emporte à Auschwitz, Antoine Laurent mentionne la présence de Pierre Lavigne et de Léon Dugny.
Récit de Thérèse Dugny.. 1973
Thérèse Dugny raconte (lettre ci-contre) "Le train du 6 juillet (…) s'est arrêté en gare de Lérouville. Mon mari (…) s'est fait connaître mais personne n'a pu approcher du wagon, les Allemands les en empêchaient". Le train parti, les cheminots apportent à madame Dugny « un nombre considérable de lettres, que les détenus avaient jetés sur les voies m'ont été apportées par les cheminots afin de les envoyer aux destinataires"Ce qu'elle a fait.
La présence de Charles Dugny parmi les meusiens est également mentionnée par Henri Pasdeloup.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Dugny est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45502" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Charles Dugny meurt à Auschwitz le 8 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 245). L'arrêté du 14 février 1989 relatif à l'apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès (J.O. du 24mars 1989), a conservé la date fictive portée à la Libération sur son acte de décès, afin de donner accès aux titres et pensions à sa veuve, "décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne).
Le titre de "déporté politique" a été attribué en 1953 à Charles Dugny. Le titre de "Déporté résistant" lui a été refusé, ce que Mme Dugny n'a pas pu accepter "et pourtant j'ai le certificat d'appartenance à la Résistance Intérieure française, signée par le colonel De Dionne, chef du 6ème bureau" écrit-elle en 1973 au "Patriote Résistant".
Son nom figure sur le monument aux morts de la commune, place de l'hôtel de ville.
  • Note 1 : Henri Pasdeloup, n° 59206 à Sachsenhausen, récit sur le départ des "45000", in "Sachso", page 36, par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen. Il mentionne "Collas père", ainsi que l'instituteur Lavigne, Laurent, Dugny, Nageot, Bonhomme.
  • Note 2 : Les FTP ont été crées en 1942. Mme Dugny fait donc référence aux groupes de l'Organisation Secrète (créée par le Parti communiste) créés dès 1940. A Compiègne l'organisation clandestine du Parti communiste s'organise en triangles. Lire dans le blog La solidarité au camp allemand de Compiègne et les pages 90 à 95 de "Triangles rouges à Auschwitz".
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Lettre de sa veuve au "Patriote Résistant", 30 janvier 1973.
  • Séance d’identification de 122 « 45.000 » le 30 avril 1948 par les rescapés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Recensement de la population, de Lérouville 1931.
Notice biographique rédigée en avril 2011, complétée en 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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