L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RENAUD MARCEL, ADRIEN




Marcel Renaud  est né le 27 janvier 1899 aux Pierrots, à Germiny-l’Exempt (Cher). Il habite à Villefranche-sur-Cher (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation. 
Rue Marcel Renaud @ ARMREL
Marcel Renaud est le fils de Joséphine Billebaut, journalière, 17 ans au moment de sa naissance. Il a été reconnu et  légitimé par le mariage de sa mère avec son père, Alphonse Renaud en 1904.
Il épouse Simone, Marie, Sineau le 9 avril 1922 à Villefranche-sur-Cher. Le couple aura un enfant.
Il est électricien, monteur sur les lignes aux PTT de Romorantin (information ADIRP 41), comme Joseph Filloux qui sera déporté à Auschwitz avec lui.
Selon le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, il n’était pas membre d’un parti politique, mais «sans doute fiché parce qu’il avait été reconnu sur une photo d’une manifestation CGT prise avant la guerre».
Pêcheur invétéré, il est surnommé "poiscaille". Selon la mairie de Villefranche, il est arrêté "pour avoir favorisé le passage de la ligne de démarcation" et pour cela, "allait à la pêche avec les allemands"  (réponse à mon questionnaire en 1990)
Marcel Renaud est arrêté le 1er mai 1942 à Villefranche, dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés en 1941), rafle opérée en représailles à l’accrochage de jeunes FTP avec deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942.
Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz comme Marcel Renaud : les trois Filloux, Victor Budin, Robert Hervaux, Camille Impérial, Edouard Roguet, Jean Matrischiano, Marcel Géré, Albert Robert, Isidore Petat, Daniel Pesson, Céleste Serreau.
Sur les circonstances de l’arrestation de Marcel Renaud et des quatre autres franvillois, la mairie de Villefranche-sur-Cher m’a communiqué les informations suivantes (la Loi d’amnistie préservant l’anonymat des personnes incriminées dans les actes de collaboration, je ne les mentionnerais que par XX). « Le maire Emile Leroy avait été suspendu de ses fonctions par la délégation spéciale aux ordres de Vichy… Me XX, notaire, faisait fonction de responsable en tant que sympathisant allemand avec MM XX et XX. Me XX devait désigner 3 personnes de tendances « communistes » pour être déportées suite au meurtre d’un gendarme Allemand à Romorantin. En fait 5 personnes furent prises en otages. Me XX fut jugé après la guerre pour collaboration, à Blois ».
Marcel Renaud aurait été soupçonné de favoriser le passage de la ligne de démarcation.
Marcel Renaud est interné à la maison d’arrêt d’Orléans, puis remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 5 ou le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Renaud est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas encore connu. Le numéro « 46049» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) est cependant probable : il correspond à ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir complètement en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. La publication de cette photo d’immatriculation prise le 8 juillet 1942 permettra peut-être de confirmer cette probabilité.
Marcel Renaud meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942, date qui suit une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau (elle est inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 1002).

Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération portait la mention «décédé en août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 31 juillet 1997), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
Stèle à sa mémoire
Marcel Renaud a été déclaré «Mort pour la France» et le titre de "Déporté politique" lui a été attribué. 
Une rue de Villefranche-sur-Cher porte son nom. 
Son nom est également gravé sur la stèle située dans le hall d'entrée de La Poste, à Romorantin « A nos camarades des PTT victimes de leur devoir » avec celui de Joseph Filloux et Roger Morand.

Les noms d’André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Geré et Marcel Renaud sont gravés sur le monument de Villefranche-sur-Cher, à la mémoire des "victimes civiles de la guerre".
  • Note 1 : Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. Il me l’a confirmé par lettre en 1990. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils furent surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvrit le feu. Un Feldgendarme a été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Une cinquantaine d’hommes soupçonnés d’être communistes furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie (avec cinq autres Loir et Chériens arrêtés le 22 juin 1941 et déjà à Compiègne depuis plusieurs mois), du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher » Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement « le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen » et il cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion ( les représailles décidées par les Allemands concernent la même région militaire).
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par la mairie de Villefranche (1990).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • "La Résistance dans le Loir-et-Cher ", Op. édité par l'ANACR en 1964.
  • Liste et fiche établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Site « Les plaques commémoratives, sources de mémoire ». © Photo Jean Jacques Guilloteau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • @ Relevé stèle PTT : Christine Fabre-Helynck
  • Archives en ligne du Cher, état civil.
Biographie rédigée en février 2011, modifiée en décembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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