L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PREL PRUDENT CLEMENT





Matricule 46012 à Auschwitz

Prudent Prel est né le 1er mars 1894 à Cigné (ancienne commune de la Mayenne, absorbée en 1972 par Ambrières-les-Vallées). Son père Prudent, François Prel et sa mère Joséphine, Clémentine Gauthier résident dans cette commune. Il habite au 27 rue de France à Fontainebleau (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation et travaille comme plombier dans cette ville où il installe des radiateurs pour le compte de l’entreprise Leroux-Gonssard.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Champsecret (Orne) au moment du conseil de révision et travaille comme cultivateur, puis chaudronnier-tôlier. Il mesure 1m 59, a les cheveux châtains, les yeux marrons foncés, le nez et le visage longs. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1914, Prudent Prel est mobilisé le 4 septembre 1914. Il est incorporé au 119ème Régiment d’infanterie du 7 septembre 1914 au 7 février 1915 pour y suivre l’instruction militaire. Il est ensuite affecté au 28ème Régiment d’infanterie du 8 février au 24 mars 1915, date à laquelle il « passe » au 77ème RI. Il est évacué malade le 1er mai 1915 et retourne « aux armées » le 30 août. Il est affecté au 66ème RI le 23 septembre 1915. Il est blessé à la tête par un éclat d’obus le 10 mai 1916, à la cote 304 (Verdun). Après son hospitalisation, il est à nouveau changé d’unité et « passe » au 64ème RI le 22 juillet 1916.
Bouchavesnes en 1916
Lors de la bataille de la Somme, Prudent Prel est blessé au bras gauche le lundi 25 septembre 1916 à Bouchavesnes. Il est cité à l’ordre du 54ème régiment d’infanterie (o/j 313 du 16 octobre 1916) : « Belle conduite au cours des combats du 25 septembre. A été blessé en montant à l’assaut des tranchées ennemies ». Il reçoit la Croix de guerre avec étoile de bronze. 
Croix de guerre,
étoile de bronze
De ces combats à Bouchavesnes, Lucien Jeannard sergent au 89ème régiment d’infanterie écrit « Il faudrait que les guerriers à outrance viennent faire un tour vers ce charnier. Que de cadavres ! Quelle horreur ! ».
Après son hospitalisation, il est à nouveau changé d’unité combattante : le 19 mars 1917, il « passe » au 19ème bataillon de Chasseurs. Prudent Prel est « porté disparu » le 31 mars 1918, à Giverne (Somme) : il a été fait prisonnier ce même jour. Il est envoyé en captivité au camp de Dülmen en Westphalie. Un autre futur déporté à Auschwitz, Elie Delville, y est prisonnier depuis septembre 1916. Il en est rapatrié (paragraphe 10 des conditions de l’Armistice) le 25 décembre 1918. Il est démobilisé par le nouveau dépôt mobilisateur du 1er régiment de Zouaves à Saint-Denis (Seine). Le 29 janvier 1920, il habite à Saint-Denis au 19 place du square Thiers.
Prudent Prel se marie le 13 avril 1920 à Champsecret (Orne) avec Madeleine Langlois.
En janvier 1921, le couple habite au 39 rue de Paris à Villetaneuse (Seine).
Il est embauché comme employé permanent des chemins de fer comme ouvrier aux ateliers du Landy à Saint-Denis. En janvier 1922, Prudent Prel est domicilié au 16 rue du Canal à Saint-Denis. Pour l’armée, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement dans la réserve de l’armée active, à la 5ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
En novembre 1923, il a déménagé à Flers (Orne) et habite au 11 passage Bignon. Il a sans doute quitté les Chemins de fer, puisque l’armée le raye de « l’affectation spéciale ». Il habite alors au 58 rue de Domfront à Flers.
Devenu veuf, sans enfants, Prudent Prel épouse en secondes noces Germaine Bourdais le 16 juin 1928 à Aubusson (Orne). Ils auront trois enfants (Michel, Josette et Colette).
