L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOINET Camille




Matricule "45882" à Auschwitz

Camille Moinet est né le 3 août 1901 à Laifour (Ardennes). Il est cheminot (matricule 40077), surveillant à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), où il habite au 67 avenue Edouard VII, au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Laloux et de Charles Moinet, son époux.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 78, a les cheveux châtain clair et les yeux marron. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921, Camille Moinet est classé dans la 5ème partie de la liste pour « faiblesse », Camille Moinet est classé dans la première partie des incorporations de 1922. Il est incorporé le 10 mai 1922 au 154ème Régiment d’infanterie. Nommé caporal le 1er novembre 1922, il passe au 18ème Régiment de tirailleurs Algériens le 30 mars 1923. Il est nommé sergent le 13 juin 1923. Il est mis en disponibilité le 10 novembre 1923 et « se retire à Vaux-aux-Marne ».
En 1925, il est « Affecté spécial » au titre de la Réserve dans les Chemins de fer de l’Est.
En 1924, il habite Saint-Maur et en 1927 Joinville-le-Pont.
En 1929, il est rayé d’office de l’affectation spéciale (décision du général commandant la 6ème Région militaire).
Il est rappelé aux armées le 30 novembre 1939 au dépôt DI 81 et affecté à la 608ème Compagnie de Pionniers le 11 janvier 1940. « non prisonnier », il est démobilisé le 14 juillet 1940 à Lavaur.
Il se retire à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) au 64 avenue Edouard VII (elle deviendra à la Libération l’avenue des Fusillés).
Il est marié, père d’une fille et d’un garçon.
Sa fille Odette pense qu’il était secrétaire de la cellule communiste de Vaires.
Camille Moinet est arrêté comme otage le 19 octobre 1941 par des policiers allemands et français, le même jour que Georges Vinsous (militant communiste, chef de train nommé à Vaires-sur-Marne en 1941), ainsi que M. Chiron de Vaires (que cite sa fille). De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Camille Moinet et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par cars au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), les 19 et 20 octobre 1941. A Compiègne, il reçoit le matricule 1781, et se retrouve dans la baraque A3.
Le 6 juillet 1942, « un petit mot nous est parvenu, ramassé par des cheminots, mon père signalait son départ en wagon, destination inconnue. Nous n’avons pas eu d’autres nouvelles ensuite ». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Camille Moinet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45882. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Camille Moinet meurt à Auschwitz le 14 janvier 1943, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz(in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 824). Cette date a été reprise à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 27-08-1996). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Il a été déclaré "Mort pour la France". Son nom figure sur une plaque commémorative de la SNCF. Une rue de Vaires-sur-Marne porte son nom.

Sources
  • Registre matricule militaire. Archives en ligne des Ardennes.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa fille Mme Odette Moinet (avril 1992).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1991 et juillet 1992).
  • Etat civil de Vaires-sur-Marne (1992).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée ).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en janvier 2011 (complétée en octobre 2015) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: