L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LERICHE LEON VICTOR EUGENE MARIE


Léon Leriche est né le 14 février 1896 à Husson (Manche). Il habite à Tinchebray (Orne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Julie, Aline, Marie Férouelles et de Denis, Marie, Auguste Leriche son époux.
Selon sa fiche matricule militaire Léon Leriche mesure 1m 67, a les cheveux châtain clair et les yeux roux, le front verticale, le nez rectiligne. Il a le visage rond. Il a une cicatrice de coupure de 4 cm au poignet droit. 
Au moment du conseil de révision, il travaille comme couvreur, puis plombier-zingueur à Saint-Patrice du Désert (canton de Carouges dans l’Orne) où habitent ses parents.
Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, Léon Leriche, comme tous les jeunes hommes de sa classe après la déclaration de guerre est mobilisé par anticipation en avril 1915. Il est affecté au 26ème Bataillon de Chasseurs à pieds le 8 avril, caserné à Pont-à-Mousson où il arrive le dit jour. Le 22 mars 1916, il est envoyé « aux armées » avec la 25ème compagnie. Il est « évacué malade » le 20 septembre 1916 et hospitalisé à l’hôpital n° 3 bis de Barentin le 23. Un mois après, il rejoint le dépôt divisionnaire et repart « aux armées ». Il « passe » à la 1ère compagnie le 15 novembre 1916. Le registre note une « interruption de service  du 13 juin 1917 au 17 décembre 1918 ». Le 15 avril 1919 Léon Leriche « passe » au 19ème bataillon de chasseurs. Il est placé en « congé illimité de démobilisation par le 103ème RI, le septembre 1919 « certificat de bonne conduite refusé » et « se retire » à Saint-Patrice du Désert.
Fin mars 1921, il est domicilié au 265 rue Quinconce à Péronne (Somme). En mai 1921, il a déménagé à Golancourt-en-Bonneuil (Oise). En octobre 1922, il habite rue de l'Abbaye à Monbrehain (Aisne). En novembre 1924, il a déménagé à Lille (Pas-de-Calais), au 111 rue du Long Pot.
Il est marié, père d’un garçon, Clément.
En août 1925, il est revenu habiter en Normandie et est domicilié à La Ferté-Macé (Orne) au 34 rue de la Teinture.
La centrale de Couterne
Il travaille à la Société de distribution électrique de l’Ouest en qualité de plombier chef gazier à Couterne (Orne). C’est une centrale thermique de 1200 Kw qui fournit de l’électricité à tout le bassin d’Alençon. Pour l’armée cet emploi le fait alors passer en juillet 1931 « affecté spécial tableau III, catégorie C » en tant que réserviste de l’armée active : c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit.
En juillet 1926, il habite rue neuve de Vire à Tinchebray (Orne).

Comme Léon Leriche a changé d’entreprise, il est rayé de cette « affectation spéciale » à la Société de  distribution électrique de l’Ouest le 7 décembre 1936 (décision du général commandant la 4ème région), mais aussitôt reclassé « affecté spécial » au titre de l’Usine à gaz de Tinchebray, comme plombier chef gazier (1937). 
Léon Leriche participe activement à l’aide aux réfugiés espagnols. Il est membre de la ligue des droits de l’homme.
L'usine à gaz de Tinchebray
Son nouveau classement dans "l’affectation spéciale" est ramené par les autorités militaires à 3 mois, le 7 juin 1939. 
Le registre matricule militaire ne spécifie pas s’il est maintenu "A.S." en septembre, ou si, militant communiste connu, il est rayé de « l’affectation spéciale », comme la plupart des syndicalistes et / ou présumés communistes. Ils redeviennent alors mobilisables, « inscrits en domicile ».
Après l'armistice et l'occupation allemande, Léon Leriche est arrêté dans les derniers jours de mai 1941 : « A partir d'août-septembre 1940, à Tinchebray, des membres de l'ex-Parti communiste et des militants syndicalistes parviennent à se "retrouver", sous l'impulsion de Faustin Merle. Courant février 1941, les premières réunions clandestines ont lieu le soir chez Faustin Merle, et des exemplaires de L'Avant-Garde sont distribués à Tinchebray. Les 27, 28 et 29 mai, une opération de police est lancée à Flers et Tinchebray dans les milieux communistes afin de découvrir les ramifications du parti dans la région. A la suite des perquisitions opérées à leur domicile, Alphonse Leguidecoq et Léon Leriche sont maintenus en détention avant d'être relâchés. Faustin Merle a, quant à lui, pris la fuite. » (1)
Incarcéré à la Maison d’arrêt de Caen, Léon Leriche est jugé par la Cour spéciale et défendu par maître Guibet. Il est condamné à un mois de prison qu’il purge à Domfront. Il est relâché à la suite de l’intervention de ses supérieurs qui le considèrent comme un « bon travailleur ». 
Ouest-Eclair 
Ouest Eclair
17 janvier 1942
Il reprend son travail mais sera arrêté à nouveau le 18 octobre 1941 par des Felgdgendarme accompagnés d’un gendarme de Tinchebray. 
Cette arrestation a lieu le même jour que celles de Lucien Blin, Justin Daguts, Maurice Denis, Louis Fernex, Eugène Garnier, et Christ Vannier syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz (Louis Fernex s'évade mais sera repris).
Le journal de La ferté Macé
25 janvier 1942
« Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (2). Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF». Il passe à nouveau en jugement et maître Guibet obtient la relaxe au bénéfice du doute. Le jugement en appel de Léon Leriche, Louis Fernex et Faustin Merle (en son absence) a lieu en janvier 1942. Ils sont acquittés, mais Léon Leriche et Louis Fernex sont remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci les internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp, Léon Leriche va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Léon Leriche est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45784 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Léon Leriche meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 711). Cette journée correspond à une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau, « sélection » au cours de laquelle près de 150 « 45000 » ont été assassinés. Cette date a été reprise par l’arrêté du 9 août 1994 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès.
Léon Leriche a été déclaré "Mort pour la France". Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Tinchebray devant la Mairie. 
Depuis le 8 novembre 1976, une rue de Tinchebray (lotissement), donnant dans la rue des Forges porte son nom.
  • Note 1 : Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). La résistance communiste à Tinchebray, par Stéphane Robine.
  • Note 2 :  Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
Sources
  • Mairie de Tinchebray (décembre 1988).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from AuschwitzSterbebücher von Auschwitz (registre des morts) : Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • Blog "L'histoire de Lucien" pour la photo de l'usine de Couterne. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires.
Notice biographique  réalisée en avril 2001 (complétée en  2011, 2016 et 2018), pour l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association «Mémoire Vive». Par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, , auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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