L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TOUSSAINT JEAN MAURICE FRANCOIS



Matricule "46265" à Auschwitz

Jean Toussaint est né le 10 décembre 1922 à Soissons (Aisne). 
Il habite au 11 rue Anatole France à Vouel (Aisne) au moment de son arrestation. Il est métallurgiste. 
Selon le témoignage de Roger Debarre («46231», rescapé du convoi), Jean Toussaint est célibataire, membre de la Jeunesse communiste.
Pendant l’Occupation, il est membre d’un groupe de jeunes créé par Roger Debarre, composé de jeunes communistes et de sympathisants. La nuit qui précède le 1er mai 1942, ce groupe opère différentes actions de propagande à Quessy-centre : inscriptions sur la route pour la Résistance, oriflammes accrochés dans les fils électriques, distribution de tracts.
Jean Toussaint et ses camarades Roger Debarre et Fernand Bouyssou sont arrêtés le 1er mai 1942. Transféré à Laon, Jean Toussaint est incarcéré à la prison d'Amiens le 21 mai 1942, puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), au début de 22 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Toussaint est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46265 (Liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau).
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Jean Toussaint meurt à Auschwitz le 30 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 1253). 
Roger Debarre a raconté sa mort (cassette audio 4 février 1972) : «Toussaint, au Kommando "Kanal", a la jambe cassée en plusieurs endroits par la chute d'un drain. On ne l’avait pas soigné avant le retour du Kommando au camp. A l’infirmerie, il était resté quelques jours sans soins. D’où infection et gangrène. Son état ne cesse d’empirer». Roger Debarre le voit partir «en camion, en chemin pour Birkenau. Ce départ équivalait à la mort». « Ses derniers mots que j’ai pu entendre : «Vive la France. Au revoir les copains. Courage".
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 octobre 1942 à Birkenau (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 03 janvier 2001), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Plaque de rue à Ternier
Jean Toussaint a été déclaré «Mort pour la France». Le titre de «Déporté résistant» lui a été attribué le 18 août 1953. Son nom figure sur le monument aux morts de Vouel. A la libération une rue de Vouel porte le nom de « Jean et Marceau Toussaint » (Marceau, né en 1924 est le jeune frère de Jean). Une rue « Jean et Marceau Toussaint » existe désormais à Tergnier (la commune de Vouel y a été rattachée en 1974).

Sources
  • Témoignage de Roger Debarre (cassette audio 1987). Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en octobre 1993).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Google Street-view.
Biographie rédigée en janvier 2011 (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: