L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PETAT ISIDORE LOUIS



Isidore Petat, Musée de la résistance Blois
Matricule 45974 à Auschwitz

Isidore Petat est né le 18 novembre 1892 à Dun-le-Poëlier (Indre). Il habite 185 faubourg de Blois à Romorantin (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie-Louise Defins, 28 ans, et d’Henri Petat, 38 ans. Ses parents sont cultivateurs. 
Selon sa fiche matricule militaire Isidore Petat mesure 1m 60, a les cheveux châtain clair et les yeux bleu clair, le front large et vertical, le nez rectiligne et le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme serrurier et habite à Dun-le-Poëlier.  Il sera par la suite ajusteur de précision dans l’aviation.
Isidore Petat a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1912, Isidore Petat est appelé au service militaire le 10 octobre 1913. Il est incorporé au 1er Régiment d’Artillerie (2ème canonnier). Il est mobilisé « mis en route et sans délai » par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Il est ensuite transféré au 37ème RA, comme servant téléphoniste.
Affecté aux 3ème et 4ème groupes, il est cité à l’ordre du régiment (O/j 127 du 1er juin 1916) (combats des Hauts-de-Meuse) : « Isidore Petat, servant téléphoniste, excellent soldat ayant constamment fait preuve de dévouement dans ses fonctions de téléphoniste. Le 27 mai 1916, la batterie étant très violemment bombardée, s’est porté spontanément à la réfection des lignes. Signé Lieutenant-colonel Koecklin ».
Il est démobilisé le 29 août 1919 par le 33ème RA et se retire à Dun-le-Poëlier.
Pour la réserve de l’armée, il est alors affecté au 45ème régiment d’artillerie de campagne portée. Ayant été embauché comme ajusteur à la base aérienne de Pruniers-en-Sologne, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement dans la réserve de l’armée active, au 1er groupe d’ouvriers d’aviation « pour être employé au magasin d’aviation n° 3 à Romorantin en qualité de mécanicien d’avion » en tant qu’« affecté spécial » (i.e. il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
En 1923 et 1929, il est domicilié rue de la halle à Blois.
Il épouse Anne, Clarisse Senigon le 17 décembre 1930 à Dun-le-Poëlier . Le couple n'a pas d'enfant.

Isidore Petat est ouvrier d'Etat (ajusteur) à la base aérienne de Pruniers-en-Sologne, comme Edouard Roguet (qui sera, comme lui, arrêté le premier mai 1942).
Militant syndical, il est membre du Parti communiste.
A l’Occupation, Isidore Petat est arrêté une première fois le 18 avril 1941 à Romorantin (en même temps que Daniel Pesson, Moïse Bodin et Gustave Crochet).
Il est arrêté une deuxième fois à Romorantin le 1er mai 1942, dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels, rafle opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942. Treize d’entre eux seront déportés comme Isidore Petat à Auschwitz : Victor Budin, Robert Hervaux, Camille Impérial, Edouard Roguet, Jean Mastrichiano, André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Géré, Albert Robert, Céleste Serreau, Daniel Pesson.
Isidore Petat est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), problablement le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Isidore Petat est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45974". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Isidore Petat meurt à Auschwitz le 17 novembre 1942 d'après les recherches des historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 indiquant généralement la date de décès au camp). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte la mention «décédé le 20 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été déclaré "Mort pour la France" (13-06-1946).
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué. Son nom est inscrit sur le monument aux morts, dans le vieux cimetière de Romorantin. Son nom a été donné à une rue de sa commune de naissance, Dun-le-Poëlier, où sa veuve s’est retirée. Il figure également sur la stèle commémorative au lieu-dit La Quesniere à Dun-le-Poëlier.
  • Note (1) Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. Il me l’a confirmé par lettre en 1990. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils furent surpris par deux Feldgendarme. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvrit le feu. Un Feldgendarme a été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Une cinquantaine d’hommes soupçonnés d’être communistes furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie (avec cinq autres Loir et Chériens arrêtés le 22 juin 1941 et déjà à Compiègne depuis plusieurs mois), du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher » Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement «le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen» et il cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire).
Sources
  • "La Résistance dans le Loir-et-Cher ", Op. édité par l'ANACR en 1964.
  • Liste établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir-et-Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLIV-67. Chartres 23-10-1941.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • Photo d'Isidore Petat : © Musée de la résistance de Blois. Cliché ARMREL
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Etat civil de Dun-le-Poëlier.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en février 2011 (complétée en janvier 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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