L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POULLAIN MARCEL LEON AUGUSTE



Matricule 46005 à Auschwitz

Marcel Poullain est né le 8 octobre 1904 à Saint-Denis (Seine, aujourd’hui Seine-Saint-Denis).
Il est le fils de Joséphine Blain et d’Auguste Poullain. 
Il habite 10 rue du Quartier neuf à Pierrefitte-sur-Seine, au moment de son arrestation. Il fait son service militaire dans la marine nationale, à Brest. Il est manœuvre d'après les renseignements communiqués par la mairie de Pierrefitte (il a indiqué "Landwirt" agriculteur ou ouvrier agricole lors de son immatriculation à Auschwitz) .
Marcel Poullain épouse Henriette Lepée le 16 janvier 1932. Le couple a une fille, Jeanne. Marcel Poullain est membre du Parti communiste et secrétaire de cellule.
« De par son appartenance au Parti communiste, il avait dû une première fois se cacher pour ne pas se faire arrêter. Son épouse et sa fille ont dû partir se cacher également. La famille n’a plus jamais eu de signe de vie ni d’Henriette et de sa fille, même à ce jour. Ce qui a pu leur arriver reste un mystère. Pensant que les choses s’étaient calmées, Marcel est revenu à Pierrefitte où sur une dénonciation, il a été arrêté par la police française ». « C’est ce que les Allemands ont dit à la sœur de Marcel lorsque celle-ci a essayé de voir son frère à Compiègne » (Marylène Royer).
Pour Fernand Devaux (rescapé, de Saint-Denis) Marcel Poullain est arrêté dans la même période que Robert Tiradon et Camille Watremez tous deux de Pierrefitte. Or les archives des Anciens Combattants (DAVCC) indiquent que Camille Watremez est arrêté le 26 octobre 1940 alors que seul le nom de Marcel Tiradon figure sur la liste de la Préfecture de police des militants communistes arrêtés le 6 décembre 1940 en vue de leur internement à Aincourt. 
En fait Marcel Poullain est arrêté l'année suivante, le 24 juin 1941, dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés en vue de leur déportation comme otages, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht.

Extrait de la liste des RG du 24 juin 1941, montage avec l'en-tête de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 24 juin 1941, mentionne pour Marcel Poullain : « Communiste notoire. Ex secrétaire de cellule. Meneur actif et dangereux ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Marcel Poullain est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46005 (La photo portant ce matricule a été identifiée en comparaison avec les photos de famille).
Marcel Poullain meurt à Auschwitz le 16 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 961).
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération portait la mention «décédé le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 27 janvier 1998), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
4 passage Meunier à Saint Denis
Son frère, Auguste Poullain, résistant, responsable du service d’ordre du Parti Communiste à Saint-Denis a dû se cacher en Bretagne. A l’hiver 1942, alors qu’on était venu pour l’arrêter, il se sauve en traversant une rivière à la nage. Il tombe gravement malade, et il est transporté à l’hôpital Cochin et meurt à 33 ans de complications pulmonaires (d'après «Résistants et Résistantes en Seine-St Denis», Ed de l’Atelier p. 178).
Le nom de Marcel Poullain est inscrit sur le monument aux morts de Pierrefitte, dans le cimetière communal. Son nom a été donné à la colonie de vacances communale de Pierrefitte, à Cuzy (Saône et Loire) au cours de la cérémonie d’inauguration qui a eu lieu le 19 juillet 1959 en présence de Mme Poullain, sa mère, de Waldeck Rochet, député, de M. Fréville, maire de Pierrefitte.

Sources
  • © Documents et photos reçus par courriel le 5 février 2011 de Marylène Royer, d’après les souvenirs du grand-père de son époux, grand-père qui était le beau-frére de Marcel Poullain.
  • D. Biotton, maire de Pierrefitte, 18 octobre 1989.
  • Fernand Devaux, «Témoignage pour Aincourt» http://www.amicale-chateaubriant.fr/sommaire.php
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb : Photo de Marcel Poullain jeune, sur la sépulture individuelle dans le cimetière communal, © Alain Claudeville.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Plaque Auguste Poullain ©  Pierre Cardon.
Biographie rédigée en février 2011, modifiée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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