L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROGUET EDOUARD, ANDRE, LOUIS



André Roguet identification FNDIRP 41
Matricule "46065" à Auschwitz

Edouard, André, Louis Roguet est né le 2 août 1891 à Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher). Il habite Romorantin au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie-Louise Feuillet, 25 ans, confectionneuse et d'Eugène Edouard Roguet, 25 ans, tisseur en drap.
André Roguet est cardeur sur laine et habite dans le 18ème arrondissement de Paris au moment de son Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 62, a les cheveux châtain moyen et les yeux bleus, le nez moyen et le visage plein. Il a un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Conscrit de la classe 1911, Edouard Roguet est classé soutien de famille indispensable le 29 août 1912. Il est appelé sous les drapeaux le 10 octobre 1912 et est incorporé au 113ème Régiment d’Infanterie le même jour. Il est nommé soldat de 1ère classe le 9 novembre 1913.
Il part en campagne le 5 août 1914. Il est évacué le 13 septembre 1914. Il repart au Front le 22 janvier 1915.
Camp de Giessen (KG)
André Roguet est fait prisonnier le 23 février 1915 en forêt d’Argonne. Il est en captivité au camp de Giessen jusqu’au 29 décembre 1918, date de son rapatriement.
Du 10 décembre 1918 au 13 août 1919, il est au Dépôt. Il épouse Marie-Rose, Geneviève Lioret (illisible) le 26 avril 1919.
André Roguet est démobilisé le 16 août 1919 par le 5ème Section de Commis Ouvriers d’Administration. 
Pour tout ce qui concerne sa vie militante, voici des extraits de l’excellente biographie publiée par le Maîtron (notice Thérèse Burel) établie à partir de l’ouvrage de L. Jardel et R. Casas, « La Résistance en Loir-et-Cher » et des renseignements fournis par Robert Roguet, K. Loustau et G. Larcade.
« Fils d'Édouard Roguet, ouvrier aux tissages Normant et libre penseur, André Roguet fut élève du collège de Romorantin puis travailla comme rattacheur à la même usine que son père après avoir obtenu son certificat d'études. Parti travailler à Paris à dix-huit ans, il devint ouvrier paveur et adhéra au Parti socialiste ainsi qu'à la CGT. Il fit son service militaire au 113e régiment d'infanterie, fut mobilisé en 1914 et grièvement blessé en 1916. Reparti au front, il fut fait prisonnier en 1917. A son retour de captivité, il fut démobilisé en août 1919 puis se maria. Il travailla comme gardien au camp de Pruniers puis retourna aux Établissements Normant où il devait rester jusqu'en 1938.
Membre de la section socialiste locale, il se prononça en faveur de l'adhésion à la IIIe Internationale. Sa section rallia la SFIC à l'unanimité (…) En 1923, André Roguet prit la tête de la section communiste. En 1926, il faisait partie du comité fédéral du Loir-et-Cher ainsi que du comité régional du PC. En 1930, la cellule de Romorantin, dont il était alors secrétaire, aurait compté 35 à 40 cotisants et 100 sympathisants environ. Il était alors signalé comme destinataire de journaux antimilitaristes tels que « le Conscrit » ou « le Libéré ». Responsable, à la même époque, du syndicat de son entreprise, André Roguet assurait les secrétariats du syndicat CGTU du Textile de Romorantin et de l'Union locale CGTU.
En 1932, secrétaire du rayon de Romorantin qui regroupait sept cellules et 150 adhérents et secrétaire trésorier de la cellule des adultes de Romorantin groupant trente adhérents, André Roguet se présenta aux élections législatives dans la circonscription de Romorantin (…). Candidat aux élections municipales partielles d'avril 1933, il recueillit 257 voix sur 1524 suffrages exprimés. 
Ets Normant (aujourd'hui Matra)
Organisateur en 1934 des manifestations antifascistes du 12 février, il fut l'animateur en 1935 de la grève des établissements Normant, où il avait su maintenir un noyau syndical CGTU important, et un des signataires des accords avec la direction. Cette même année, il brigua encore en vain un siège de conseiller municipal.
Délégué en mars 1936 au congrès de réunification syndicale de Toulouse, André Roguet fut élu, à son retour, secrétaire du syndicat CGT de l'usine Normant et trésorier de l'Union locale, assurant cette dernière fonction jusqu'en 1940. En juin 1936, il organisa la lutte revendicative dans son établissement puis signa en octobre un contrat collectif avec la direction. En avril 1937, il devint secrétaire du syndicat CGT des ouvriers et ouvrières en drap de Romorantin et le demeura jusqu'en avril 1938. Il fut délégué en juin au congrès de la Fédération du Textile à Paris. Candidat au conseil général en octobre 1937 pour le canton de Romorantin, il obtint 254 voix au 1er tour sur 3 789 suffrages exprimés puis se désista pour le socialiste Beaugrand. Entré le 20 avril 1938 à l'entrepôt de matériel de l'armée de l'Air de Pruniers, il devint secrétaire CGT des ouvriers de l'entrepôt de l'Air, membre du bureau et trésorier de l'Union locale de Romorantin. Le 23 mai 1940, ne voulant pas se désolidariser de l'action du Parti communiste, André Roguet fut licencié du camp de Pruniers. Il fut également radié du conseil des prud'hommes.
En juin 1940, il y eut perquisition à son domicile, puis il fut arrêté comme communiste, emprisonné à Chaon (Loir-et-Cher) puis à Nantua. Il s'évada, revint à Romorantin en septembre 1940 et travailla quelque temps aux services municipaux de la ville, comme manoeuvre, puis dans deux entreprises romorantinaises. Il s'efforça de reconstituer clandestinement le PC avec Bernard Paumier. En décembre 1940, il appartenait à la nouvelle direction régionale clandestine du parti et contribua plus tard à jeter les bases à Romorantin des premiers groupes armés des FTP. »
Edouard Roguet est arrêté une seconde fois, comme otage, le 1er mai 1942, à son domicile, par des gendarmes allemands accompagnés de gendarmes français. Cette arrestation s’inscrit dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés comme lui en 1941). 5 Romorantinais sont arrêtés en même temps que lui (Moïse Bodin, Victor Budin, Robert Hervaux, Isidore Petat, Gustave Crochet, Daniel Pesson). La rafle qui concerne tout le département, est opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé.
Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942. Quatorze d’entre eux seront déportés comme Daniel Pesson à Auschwitz : Victor Budin, Gustave Crochet, Robert Hervaux, Camille Impérial, Edouard Roguet, Jean Mastrichiano, André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Géré, Albert Robert, Isidore Petat, Céleste Serreau.

