L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


STOLTZ Albert, Charles




Albert Stoltz est né le 11 novembre 1905 à Mulhouse-Dornach (Haut-Rhin). Il habite au 15 rue de la Poissonnerie, à Belfort (Territoire de Belfort) au moment de son arrestation. 
Il est marié à Marcelle. Le couple a un garçon, Michel. 
Il fait son service militaire au 152ème de Colmar comme armurier.
Albert Stoltz est ouvrier perceur chez Alsthom. Il est syndicaliste, trésorier du syndicat des métaux CGT chez Alsthom à Belfort. Il est membre du Parti communiste.
Il est arrêté le 1er mai 1941 par la police française des renseignements généraux à Pérouse dans le territoire de Belfort, à la suite d’inscriptions sur le pont de la rue de l’Est et de distribution de tracts. 
Il est détenu à la maison d’arrêt de Belfort pendant 5 mois.
Assignation 24 juillet 1941
Le 24 juillet 1941 il comparaît devant le tribunal correctionnel de Belfort. « Prévenu d’avoir à Belfort en 1941 et notamment en avril en tout cas dans le Territoire de Belfort et depuis temps non prescrit. A/ Ensemble et de concert comme auteurs, coauteurs ou complices, manifesté une activité ayant directement pour objet de propagande des mots d’ordre émanant ou relevant de la Troisième internationale communiste ou d’organismes contrôles en fait par cette Troisième internationale. B/ chacun, publié, mis en circulation, distribué ou offert au public des écrits tendant à propager les mots d’ordre de la Troisième internationale ou des organismes s’y rattachant ». 
Il est condamné à un an de prison. Il est incarcéré pendant 6 mois à la prison d’Epinal et devait être libéré le premier mai 1942.
Mais il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage. 
A Compiègne il porte le numéro matricule 5306.
Lettre lancée du wagon le 6 juillet 1942
6 juillet 1942
Le 6 juillet, il jette deux pages de carnet entre les planches du wagon. Elles sont ramassées sur la voie et postées par des inconnus (la plupart du temps des cheminots) au domicile indiqué (chez Mme Grime, sa belle-sœur).
Lettre du Frontstalag 122

«Et après çà plus jamais rien» écrit son fils, hormis la lettre-carte verte de l’administration du camp de Compiègne postée le 16 juillet 1942 : « Par décision de nos services, le détenu susnommé a été transféré dans un camp pour y travailler. Sa destination étant inconnue, il vous faudra attendre pour avoir de ses nouvelles ». De nombreuses demandes faites par Mme Stoltz auprès des allemands resteront sans réponse, quant à celle des services du maréchal Pétain (21 avril 1943) elle renvoie sur les services de Brinon délégation générale du gouvernement dans les territoires occupés)... Qui répondent qu’ils transmettent aux autorités allemandes (5 mai 1943). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog « une déportation d’otages ».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Stoltz est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 46123? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date exacte du décès d’Albert Stoltz à Auschwitz. 
Toutefois, une lettre de Giobbé Pasini (« 45949 », de Jarny) à sa veuve (le 26 janvier 1947) témoigne de sa présence à Birkenau : «J’ai bien connu votre mari (…). Le 12 juillet 1942, c'est-à-dire 4 jours après notre arrivée au camp, nous fumes séparés : il est resté au camp de Birkenau. Je l’ai revu au mois de septembre, déjà bien affaibli : c’était la dernière fois que je l’ai vu. Au mois de février 1943, je fus envoyé en commando à Brirkenau. Sur les 600 camarades qui étaient restés là, il en restait 20 dans un état pitoyable. Votre mari ne se trouvait déjà plus parmi eux. A ma demande auprès de ces camarades fut répondu : hélas ils sont tous morts suite de mauvais traitements ».
Lettre d'Albert Morel
Un autre rescapé, Albert Morel de Lure (Jura), a répondu aux sollicitations des familles de ses camarades déportés décédés à Auschwitz dès son retour des camps. Dans la lettre ci-contre, il répond à Mme Mathiez, belle-sœur d'Albert Stoltz que celui-ci est resté à Birkenau le 13 juillet 1942, alors que lui était ramené à Auschwitz 1. 
Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé sa date de décès au 31 juillet 1942 à Auschwitz (jugement déclaratif daté du 12 février 1947). Malgré le jugement de 1947 et le témoignage de Giobbé Pasini, son état civil porte désormais la mention décédé le 6 juillet juillet 1942, en déportation» (rectification à l'occasion de l'apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès : arrêté ministériel du 29 septembre 2003 paru au Journal Officiel du 29 novembre 2003.
Albert Stoltz a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de «Déporté Résistant» lui a été attribué en 1954. Son nom est inscrit sur le monument aux morts, square du souvenir.

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils, Michel Stoltz (3 février 2000).
  • « Des communistes dans la Résistance » brochure éditée par la fédération du Parti communiste du Territoire de Belfort en 1996. Les informations de cette brochure concernant Albert Stoltz ont été recueillis auprès de son frère, Eugène Stoltz.
  • Mairie de Belfort, M. Y. Pagnot, archiviste municipal (11 mai 1990 - 24 mars 1992).
  • Musée de la Résistance, Besançon, Mme E. Pastwa, conservateur (27 déc.1990).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1991).
  • Lettre d'Albert Morel à Mme Mathiez, belle-sœur d'Albert Stoltz.
Biographie rédigée en janvier 2011, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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