L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PESSON Daniel



45972

Daniel Pesson est né le 25 février 1903 à Gièvres (Loir et Cher). Ses parents (Séraphine Chollet et Louis Pesson) sont cultivateurs). 
Il habite à La Roche à Romorantin (Loir-et-Cher). Il est marié avec Silvine Legilles. 
Le couple a trois enfants. Il est charretier et vidangeur à l'entreprise de vidanges Benoist-Bourgeois, située à La Haute Roche, à Romorantin.
Daniel Pesson est arrêté le 18 avril 1941 lorsque les Allemands arrêtent son patron et l'ensemble du personnel (dont Moïse Bodin, qui sera comme lui déporté à Auschwitz). Il est relâché.
Présumé communiste, Daniel Pesson est arrêté une seconde fois comme otage le 1er mai 1942, à son domicile, par des gendarmes allemands accompagnés de gendarmes français. Cette arrestation s’inscrit dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés comme lui en 1941). 5 Romorantinais sont arrêtés en même temps que lui (Moïse Bodin, Victor Budin, Robert Hervaux, Isidore Petat, Gustave Crochet, Edouard Roguet). La rafle qui concerne tout le département, est opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942. Quatrorze d’entre eux seront déportés comme Daniel Pesson à Auschwitz : Victor Budin, Gustave Crochet, Robert Hervaux, Camille Impérial, Edouard Roguet, Jean Mastrichiano, André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Géré, Albert Robert, Isidore Petat, Céleste Serreau.
Daniel Pesson est conduit au camp de détention de Compiègne administré par la Wehrmacht (Fronstalag 122)avec plusieurs autres communistes (ou supposés tels) du département en vue de leur déportation.

Dessin de Franz Reisz 1946
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45972. Le 13 juillet, après cinq jours passés par l'ensemble des "45000" à Birkenau, il fait partie de ceux qui restent dans ce camp dont le régime est encore plus meurtrier que celui du camp principal où fut affectée l'autre moitié des membres du convoi.

 Registre des morts d’Auschwitz, liste du 17 août 1942, Six "45000" y figurent, dont Daniel Pesson

Daniel Pesson meurt le 16 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 920). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 14 décembre 1997), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Daniel Pesson a été déclaré "Mort pour la France" (4 février 1947). Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Romorantin, dans le vieux cimetière et quai de l’île Marin.
  • Note (1) Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, deux jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin. Surpris par deux Feldgendarmen, ils n’eurent que la ressource d’ouvrir le feu. Un Feldgendarme aurait été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaies, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Des dizaines furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie, avec d’autres Loir et Chériens déjà à Compiègne depuis plusieurs mois, du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz ». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher » Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement « le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen » et cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire).
Sources
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Recherches de la Mairie de Romorantin (Mme Valin) 1989 et 1990.
  • Lettre de'Henri Peiffer à sa fille Pierrette.
  • Correspondance avec son petit fils, Raphaël Michaux (octobre 2006).
  • Photo © famille.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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