L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BLIN LUCIEN LOUIS




Lucien Blin à Auschwitz
Matricule "45257" à Auschwitz


Lucien Blin est né le 24 mars 1898 à Gaillon (Eure). Il est le fils de Marie Louise Jameau, 30 ans, sans profession et de Pierre Blin, 31 ans, surveillant de l'administration pénitentiaire. Lucien Blin habite au 7 rue de l’Orne à Argentan (Orne) depuis 1931 jusqu’à son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Lucien Blin mesure 1m 63 a les cheveux châtain clair et les yeux roux, le front moyen fuyant, le nez court et le visage rond. Il travaille comme tourneur sur métaux à Gaillon.
Conscrit de la classe 1918, Lucien Blin est mobilisé par anticipation d’un an (soit en avril 1917), comme tous les jeunes gens depuis la déclaration de guerre.
Il est incorporé au 67ème Régiment d’infanterie le 17 avril 1917 et arrive au corps le même jour. A l’instruction au dépôt du 67ème jusqu’au 15 octobre, il « passe » au 19ème bataillon du 101ème Régiment d’infanterie,  aux armées ». le 23 mars 1918, il « passe » au 102ème Régiment d’infanterie, affecté à la 9ème compagnie le 31 mars, « aux armées ».
Pressés d'en finir les Allemands décident une nouvelle offensive. C'est le « Friedensturm » ou « bataille pour la Paix ». 
Croix de guerre
 avec étoile de bronze
Ludendorff projette, par une attaque frontale, de séparer les armées alliées du nord de celles de l'est, en tournant d'une part Verdun par Sainte-Menehould et la vallée de l'Aisne supérieure, d'autre part, Reims et la Montagne de Reims par la vallée de la Marne. Le 21 juillet 1918, au cours d’une contre offensive Lucien Blin effectue une action d’éclat : il est cité à l’ordre du régiment (2/août 1918) : « Soldat très courageux, très méritant. Le 21 juillet 1918 s’est porté résolument à l’assaut des positions ennemies sous un feu extrêmement violent de mitrailleuses, donnant ainsi un bel exemple de bravoure ». 
Il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze. 
Le 23 juillet 1918 il est blessé à Venteuil (commotion par éclat d’obus). Évacué blessé, il rejoint son unité le 24 septembre 1918 et « passe » à la 10ème compagnie le 31 octobre. Il est affecté au dépôt de Chartres le 3 mai 1919. Il « passe » au 117ème Régiment d’infanterie le 21 janvier 1920. Il est nommé soldat de 1ère classe le 11 mai 1920 (à l’ordre du régiment). Il est « renvoyé dans ses foyers » le 19 mai 1920, « certificat de bonne conduite accordé » Il est affecté dans la réserve au 63ème RI.
Il épouse Marie Cécile Lemonnier le 29 octobre 1920 au Mans. En février 1921, il habite au Mans, 11 rue de la Mariette, d’où il déménage en avril pour le 44 rue Barry. En juin 1922, il a comme adresse la colonie pénitentiaire des Douaires à Gaillon (sans doute chez son père qui y est surveillant).
Devenu veuf, il se remarie avec Marguerite Raymondaud, domestique, le 20 octobre 1923 à Gaillon.
Il est père d’un garçon, Claude et de deux filles.
« Lucien Blin obtint son Certificat d'études primaires puis devint apprenti mécanicien en 1911. Après la Première Guerre mondiale, il exerça la profession de tourneur, d'abord à Aubevoye, dans une entreprise de matériel ferroviaire. Hostile à la Révolution russe et au Parti communiste, Lucien Blin était anti-belliciste et internationaliste. En 1926, il entra au chemin de fer, dépôt de Mantes (Seine-et-Oise)» Le Maîtron.
En 1926, comme il est embauché à la Compagnie des chemins de fer de l’Etat comme manœuvre au dépôt de Mantes, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement, pour l’armée, dans la réserve de l’armée active, à la 2ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
En janvier 1927, il habite Mantes au 3 rue des Arigots.
Lucien Blin adhère au Parti communiste en 1927, à Mantes. Nommé au dépôt des chemins de fer d’Argentan en 1931, il s'établit dans cette ville. Il devient trésorier du syndicat C.G.T. des cheminots après la réunification de 1935.
En juillet  1931, le couple a déménagé à Argentan, où il est domicilié au 7 rue de l’orme.
