L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SUE ANTOINE JEAN BAPTISTE



Antoine Sué. DR.
Matricule 46261 à Auschwitz

Antoine Sué est né le 17 février 1902 à Anor (Nord). Il habite au 125 boulevard de Metz à Hirson (Aisne), au moment de son arrestation. 
Antoine Sué est marié, père de deux enfants (âgés de 15 et 20 ans). 
Cheminot, il est ajusteur à la Compagnie des chemins de fer du Nord.
En 1924 il adhère au Parti communiste : il est le secrétaire de la cellule de son quartier.
Manifestation de 1936 à Hirson
En 1927-1928, il devient secrétaire de l'Union locale CGTU d'Hirson (il prend la succession de Pierre Avon, un des animateurs du Parti communiste en 1930) .
Depuis le décret du 26 septembre 1939 (interdiction du Parti communiste), il continue de militer au sein du Parti communiste clandestin : «il s'est déclaré communiste jusqu’à son arrestation et être délégué pour la fédération» indique sa fiche d'otage. Plusieurs distributions de tracts et de papillons alertent les autorités.
Antoine Sué est arrêté, le 5 septembre 1941 à midi, à Hirson par la felgendarmerie « conformément à l’interdiction de l’ordre du tribunal de la Feldkommandantur 602 concernant la distribution de tracts communistes ». Celle-ci le remet à un tribunal français. Il est interné au camp d'Ecrouves, près de Toul (Meurthe-et-Moselle), sur décision du Préfet de l'Aisne, avant son transfert à Compiègne.
Fiche d'otage d'Antoine Sué © CDJC

Traduction de sa fiche d'otage (in CDJC XLIV - 2 -) «a été remis du tribunal de la Feldkommandantur 602 à un tribunal français pour condamnation. Le procès est encore en cours. Par une disposition du préfet du département de l’Aisne, Sué a été transféré de la prison française de Laon au camp d’internement d’Ecrouves, près de Toul ». Tous les renseignements concernant ses activités politiques depuis son adhésion au PCF en 1924 ont été scrupuleusement recopiés à partir de la fiche des Renseignements généraux français.
Son nom figure sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages, avec la mention « ancien communiste ». Cette liste qui émane de la préfecture de l’Aisne est transmise aux autorités allemandes (KF 602) le 19 mars 1942 (In document XLIV- 2).
Antoine Sué est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Antoine Sué est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46261". selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Antoine Sué meurt à Auschwitz le 8 novembre 1942 (selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne». A la Libération l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Son nom a été donné à une rue d’Hirson. Il est inscrit sur le monument aux morts dans le cimetière communal d’Hirson, avec la mention «résistant Déporté».

Sources
  • Fiche d'otage (N° 2 de la liste), photocopie communiquée par le CDJC en 1990 (XLIV-2).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site http://www.mortsdanslescamps.com/
  • Papillon V de "vive la France" in © Archives départementales de l’Aisne - Expo virtuelle «Seconde guerre mondiale, Résistance, Déportation».
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 41, page 440.
  • © Photo d’Antoine Sué, in « Mémoire Vive » n° 55 de mai 2014 page 15, lettre de l’association des 45000 et des 31000d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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