L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROBERT Albert, Léon


Matricule 46063 à Auschwitz

Albert-Léon, Alfred (1) Robert est né le 28 septembre 1900 à Régheat, commune de Saint-Bonnet-de-Condat (Cantal). Il habite rue du Château à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Victorine Vigouroux, 36 ans, ménagère et de Guillaume Robert, menuisier, 37 ans, son époux. Il est le cadet d’une famille nombreuse (8 enfants au recensement de 1901).
Son registre matricule militaire (sous le prénom d’Albert-Léon) indique qu’il habite à Saint-Bonnet au moment du conseil de révision et y travaille comme cultivateur.
Albert Robert mesure 1m 68, a les cheveux châtain foncé, les yeux marron, le front moyen, le nez droit, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter).
Conscrit de la classe 1920, matricule 1370, il est ajourné pour « faiblesse » (commission de réforme de Troyes novembre 1913).
Chasseurs d'Afrique à cheval
Il est incorporé le 1er octobre 1920 au 6ème Régiment de chasseurs d’Afrique (un régiment de cavalerie) et débarque à Oran (Algérie) le 14 octobre et au 6ème R.A.C. à Mascara le 18 du mois (garnison située à une centaine de kilomètres à l’est d’Oran). Il entre à l’hôpital militaire de Mascara le 16 janvier 1921 et en sort le 26 du mois. A la date normale de sa libération, le 22 juin 1922, il est maintenu 40 jours au corps en vertu de l’article 33 de la Loi du 21 mars 1905 (2). Le 4 novembre 1922, il est renvoyé dans ses foyers et « se retire » à Saint-Bonnet.
En février 1926 il habite à Valençay (Indre) rue Pinard-Pinon. En janvier 1929, il a déménagé pour le quartier du Grand Cimetière à Valençay.
Il est ferblantier, puis cheminot auxiliaire (chaudronnier) à Selles-sur-Cher.
Albert Robert épouse Marie Chaput le 13 août 1938 à la mairie de Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher). Le couple a un enfant, ce qui placera Albert Robert dans la classe de mobilisation 1918 (article 28 de la loi du 1er avril 1923) au moment de la mobilisation générale du 1er septembre 1939.

Il est affecté à l’Ecole de cavalerie de Saumur le 8 mai 1940.
Pendant l’Occupation, Alfred Robert est arrêté à Selles-sur-Cher par la Feldgendarmerie et la police française le 2 mai 1942, en même temps que les deux Matrisciano (père et fils) et Prosper Gillis dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés en 1941), rafle opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. Parmi les militants arrêtés, 10 seront fusillés. Treize militants seront déportés à Auschwitz comme Albert Robert  : Victor Budin, Robert Hervaux, Camille Impérial, Edouard Roguet, Jean Mastrichiano, André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Géré, Isidore Petat, Daniel Pesson, Céleste Serreau.
Alfred Robert est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage. A Compiègne il reçoit le numéro matricule 5329. Une de ses sœurs, Marie-Lucie Cloysil, née Robert, s'est rendue au camp pour lui apporter quelques affaires avant son départ (témoignage de sa petite fille, Françoise Cloysil, juillet 2012). 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alfred Robert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46063".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946     
Alfred Robert meurt à Auschwitz le 11 août 1942 (certificat de décès établi au camp d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 1008). Son acte de naissance porte la mention "décédé le 6 juillet 1942 à selles sur Cher"Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention "décédé le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne)", date erronée, qui est celle du départ du convoi. Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel d'août 2002), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Ceci est d'autant plus regrettable que la date exacte du 11 août 1942 figure sur sa fiche au BAVCC. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Albert Robert a été homologué «Déporté Politique».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Selles-sur-Cher.
  • Note 1 : Au DAVCC, son premier prénom est inscrit : Albert. C'est pourquoi, avant d'avoir eu accès à l'état civil en ligne du Cantal où celui ci est certes bien inscrit Albert, mais où l'on lit que son père a voulu lui donner les prénoms d'Albert-Léon et que l'inscription sur le registre résulte manifestement d'une erreur du secrétaire de mairie, je l'avais retenu dans mes 3 ouvrages.
  • Note 2  Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, deux jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin. Surpris par deux Feldgendarmen, ils n’eurent que la ressource d’ouvrir le feu. Un Feldgendarme aurait été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaies, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai, et cinq autres selon les documents allemands). Des dizaines de militants furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie, avec d’autres Loir et Chériens déjà à Compiègne depuis plusieurs mois, du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher » Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement « le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen » et cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire).
Sources
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLIV-67. Chartres 23-10-1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en juin 1993).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site Site Internet « Rail et mémoire ».
  • © Site www.lesmortsdanslescamps.com
  • Archives en ligne du Cantal : état civil et registres matricules militaires
Biographie rédigée en janvier 2011 (complétée en juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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