L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DENIS PIERRE MAURICE




45456
Pierre - dit Maurice - Denis est né le 3 avril 1909 à Gournay-le-Guérin (Eure). Il habite à Aube, à 6 km de L'Aigle (Orne) au moment de son arrestation.
Il est célibataire. Il est électricien à la centrale de la SDEO (Société de Distribution Electrique de l'Ouest, qui deviendra EDF), qu’on appelle alors le « Secteur » et dont la centrale est à Aube.
Maurice Denis est membre du Parti communiste. Il est secrétaire de la Section communiste de l'Aigle en 1936. Il se présente aux élections cantonales en octobre 1937 à Mortagne. Il est ensuite secrétaire du Rayon du Parti communiste de Mortagne en 1938.­ Et la même année il est secrétaire du Comité "Paix et Liberté" de Mortagne.

A partir d'août et septembre 1940, des ex-membres du Parti communiste dissous et des militants syndicalistes parviennent à se regrouper sous l'impulsion de Faustin Merle et d’Eugène Garnier. Des tracts appelant au sabotage des installations de l’occupant et des journaux sont diffusés.

Maurice Denis est arrêté à L'Aigle le 18 octobre 1941, selon Eugène Garnier. Le même jour que Lucien Blin, Justin Daguts, Louis Ferneix, Léon Leriche, Eugène Garnier, Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz.

« Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (1).

Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de Comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».
Maurice Denis est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Maurice Denis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45456.
Maurice Denis meurt à Auschwitz le 12 septembre 1942 (2).
Dans "le Réveil normand" du 10 juin 1945, le secrétaire du syndicat du personnel de la SDEO écrivait : "Notre ami Denis, modeste ouvrier, avait su conquérir l’affection et l’estime de tous ses camarades. Militant actif, les dernières paroles qu’il a prononcées et qui nous ont été rapportées par un témoin, prouvent qu'il est resté, jusqu'à la fin, fidèle à son idéal et ses dernières pensées furent pour sa famille, ses camarades et son parti".
Une rue de l'Aigle porte son nom, qui est inscrit sur le monument aux morts de la commune.

Sources
(1) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ) de Caen. Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
2) Maurice Denis figure - avec Pierre pour prénom - dans la liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
- Témoignage d'Eugène Garnier.
- Photo tirée de la Brochure commémorative (édition 1948-50) photocopiée par Mme Ventillard, bibliothécaire de L'Aigle.
- Fichier du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en décembre 1992).
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 25, page 42
- Liste des détenus soignés à l'infirmerie d'Auschwitz en 1942 (BAVCC).
Biographie rédigée en 2001 pour l’exposition de Caen et modifiée en février 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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