L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DAGUTS JUSTIN LEOPOLD


Justin Daguts est né le 3 mars 1896 au domicile de ses parents rue Barricouteau à Graulhet (Tarn). Il habite à Aube, près de l'Aigle (Orne) au moment de son arrestation. Il a exercé successivement les métiers de cultivateur, mineur et à partir de 1924, facteur PTT (1).
Justin Daguts est le fils de Catherine, Sophranie Bascoul, 28 ans, sans profession et de Frédéric Daguts, 36 ans, cultivateur, son époux.
Lors du conseil de révision, Justin Daguts  habite à Graulhet. Il y travaille comme cultivateur. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 69, a les cheveux châtain moyen, les yeux bleus, le front moyen, le nez rectiligne. Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation en mai 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre.  Classé le 20 mai 1915 en deuxième partie de liste pour « musculature insuffisante » par la commission de réforme de Dijon, il est à sa demande classé service armé comme infirmier le 17 juillet 1915.
Le 1er janvier 1916, il passe à la section coloniale d’infirmiers militaires. Le 13 juillet 1916, il monte au front. Le 29 janvier 1917 il est rattaché au 43ème régiment d’infanterie. 
Tirs de barrage sur Craonne, 1918
Justin Daguts  est blessé le 19 mars 1918, dans le secteur de Craonne, par manipulation de détonateur (il perd la 2ème phalange de l’index de la main gauche). Il est à nouveau blessé par éclat d’obus à la main gauche le 21 août 1918, toujours dans le secteur de Craonne (bataille du Chemin des Dames). Il passe à la 1ère section d’infirmiers le 7 janvier 1919.
Le 4 mars 1919, à la mairie de Moularès (Tarn), Justin Daguts épouse "Alodie", Louise Anglès (elle est née à Moularès le 11 février 1900. Elle décède à l'Aigle le 1er avril 1985).
Le 3 juin 1919, il passe à la 15ème section d’infirmiers. Le 19 septembre 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation, « certificat de bonne conduite accordé ».  Il se retire à cette date à Albi au 3 rue de Saunal, puis le couple déménage à Castres pour une petite maison de ville, au 38 rue Maillot à Castres.
Signature de Justin Daguts sur l'acte
 de naissance de Gabriel Calmet-Boudon
En mai 1920, il est employé à la Compagnie du Midi (Chemins de fer) et a déménagé au 16 rue des jardins à Castres (information à partir des recherches de Mme Béatrice Boudon, à partir de l'acte de naissance de son grand-père : c'est en effet Justin Daguts qui le déclare en mairie de Castres le 1er mai 1920. La mère de Gabriel Boudon habite alors au 38 rue Maillot).
En 1921, travaillant comme mineur, il habite à la côte du Parc à Saint-Benoit (canton de Carmaux) chez M. Miquel.
Il est embauché comme facteur aux PTT. Justin Daguts  est classé en 1924 comme « Affecté spécial », tableau n° II, au titre de la réserve militaire, comme facteur des PTT.
En 1927, il revient à Albi (Pélissier) chez M. Maurel.
En 1930, il est muté à Aube (Orne) à 7 km de L’Aigle. En mars 1935 il habite à Rai (Orne), commune voisine d’Aube et de Boisthorel.
Le 30 mars 1940, il est rayé de l’Affectation spéciale, comme la majorité des « affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes, et affecté au dépôt de recrutement du Mans.
A partir d'août et septembre 1940, des ex membres du Parti communiste dissous et des militants syndicalistes parviennent à se regrouper sous l'impulsion de Faustin Merle et d’Eugène Garnier. Des tracts appelant au sabotage des installations de l’occupant et des journaux sont diffusés.
Justin Daguts est arrêté à l'Aigle le 18 octobre 1941, selon Eugène Garnier. Le même jour que Maurice Denis, Lucien Blin, Louis Ferneix, Léon Leriche, Eugène Garnier, Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz. « Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (2).
Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Les arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».
Justin Daguts est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Justin Daguts est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45419 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
© Dessin de Franz Reisz, 1946
Justin Daguts meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 204). L’état civil fictif établi après la Libération (dates de décès fictives, le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés) mentionne toujours "dédédé en septembre 1942 à Birkenau". Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les travaux des historiens du Musée d'Auschwitz, basés sur les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995.
Justin Daguts a été déclaré "Mort pour la France" en avril 1948. Le titre de « déporté politique » lui a été attribué (n° 11720033).
Son nom est inscrit sur le monument aux morts d’Aube, devant le calvaire.
  • Note 1 : Information de son registre matricule militaire. Mme Marinette Daguts, qui pense être une parente éloignée, m’a informée par courriel que le nom de Justin Daguts figurait sur une plaque érigée le 7 décembre 1947 à l'hôtel des Postes d’Alençon à la mémoire des 12 postiers déportés et fusillé d’Alençon. Le travail des élèves de 3ème du Collège Balzac d’Alençon complète cette information. « Les fonctionnaires des P et T jouèrent un rôle important mais méconnu, en interceptant des lettres adressées à la Kommandantur, en assurant les transports de courriers et d'armes, en détraquant les lignes au service de l'occupant, en fournissant des renseignements à nos alliés ». La profession d’électricien que j’avais indiquée lors de la rencontre de Caen en 2001 et qui a été reprise dans l’ouvrage « de Caen à Auschwitz », résulte d’une confusion avec la fiche de Maurice Denis, électricien, travaillant à Aube.
  • Note 2 Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
Sources
  • Liste des déportés de l'Orne (Mme Ventillard, archives départementales, juillet 1991).
  • Témoignage d'Eugène Garnier.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en juin 1992).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Site Résistance et déportation : les stèles commémoratives (Orne).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Archives en ligne : Etat civil et Registres matricules militaires du Tarn.
  • Courriels de Mme Béatrice Boudon (mars 2017), pour rectification des nom et prénom de jeune fille de l'épouse de Justin Daguts, illisibles sur l'acte de naissance de celui-ci à la mention du mariage, mais dont elle a retrouvé l'acte de naissance à Moularès (état civil en ligne du Tarn). Acte de naissance de Gabriel Boudon, 1er mai 1920.
Biographie rédigée en 2001 (complétée en 2015 et 2017) pour l’exposition de Caen et modifiée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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