En 1931 le couple va habiter à Fontainebleau, au 27 rue de France. Prudent Prel installe des radiateurs pour le compte de l’entreprise Leroux-Gonssard. 
Militant actif du Parti communiste, il est secrétaire de la cellule locale. Le trésorier de la cellule est son ami René Domenc, ouvrier au garage Lévy, à côté du domicile de Prudent Prel.
Père de famille de 3 enfants, Prudent Prel est reclassé pour la réserve de l’armée au titre du Plan B, à la classe 1908. Il ne sera pas mobilisé le 2 septembre 1939.
Il est arrêté en même temps que René Domenc le 19 octobre 1941. Ce même jour de nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Interview de Germaine Prel
Germaine Prel a raconté cette arrestation pour les élèves du collège d’Avon (1) « son époux est arrêté en présence de sa famille le dimanche 19 octobre 1941 par un gendarme et deux soldats allemands, ainsi que deux policiers français, très désagréables ! A 7 heures du matin, ces cinq hommes débarquent chez Prudent Prel en disant : «Habillez-vous, prenez du rechange, on vous emmène». Mme Prel se souvient avoir ouvert son armoire sur l'ordre d'un soldat allemand qui voulait vérifier son contenu, voir s'il n'y avait pas de papiers ; mais il n'a rien touché ! Par contre, un agent français est arrivé et a tout fait tomber en disant : «Vous savez que les Allemands n'aiment pas les communistes !». 
Sur ce, ils ont emmené Prudent Prel dans un immeuble rue Royale, laissant son épouse seule avec ses trois enfants ! Dans la journée, Mme Prel rend plusieurs fois visite à son époux, celui-ci attend, car les Allemands continuent leurs arrestations et ne veulent partir qu'une fois le camion plein. En fin de journée, Prudent Prel et les autres otages sont emmenés pour un lieu inconnu... Mme Prel demande aux Allemands où ils vont mais n'obtient pas de réponse».
Après un ou deux mois sans nouvelles, Mme Prel reçoit une carte la prévenant que son époux est à Compiègne et qu'il est là pour travailler ! Elle reçoit par la suite une lettre disant qu'elle a le droit d'envoyer une lettre, une carte, et parfois un colis. Le problème est que lorsque l'on envoie des paquets, ce sont surtout des aliments frais qui sont vite perdus. Pendant ces longs mois passés à Compiègne, Mme Prel n'a pu rendre visite à son époux à Compiègne qu'une seule fois. La survie est difficile, elle ne trouve alors aucune aide, même la soupe populaire est refusée à ses enfants qui ne sont pas enfants de prisonnier de guerre, mais enfants de communiste.
Prudent Prel, René Domenc et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 19 octobre 1941. Depuis le train qui l’emporte à Auschwitz, Prudent Prel jette une lettre (datée du 5 juillet 1942 - 9 heures).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Prudent Prel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46012". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Prudent Prel meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 dans les jours qui ont suivi une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau (certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 964).
Plaque au 27 rue de France à Fontainebleau
Il a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de «déporté politique» lui a été attribué. Une plaque a été apposée le 1er mai 1946 par la cellule « Prudent Prel » de Fontainebleau sur la façade du premier étage au 27 rue de France à Fontainebleau, en présence du député André Gautier.
  • Note 1 : Remarquable travail des élèves de 3ème du Collège de la Vallée d’Avon (Seine-et-Marne), lauréats nationaux du concours de la Résistance et de la déportation 1999, intitulé « Fontainebleau 1940-1945 à travers ses plaques, ses stèles, ses monuments. Faits de Résistance, répression, persécutions », que m’a transmis leur professeur, Maryvonne Braunschweig, membre de la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Entretien avec Maryvonne Braunschweig, membre de la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Photos de Prudent et Germaine Prel. Germaine Prel et « Fontainebleau 1940-1945 à travers ses plaques, ses stèles, ses monuments. Faits de Résistance, répression, persécutions ». 
  • "La Résistance en Seine et Marne", Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • « Death Books from Auschwitz », Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Registre matricule militaire de Prudent Prel.
Biographie rédigée en janvier 2011 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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