L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BODIN MOISE ALBERT JOSEPH



Moïse Bodin @ Musée Résistance
Moïse Bodin est né le 28 décembre 1899 à Gy-en-Sologne (Loir-et-Cher), fils de Joséphine Germain, 32 ans, cultivatrice et de Pierre Bodin, 36 ans, cultivateur son époux. 
Moïse Bodin habite rue Péronnière, dans le quartier de la Ratière à Romorantin (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation.
Moïse Bodin est domestique agricole, maçon puis chauffeur de camions (fiche matricule militaire). Il habite à Pruniers-en-Sologne (canton de Romorantin) au moment du Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 55, a les cheveux noirs et les yeux gris, le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Conscrit de la classe 1919, Moïse Bodin est mobilisé par anticipation en 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est appelé sous les drapeaux le 15 avril 1918 et incorporé le 16 avril au 13ème Régiment d’Infanterie.
Le 17 avril 1919, il passe au 17ème Régiment d’Artillerie d’Assaut. Il est renvoyé dans ses foyers le 21 mars 1921 en attendant son passage dans la Réserve, le 13 avril 1921. Il a un certificat de bonne conduite. En application de l’article 33 (prolongement de la durée du service militaire pour les classes 1918 et 1919), il est rappelé à l’activité du 8 mai 1921, mais est renvoyé dans ses foyers le 29 juin 1921 (télégramme ministériel).
Il épouse à Pruniers-en-Sologne, le 7 avril 1923, Georgette Gautry, ouvrière en chaussures. Le couple aura trois enfants. 
Il est un des dirigeants de la société de gymnastique "La Romorantinaise".
Moïse Bodin est "rappelé à l’activité" le 2 août 1939, veille de la déclaration de guerre… 
Il est affecté au 303ème RA (dépôt d’Artillerie n°5). Il arrive au corps le 3 septembre 1939. Il part « aux armées » le 11 septembre 1939. Le 16 février 1940, il est rattaché au PRAA (Parc de Réparation Artillerie - ou Automobile - d'Armée) n° 7. Père de 3 enfants, il est rattaché officiellement à la classe 1913 le 22 avril 1940. Entre temps, il a été classé « Affecté spécial » le 3 avril 1940 au titre de l’entreprise Benoist de Romorantin
Moïse Bodin est « chauffeur d'auto » à l'entreprise de vidange Benoist-Bourgeois à La Haute Roche (près de Romorantin). 
A l’Occupation, Moïse Bodin est arrêté une première fois le 18 avril 1941 lorsque les Allemands arrêtent son patron et l'ensemble du personnel. Il est libéré (pas de jugement).
Il est arrêté une deuxième fois le 1er mai 1942, par des policiers allemands à son domicile, devant sa femme et ses enfants, dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés comme lui en 1941). Cette rafle est opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. 
Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942. Treize d’entre eux seront déportés comme Moïse Bodin à Auschwitz : Victor Budin, Robert Hervaux, Camille Impérial, Edouard Roguet, Jean Mastrichiano, André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Géré, Albert Robert, Isidore Petat, Daniel Pesson, Céleste Serreau.
Les autorités allemandes l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), problablement le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Moïse Bodin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Moïse Bodin immatriculé le 8 juillet 1942
Moïse Bodin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45262 ». En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il me semble pouvoir être désormais validé après avoir comparé la photo d’immatriculation du déporté correspondant à ce numéro avec sa photo provenant du Musée de la Résistance et de la Déportation du Loir-et-Cher à Blois. 
Dessin de Franz Reisz 1946
Moïse Bodin meurt à Auschwitz le 25 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 109). Son état civil porte toujours la date de décès inscrite à la Libération «6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne)». Cette date est celle du départ du convoi. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les dates de décès relevées d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz dans l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
Moïse Bodin a été déclaré "Mort pour la France". Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Romorantin, quai de l’île Marin.
  • Note (1) Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. Il me l’a confirmé par lettre en 1990. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils furent surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvrit le feu. Un Feldgendarme a été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Une cinquantaine d’hommes soupçonnés d’être communistes furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie (avec cinq autres Loir et Chériens arrêtés le 22 juin 1941 et déjà à Compiègne depuis plusieurs mois), du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher », Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement « le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen » et il cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire).
Sources
  • Mairie de Romorantin (Mme Valin, fiches de dénombrement des Internés et Déportés, service des Statistiques) et Mme Vally, Archiviste (1990).
  • Registres matricules militaires du Loir-et-Cher.
  • Photo en civil @ Musée de la Résistance et de la Déportation du Loir-et-Cher à Blois.
  • "La Résistance dans le Loir-et-Cher ", Op. édité par l'ANACR en 1964.
  • Liste établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLIV-67. Chartres 23-10-1941.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en février 2011 (complétée en octobre 2015) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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