L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PAUMIER CLOTAIRE MARCEL



Matricule "45954" à Auschwitz

Clotaire Paumier est né le 31 janvier 1924 à Chemery (Loir-et-Cher).
Il est le fils de Stéphanie, Julie Denis, 33 ans et de Denis, Albert Paumier, 42 ans son époux, vignerons installés à Champcol près de Selles-sur-Cher, puis à Chemery. 
Il habite à Chemery au moment de son arrestation.
Clotaire Paumier est célibataire, ouvrier agricole comme ses deux frères aînés.
Clotaire Paumier est sportif (footballeur), licencié FFA à l’Union Sportive Chemery.
La famille pendant les vendanges. Clotaire est à droite
L'équipe de foot de l'US Chemery
Il vit au sein d’une famille de militants communistes : ses deux frères aînés (frère aîné, Bernard (1), et Robert (2) sont des militants communistes actifs, connus des renseignements généraux et leur oncle, Paul Paumier, aidera au passage de la ligne de démarcation.
Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, dans une énorme rafle connue sous le nom « d’Aktion Theodorich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 
Le 22 juin 1941, les gendarmes allemands sont venus arrêter son frère, Bernard Paumier à Chemery (il avait déjà été arrêté en décembre 1939 pour «activités communistes»). Il ne le trouvent pas « et arrêtent à sa place son jeune frère Clotaire » (Le Maitron et site de l’Assemblée nationale). Clotaire Paumier est arrêté à son domicile. La fiche individuelle au DAVCC mentionne « soupçonné d’activités communistes ». D’abord placé avec ses camarades du département dans un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy, il est envoyé, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”, le « Frontstalag 122 ».
A Compiègne, Clotaire Paumier reçoit le matricule n° 1003 (bâtiment A5). Il écrit à ses parents depuis Compiègne le 13 avril 1942 : « ne vous occupez pas comment cette lettre est parvenue… Tout à l’heure quelques libérations, le fils Gauthier, Lacarde de Chailles ». Francis Gauthier a effectivement été libéré en avril. Son père a été fusillé le 15 avril. Mais il sera arrêté de nouveau le 1er mai, et déporté.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Carte lettre de Compiègne  « Par décision de nos services,
le détenu susnommé a été transféré dans un
camp pour y travailler. Sa destination étant inconnue,
il vous faudra attendre pour avoir de ses nouvelles
 ».
Ci-contre, carte-Lettre de l’administration du camp de Compiègne postée le 15 juillet 1942 : « Par décision de nos services, le détenu susnommé a été transféré dans un camp pour y travailler. Sa destination étant inconnue, il vous faudra attendre pour avoir de ses nouvelles ».
Clotaire Paumier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Clotaire Paumier est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45954". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Lettre d'Auschwitz, 21 novembre 1943
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, François Viaud, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz (140 « 45000 » environ), reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11".  
Les lettres conservées par ses parents permettent de reconstituer les derniers mois du jeune homme. Le 17 octobre 1943, il leur écrit du block 11 : Je suis heureux de vous faire savoir que je suis toujours en bonne santé et j'espère qu'il en est de même pour vous. J'ai reçu tous vos paquets. Ne m'envoyez pas tant de pain et de biscottes. Du pain, j'en ai suffisamment ici maintenant. Mais si vous pouviez envoyer du fromage, des conserves, du sucre, de l'ail et un peu de lard salé. Vous pouvez mettre aussi, dans les colis, de la confiture. Cela me ferait bien plaisir.(...) J'espère que les vendanges se sont bien passées et que le vin est de bonne qualité.(...).
Block 20 : "L'Hôpital"
Mais sa lettre du 21 novembre est rédigée depuis le Block 20 (l'hôpital). Ne pouvant leur dire qu'il est à présent hospitalisé, il se contente de donner à sa famille de nouvelles recommandations pour ses colis. Il lui apprend qu'on peut lui en faire parvenir par l'intermédiaire de la Croix-Rouge. Dès l’information connue, Madame Paumier fait les démarches nécessaires auprès de l'antenne de Blois, le 9 décembre 1943. Puis, le 15 décembre 1943, elle s'adresse à la direction du service des Internés civils. Les colis sont expédiés.

Mais elle reste sans nouvelle de son fils pendant plus de quatre mois, jusqu'à ce qu'elle reçoive, le 2 mai 1944, une carte de la Croix-Rouge lui annonçant que le colis expédié à sa demande, le 16 décembre 1943, est revenu avec la mention ne pouvant être remis. 
Clotaire Paumier était mort depuis le 29 novembre 1943. Ses parents ne l'apprendront qu’en mai 1945 de la bouche d'un rescapé. Selon le témoignage de celui-ci, Giobbé Pasini (rescapé de Meurthe-et-Moselle), il meurt de tuberculose, hospitalisé au block 20 pendant la quarantaine au Block 11, le 29 novembre 1943.
Clotaire Paumier meurt à Auschwitz le 29 novembre 1943 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 910). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte la mention porte la mention « Décédé le 15 octobre 1943 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 28 février 1996), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
La rue du stade à Chémery
Clotaire Paumier a été déclaré "Mort pour la France" (12 juin 1947). Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. Le nom de Clotaire Paumier est inscrit sur le monument aux morts de Chémery. 
La rue de Chémery qui mène au stade de football porte son nom.


Bernard Paumier
Note 1 : Bernard Paumier né en 1909, sera un des organisateurs de la résistance communiste dans le Loir-et-Cher. Permanent communiste, suppléant du Comité central, il sera député du Loir et Cher en 1945 et 1946, non réélu en 51 du fait des apparentements. Secrétaire fédéral du PCF 41. Il fut maire de Chémery (1965, 1977). Puis il travailla au journal La Terre, puis fut directeur d'un aérium de l'Union des syndicats de la Seine (in Le Maitron). 
Note 2 : Robert Paumier né en 1913, prisonnier de guerre évadé, résistant, commandant FFI à Paris, sera après guerre secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des combattants prisonniers de guerre. Permanent à l'Humanité et à Ce soir (in Le Maitron). 

Sources
  • Duplicata de photos de famille confiées à la FNDIRP, et restituées par Roger Arnould à Thérèse Paumier, belle sœur de Clotaire.
  • Photocopies de lettres de Clotaire Paumier à Auchwitz.
  • Clotaire Paumier au Block 11. Extrait de « Mille otages pour Auschwitz ». p. 369-370.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en octobre 1993).
  • Biographies de Robert et Bernard Paumier in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en février 2011, complétée en 2015 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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