L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BORDY René Louis

7 février 1941 recto
7 février 1941 verso
Auschwitz le 8 juillet 1942
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Matricule 45275 à Auschwitz


René Bordy est né le 3 septembre 1901 à Pontarlier (Doubs). Il habite Pont-de-Roide (Doubs) au moment de son arrestation. 
René Bordy exerce successivement les métiers de mécanicien sur fer et ajusteur-outilleur et habite à Belfort (Territoire de Belfort) au moment du Conseil de révision. 
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 62, a les cheveux châtain, les yeux gris perle, le front large, le nez rectiligne, le visage ovale.
Il a le permis de conduire motos.
Conscrit de la classe 1921, Paul Feuvrier s’est engagé pour 4 ans le 15 janvier 1920 à la mairie de Belfort. Il est affecté au 158ème Régiment d’Infanterie où il arrive le 16 janvier 1920.
Il passe au 2ème Zouaves le 4 décembre 1920. Puis au 65ème Régiment de Tirailleurs marocains le 1er avril 1921.  Puis au 64ème Régiment de Tirailleurs marocains le 1er décembre 1922.
René Bordy est renvoyé dans ses foyers le 15 janvier 1923 (certificat de « bonne conduite » accordé) en attendant son passage définitif dans la Réserve (1 an après).
Il est « rappelé à l’activité » le 24 septembre 1938 pour une période (article 40 de la loi du 31 mars 1928) qu’il effectue au 77ème régiment Régional et est libéré le 7 octobre.
En décembre 1938, il habite à Paris 20ème au 10 impasse du Progrès.
En mars 1939, il est revenu habiter rue de l’Ancienne Poste à Pont-de-Roide.

Le 2 septembre 1939, il est « rappelé à l’activité » et affecté au Centre mobilisateur d’infanterie n° 72. René Bordy passe au 7ème Bataillon d’ouvriers d’artillerie  11 juin 1940.  Il est démobilisé par le Centre de démobilisation de Le Fossat (à 50 km au sud de Toulouse) le 17 septembre 1940 et se retire à Lézat (Ariège).
Il est ajusteur-outilleur à Sochaux. Il est marié, père de deux jeunes enfants (nés en 1934 et 1936). 
René Bordy est responsable CGT. Il est membre du Parti communiste, secrétaire de la Section de Pont-de-Roide. Il est candidat du Parti communiste à chaque élection locale.
Le commissaire spécial de la Sûreté au Sous-préfet
Pendant l’Occupation il est actif dans la clandestinité. Il diffuse des tracts et l’Humanité clandestine. Il est arrêté une première fois dans la 2ème quinzaine de janvier 1941, par le commissaire en charge de la police spéciale, pour "des tracts apposés à divers endroits de la commune" (rapport de police adressé au sous-préfet de Montbéliard, 8 février 1941 qui mentionne en outre « l'arrestation de 3 anciens communistes pour infraction au décret du 26 septembre 1939. Ils ont été écroués". Ce sont René Bordy, Paul Feuvrier et Roger Berne (1).
Une condamnation à 2 mois de prison est prononcée à l’encontre de René Bordy le 28 février 1941 par le tribunal correctionnel de Montbéliard. En dépit de l’appel du jugement fait par le substitut de Montbéliard (appel interjeté le 1er mars 1941), il est relâché à l’expiration de sa peine (recherches effectuées par Mme Marguerite Socié (2).
Mais René Bordy est arrêté une seconde fois le 30 juin à Pont-de-Roide, par la police française (fiche ACVG, témoignage de Mme Bordy, et notes de l'abbé de la Martinière, ancien déporté, fondateur du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (1972). Cette nouvelle arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Roger Bordy est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 7 juillet 1941 en même temps que ses deux camarades, Paul Feuvrier et Roger Berne. Les 3 amis écrivent un petit mot à leurs proches depuis la gare du Nord, le 7 juillet 1941, à 10 h du matin : "Nous nous dirigeons sur Compiègne. Nous ne savons pas au juste pourquoi, ni pour combien de temps" (Roger, Paul et René).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages. Dans une lettre jetée du train (après Bar-le-Duc) qui les emmène vers Auschwitz, Paul Février écrit à sa femme « Le train manœuvre. Je suis avec Lana. Le René (Bordy) est dans un autre wagon ».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Bordy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45275. A Auschwitz, René Bordy est affecté à Auschwitz I, aux Blocks 22, puis au 15 A, à la DAW et au Block 18 A. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants.
Lire l'article du blog "les 45000 au block 11 (témoignage de René Aondetto, qui fut affecté aux mêmes Kommandos que lui dès le début, ainsi qu’au Block 11 et à Gross-Rosen).
Le 7 septembre 1944, il fait partie des trente "45.000" qui sont transférés d'Auschwitz au camp de Gross-Rosen où ils sont enregistrés. René Bordy y reçoit le matricule 40 976 (ci contre le carnet tenu par Johann Beckmann, blockschreiber).
Après une quarantaine, ils sont affectés dans différents Kommandos (une dizaine d’entre eux aux usines Siemens, dont René Bordy et René Aondetto). Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué. Entre le 9 et le 11 février 1945, dix-huit "45.000" sont transférés à Hersbrück où ils sont enregistrés : René Bordy y reçoit le matricule 84 332. Il est affecté au kommando de Flossenbürg (constructions Dogger).
René Bordy meurt le 28 mars 1945 à l'infirmerie d'Hersbrück (document du centre d’Arolsen - 6 juin 1950 (3). René Aondetto a cité les mois de mars ou avril 1945, Henri Gorgue mars 1945 et Fernand Devaux fin avril 1945. La date du 5 mars 1945 a été retenue par l’arrêté ministériel du 8 septembre 2009 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès et paru au Journal Officiel du 18 octobre 2009. Le titre de « Déporté politique » a été attribué à René Bordy. Son nom est apposé sur le monument aux morts de la commune.
  • (1) Roger Berne est fusillé le 15 décembre 1941, au Mont Valérien.
  • (2) Mme Marguerite Socié, résistante, déprtée à Ravensbruck.
  • (3) Le Service international de recherches, situé à Bad Arolsen en Allemagne, a été créé après la guerre pour retrouver la trace de millions de déporté(e)s.
Sources
  • Lettre de Mme Marguerite Socié, résistante, déportée à Ravensbruck (25 juin 1991).
  • Lettre de Mme Bordy à René Aondetto (1946), où elle lui demande s’il peut témoigner du décès de Paul Feuvrier à Auschwitz, sa femme n’ayant « pas de certificats ».
  • Témoignages de René Aondetto, qui a authentifié sa photo d’immatriculation à Auschwitz, et de Fernand Devaux qui a connu René Bordy à Auschwitz.
  • Lettres de Denis Folletete, secrétaire de section communiste démocratique de Franche-Comté (25/11/1990).
  • Correspondance avec Mme Denise Lorach (conservateur), présidente du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (décembre 1988 et janvier 1991)
  • Séance d’identification de 122 « 45.000 » le 30 avril 1948 par les rescapés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site http://www.mortsdanslescamps.com/
  • Registres matricules militaires en ligne.
Biographie rédigée en avril 2011 et modifiée en novembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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