En 1937, il se présente aux élections cantonales. Il est secrétaire de la section communiste d'Argentan et membre du Bureau fédéral en 1939 (il en est secrétaire adjoint). Il est à nouveau candidat du Parti communiste aux cantonales de 1939.
Lucien Blin participe activement aux activités du Secours rouge international, à celles des  « Amis de l'Union soviétique » et milite au mouvement « Amsterdam-Pleyel ».
Lors de la déclaration de guerre, Lucien Blin est maintenu dans ses fonctions à la SNCF en tant qu'affecté spécial.
Il est rayé de l’Affectation spéciale « par mesure disciplinaire » le 3  juin 1940, comme l’ont été avant lui la quasi-totalité des « affectés spéciaux » connus comme syndicalistes ou communistes ou soupçonnés d’appartenance au Parti communiste. Il redevient alors mobilisable, « inscrit en domicile». Il est affecté au dépôt d’infanterie n° 42 au Mans le 8 juin 1940.
Il est démobilisé le 17 juillet 1940 par le centre de démobilisation de Mézin (Lot et Garonne).
«D'accord avec le P.C., il n'en récusait pas moins la thèse de la «guerre impérialiste», selon son fils, il reprit contact avec le parti clandestin à l'automne 1940 et participa au Front national à partir de l'été 1941». Le Maîtron.
A la suite de surveillances et de filatures, « la gendarmerie acquiert la conviction que des réunions ont lieu au domicile de Lucien Blin, et déduit que la cellule communiste locale est en train de se reconstituer clandestinement, très certainement en liaison avec Paris. En réaction, le préfet fait radier l'affectation spéciale de Lucien Blin le 23 mai 1940. Durant l'occupation allemande, à partir d'avril-mai 1941, Lucien Blin participe, aux côtés d’Eugène Garnier, de Faustin Merle et de Clément Richard, à la reconstitution clandestine du Parti communiste dans l'Orne. A deux reprises, en août et septembre, des tracts communistes sont retrouvés à Argentan, près de la gare et route de Putanges » (1).
Selon son fils, Lucien Blin est en contact avec Eugène Garnier qui a rencontré « Fabien » début octobre 1941, et il récupère alors des explosifs en vue de sabotages.
Lucien Blin est arrêté le 18 octobre 1941 par quatre Feldgendarmen qu'accompagne un gendarme français. Cette arrestation a lieu le même jour que celles Maurice Denis, Justin Daguts, Louis Ferneix, Léon Leriche, Eugène Garnier, Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz. « Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (1). Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Blin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Imatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45257". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lucien Blin meurt à Auschwitz le 27 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 100).

L’état civil fictif établi le 20 juin 1946 (dates de décès fictives, le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés) porte la mention «décédé le 1er janvier 1943 à Auschwitz (Pologne).» Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les travaux des historiens du Musée d'Auschwitz à partir des archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995.
Lucien Blin a été déclaré «Mort pour la France ». Son nom figure sur la plaque aux victimes SNCF d'Argentan. 
Plaque de rue Argentan
Après la guerre, la la fédération du PCF d'Argentan donne son nom à son siège, 43 bis rue Aristide Briand, et par délibération du conseil municipal d'Argentan en date du 22 juin 1978, la rue de Normandie est rebaptisée rue Lucien Blin.

Sources
  • (1) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative - CRHQ - Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
  • Témoignages d’Eugène Garnier.
  • Lettre et photos (envoi de son fils Claude Blin, 3 juillet 1997).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 19, P. 265.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registre matricule militaire.
Biographie rédigée en 2001 pour l’exposition de Caen et modifiée en 2011 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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