André Roguet est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), probablement le 9 mai, en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Roguet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
André Roguet, le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le matricule "46065".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz identifiée par la FNDIRP (ADIRP du Loir-et-Cher) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Edouard Roguet meurt à Auschwitz le 24 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 1011). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 19 mai 1998), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Edouard Roguet a été décoré, à titre posthume, de la Médaille de la Résistance, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Romorantin, dans le vieux cimetière.
Ses deux fils ont été des militants communistes connus : l'un deux, Robert, fut secrétaire de la Fédération communiste du Loir-et-Cher de 1950 à 1957.
  • Note (1) Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, deux jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin. Surpris par deux feldgendarme, ils n’eurent que la ressource d’ouvrir le feu. Un Feldgendarme aurait été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Des dizaines furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie, avec d’autres Loir et Chériens déjà à Compiègne depuis plusieurs mois, du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz ». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher » Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement « le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen » et cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire).
Sources
  • Archives en ligne de Romorantin-Lanthenay.
  • Registres matricules militaires en ligne du Loir-et-Cher.
    Photo en civil @ Musée de la Résistance et de la Déportation du Loir-et-Cher à Blois.
  • Fiches de dénombrement des déportés et internés, communiquées par Mme Valin (Mairie de Romorantin, 1989).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 40, page 253. Note de Thérèse Burel.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée à partir du Maîtron et des documents de l’ADIRP du Loir-et-Cher en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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