L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FERNEX LOUIS EUGENE HENRI




45537
Louis Fernex est né le 16 mai 1906 à Paris (XII°), fils de Blanche Decory et de Claude Fernex son époux. Il habite à Tinchebray puis à « la Folie », à Fresnes, près de Tinchebray (Orne) au moment de son arrestation.
Il est ouvrier métallurgiste à Tinchebray.
Louis Fernex est membre du Parti communiste. Il est secrétaire du Syndicat des Métaux CGT de Tinchebray. En 1940, il est au chômage.
«A partir d'août-septembre 1940, à Tinchebray, des membres de l'ex-parti communiste et des militants syndicalistes parviennent à se "retrouver", sous l'impulsion de Faustin Merle, employé aux contributions indirectes depuis sa mutation de Creil en novembre 1939. En août 1940, alors que les industries connaissent un chômage important consécutif aux événements, Merle fait la connaissance de deux ouvriers momentanément sans travail, Alphonse Leguidecoq et son beau-fils Louis Fernex, qu'il emploie à débiter du bois » (1).
Courant février 1941, les premières réunions clandestines ont lieu le soir chez Faustin Merle, et des exemplaires de L'Avant-Garde sont distribués à Tinchebray. « Les 9 et 10 juin 1941, des tracts sont à nouveau distribués à Tinchebray. Dans le courant de la nuit du 16 au 17 juillet 1941, d'autres tracts sont glissés sous les portes dans quelques maisons de cette même localité » (1).

Louis Ferneix est arrêté le 18 octobre 1941. Le même jour que Maurice Denis, Lucien Blin, Justin Daguts, Léon Leriche, Eugène Garnier, Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz. « Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (2). Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».
Louis Fernex est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Louis Fernex est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45537.
D’après le témoignage d’Eugène Garnier, à bout de forces, il aurait envoyé un coup de poing à un SS. Celui-ci l’aurait alors étouffé à l’aide d’un manche de pioche, puis décapité (un supplice fréquemment utilisé par les SS, révèlé par Amicale d'Auschwitz en 1947, dessin ci-contre). Toutefois Louis Fernex est déclaré mort à Auschwitz le 17 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 283), et cette date est celle d’une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau, « sélection » au cours de laquelle près de 150 « 45000 » ont été assassinés.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Fresnes. La CGT a édité une photo à sa mémoire, à partir de sa photo d’immatriculation.

Sources
(1) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). La résistance communiste à Tinchebray, par Stéphane Robine.
(2) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.- Mairie de Tinchebray (décembre 1988).
  • Témoignage d'Eugène Garnier.
  • Dessin in "Témoignages sur Auschwitz". Publication de l' Amicale d'Auschwitz 1947.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
Biographie rédigée en 2001 pour l’exposition de Caen et modifiée en février 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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