L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CROCHET GUSTAVE



Matricule "45414" à Auschwitz

Gustave Crochet est né le 28 juillet 1888 à Châteauroux (Indre). 
Il habite Haute Hoche, dans le quartier de la Ratière à Romorantin (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation. Il est le fils de Louise Léonard, 28 ans, ménagère et de Jean Auguste Crochet, 25 ans, couvreur, son époux. Ses parents habitent au 40 boulevard St Louis à Châteauroux.
Gustave Crochet passe le certificat d’études primaires. 
Il épouse Marie, Louise, Juliette Thoreau le 15 septembre 1906 à la mairie de Châteauroux (elle habitait la même ville). 
Selon sa fiche matricule militaire, Gustave Crochet mesure 1m 70, a les cheveux et les sourcils bruns, les yeux gris, le front haut, le nez long, la bouche moyenne, le menton rond et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire élevée) et le « Brevet de conduite des autos ».
Au moment du conseil de révision, il travaille comme chaufournier à Châteauroux (spécialiste en four à chaux), puis comme plombier-zingueur.
Conscrit de la classe 1908, Gustave Crochet, soutien de famille, est appelé au service militaire et incorporé au 90ème Régiment d’infanterie le 8 octobre 1909. Il est nommé clairon (caporal-clairon) le 23 octobre 1910.
Il est « envoyé dans la disponibilité » le 23 septembre 1911, « certificat de bonne conduite accordé ». Il est classé dans la réserve comme auxiliaire
En septembre 1912, le jeune couple vient habiter en région parisienne, domicilié à Hyères (Seine / Essonne) au 22 rue des Nonnains. En juin 1914, ils ont déménagé au 13 de la même rue.
Il est classé dans la réserve comme « service auxiliaire » pour « arthrite chronique au coude droit et fracture en quinconce de la jambe ».
Le 12 septembre 1914, le couple est revenu boulevard Saint-Louis à Châteauroux.
Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 entraîne sa mobilisation : la commission de réforme le classe alors « service armé » (en vertu des arrêtés du 9 octobre qui rappellent les soldats classés « services auxiliaires ») et il est affecté au 49ème Régiment d’artillerie. Le 23 décembre il est transféré au groupe cycliste de la 5ème division de cavalerie. Il est nommé Caporal le 29 avril 1915.
Il est transféré au 65ème Bataillon de chasseurs à pied le 5 décembre 1915. Il est évacué le 11 décembre pour « adénite cervicale spécifique ».
Le 21 janvier 1917, il « passe » au 29ème Bataillon de chasseurs à pied. Il est blessé (plaies et fracture aux phalanges de la main droite) le 16 avril 1917 à Moussy-sur-Aisne (2ème bataille du Chemin des Dames, lors de l’offensive Nivelle. Pertes françaises 200.000 hommes !)
Le 12 février 1918, il est proposé pour un changement d’arme (l’aviation) par la commission de réforme du Mans pour « séquelles de congestion de la base du poumon droit et poussées rhumatismales subaïgues intermitentes ». Il est « remis clairon » par décision du Lieutenant-colonel du 1er centre d’instruction.
Le 18 février 1918, il « passe » au 2ème groupe d’aviation. Le 7 mars, il passe au 1er groupe d’aviation. La 5ème commission de Réforme de la Seine du 5 avril 1919 le déclare «  inapte personnel navigant», pour « limitation des mouvements de l’épaule  et du coude droits ». Il sera proposé pour une pension de 10 % en 1921 par la commission de réforme de Tours.
Le 7 mai 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation, « certificat de bonne conduite accordé ». 
Il sera titulaire de la carte du combattant, n° 26610, qu'il obtient dans le département du Loir-et-cher.
Il est artisan, fabricant de fours de boulangerie à Haute-Roche (Romorantin). 
Il est à nouveau classé dans la réserve comme auxiliaire à la 9ème section des infirmiers militaires à Châteauroux (maintien par les commissions de réforme en 1927 et 1928).
« Gustave Crochet était un bon vivant - écrit Georges Larcade - il était à l’origine du comité des «ratons de la Ratière», un des premiers comités de quartier qui connaissait un grand succès». « Les statuts ont été déposés en octobre 1936 - note Christian Boulard, président de l'association des riverains en 2006 -. Gustave Crochet en fut le premier président ». « Le 30 septembre 1936, Gustave Crochet, premier président, déposait les statuts. C'est lui qui a monté, animé celle qui allait devenir l'une des plus importantes associations de quartier à Romorantin » La Nouvelle République (23/04/2016).
Le 15 octobre 1937, il est "dégagé de toutes obligations militaires".
Il est membre du Parti communiste. Il est arrêté comme tel le 18 avril 1941, le même jour que le patron et les ouvriers de l'entreprise Benoist-Bourgeois. Il est libéré sans jugement.
Il est arrêté à nouveau à Romorantin à son domicile et en présence de sa femme, le 1er mai 1942, dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés comme lui en 1941). Cette rafle est opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942. Treize d’entre eux seront déportés comme Céleste Serreau à Auschwitz : Victor Budin, Robert Hervaux, Camille Impérial, Edouard Roguet, Jean Mastrichiano, André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Géré, Albert Robert, Isidore Petat, Daniel Pesson.
Gustave Crochet est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), probablement le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gustave Crochet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45414".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Gustave Crochet meurt à Auschwitz le 27 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 187). Son état civil porte toujours la mention «décédé le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne). Cette date qui est celle du départ du convoi, reproduit l’état civil fictif établi après la Libération. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945. Le Death Books from Auschwitz a été publié en deux gros volumes par le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau dès 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Gustave Crochet a été déclaré "Mort pour la France" le 31 octobre 1947. Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de de Romorantin-Lantenay (quai de l’île Marin et dans le vieux cimetière.
  • Note 1 : Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. Il me l’a confirmé par lettre en 1990. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils furent surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvrit le feu. Un Feldgendarme a été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Une cinquantaine d’hommes soupçonnés d’être communistes furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie (avec cinq autres Loir et Chériens arrêtés le 22 juin 1941 et déjà à Compiègne depuis plusieurs mois), du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher » Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement « le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen » et il cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire, les représailles décidées par les Allemands).
Sources
  • Mairie de Romorantin (communications de Mme Valin - fiches de dénombrement des Internés et Déportés, service des Statistiques - et Mme Vally, Archiviste (1990).
  • "La Résistance dans le Loir-et-Cher ", Op. Édité par l'ANACR en 1964.
  • Liste établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLIV-67. Chartres 23-10-1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en février 2011 (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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