L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VINSOUS Georges, Valère



Matricule "46199" à Auschwitz

Georges Vinsous est né le 13 octobre 1897 à Rumigny (Ardennes). Employé à la SNCF, il habite à Gouaix (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Alice Robinet et de Constant Vinsous, domiciliés à Charleville-Mézières.
Georges Vinsous travaille comme ajusteur à Martigné-Ferchaud (Ille-et-Vilaine) au moment de son incorporation sous les drapeaux.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 64, a les cheveux blonds et les yeux bleu, le nez rectiligne.
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est appelé sous les drapeaux le 3 janvier 1916 et incorporé au 31ème régiment d’Infanterie le 8 janvier 1916. Il est nommé soldat de 1ère classe le 20 décembre 1917. Il passe au 112ème RI le 17 février 1917. Le 15 décembre 1917, il est cité à l’ordre du Régiment : « soldat courageux et dévoué, faisant partie d’une reconnaissance de nuit le 10 décembre 1917 poussée à 3 kilomètres au-delà de nos lignes, s’est détaché volontairement de son groupe pour rechercher dans un moment critique la liaison avec le chef de détachement ». Il est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze pour ce fait d’armes.
Il passe au 55ème RI le 29 mai 1918. Le 11 juin 1918, Georges Vinsous est blessé par balle (plaie pénétrante au genou droit) pendant la retraite allemande à Lassigny.
Il est mis en congé de démobilisation le 1er septembre 1919.
Georges Vinsous revient habiter Mézières après sa libération.
Il est embauché aux Chemins de fer de L’Est, et se trouve « Affecté spécial » dans cet emploi au titre de la Réserve militaire.
En 1920, il habite rue Jacquemart à Mézières.
Le 1er juillet 1927 il est à la gare de Lumes Ardennes) sur la ligne Mohon-Thionville.

En 1933, il habite à Brou-sur-Chantereine en Seine-et- Marne.
Il a épousé Francine Côte, à Izieux (Loire) commune où est née son épouse en 1896 et où elle est domiciliée. 
Le couple aura quatre filles (les trois premières dans les Ardennes, et la dernière Huguette, en Seine et Marne). 
Cheminot, il est membre du Parti communiste à son arrivée en région parisienne (dans les années 1930). La famille habite rue de Claye à Brou-sur-Chantereine (Seine-et-Marne), où Georges Vinsous est conseiller municipal. 
Il est délégué syndical à la SNCF, réseau Est. 
Il est chef de train à la gare de Vaires-sur-Marne. Selon sa fille Huguette, il est secrétaire de la cellule de Vaires-sur-Marne, jusqu’à sa mutation à Flamboin-Gouaix en février 1941.
Après la mobilisation générale du 2 septembre 1939, Georges Vinsous est « rayé de l’Affectation spéciale » le 15 décembre 1939, comme la plupart des « Affectés spéciaux »  connus comme syndicalistes ou communistes, et « réintégré à Mézières » pour la réserve militaire.

Il est « rappelé à l’activité » le 24 février 1940. Il arrive au 21ème Dépôt d’infanterie le même jour et est affecté au 21ème Régiment d’artillerie le 13 mars 1940. Père de quatre enfants, il est rayé des contrôles ce même 13 mars 1940 (article 58 loi du 31 03 1923) et « renvoyé dans ses foyers » sans affectation. Il « se retire à Brou-sur-Chantereine ».
Il est révoqué de ses fonctions le 2 septembre 1941 (confirmation par courrier du 19 septembre 1941) en application de la Loi du 23 octobre 1940.
Il cesse son travail à la SNCF le 4 septembre 1941. Il trouve alors du travail dans une sucrerie de la région (traitement de la betterave à sucre).
Georges Vinsous est arrêté le 17 octobre 1941 par des policiers allemands et français, le même jour que Camille Moinet, cheminot de Vaires-sur-Marne. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941. Le motif porté sur sa fiche au BAVCC est "communiste, incendie de récoltes"
Deux de ses filles présentes à Gouaix (Odette, âgée alors de 14 ans et Huguette âgée de 8 ans) ont fait un récit très précis et similaire de cette arrestation.
« L'arrestation de mon Père est restée fixée dans ma mémoire (j'avais à peine 8 ans : La veille de son arrestation, le 18 octobre 1941, il reçoit à son domicile une convocation lui intimant t'ordre de se rendre le lendemain matin à la Gendarmerie située à Flamboin. Arrivé à l'heure prévue, il dut attendre toute la matinée dans la cour de La Gendarmerie, sans aucune explication sur le motif de sa convocation. (Ces renseignement ont été communiqués à ma mère par des témoins). En fin de matinée, arriva un camion où s’entassaient déjà plusieurs hommes sous la garde de gendarmes allemands et de policiers français. Mon père fut contraint d'y monter à son tour et ramené par ce convoi jusqu'à notre domicile. En présence de ma mère, de mon père, de ma soeur (15 ans) et de moi-même, la Police française se livra à une perquisition dans toute la maison, perquisition qui s’avéra infructueuse.Les gendarmes allemands ne participèrent pas au désordre résultant de ces recherches : ils ont simplement demandé aux enfants que nous étions "de ne pas pleurer" précisant " que notre père allait être jugé et revenir" dans un français suffisamment correct pour être compris.
Puis, nous avons vu mon père rejoindre le camion suivi d'hommes armés de fusils baïonnette au canon, et partir avec ses camarades sans que nous sachions à ce moment là pour quelle destination.» (Huguette). « C'est par une lettre jetée du train, datée du 5 Juillet 1942, que nous avons eu connaissance du départ de mon père "pour l'Allemagne pensait-il". Cette missive fut la dernière ».
A la demande des autorités allemandes, Georges Vinsous et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par cars au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), les 19 et 20 octobre 1941. 
A Compiègne, il reçoit le matricule 1781, et se retrouve dans la baraque A3. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Vinsous est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46199".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"Georges Vinsous est dirigé à Birkenau avec ses camarades le 9 juillet 1942. 
Au moment de la séparation du convoi en deux groupes le 13 juillet, il est de ceux qui restent à Birkenau.
Il meurt à Birkenau le 5 janvier 1943, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 1277). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention "décédé le 7 juillet 1942 (sans autre renseignement)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 1 septembre 2001), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
« Le nom de mon père est inscrit sur le monument aux morts de Gouaix, dans l’église de Brou- sur-Chantereine, sur la plaque commémorative au pied du grand escalier de la gare de l’Est, et dans une allée du parc de la mairie de Brou-sur-Chantereine qui porte son nom » écrit en 2005 Odette Fondeneige, sa fille.
Les filles de Georges Vinsous découvrent en mars 2005 le lieu de déportation de leur père, grâce à un courrier que j’avais envoyé à sa mairie de naissance, il y a plus de 15 ans et qui leur a été transmis à l’occasion de l'envoi d’un extrait d’acte de naissance.
Georges Vinssous est homologué "Déporté politique" en 1954. Son épouse est décédée le 14 mai 1983 à Chelles.

Sources
  • Renseignements communiqués par ses filles, Mme Odette Fondeneige (mars 2005) et Mme Huguette Galdenas (juillet 2007).
  • Registre matricule militaire, Etat civil © Archives en ligne des Ardennes.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie complétée en septembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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