L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MAGNAT Jerôme, Désiré

Manifestation du souvenir en 1965 à Champagne sur Seine



Jérôme Magnat (il se fait appeler et signe Marcel) est né le 8 mai 1897 chez sa grand-mère (son père étant sur un chantier) au lieu-dit Montgermain, commune de Fransèches (Creuse). Il habite au 25 rue de Ségogne à Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne), aujourd’hui rue du Général de Gaulle, au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Pauline Augustin, 28 ans, cultivatrice et d’Henri Magnat, 33 ans, maçon, son époux.
Il sera successivement cultivateur, cimentier, maçon, aide-bobineur électricien, bobineur. Au moment de son arrestation il est bobineur à l’usine Schneider-Westinghouse de Champagne-sur-Seine.
Lors du conseil de révision, Marcel Magnat habite à Chambéraud (Creuse). Il y travaille comme cultivateur. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 75, a les cheveux châtain, les yeux gris, le front rond, le nez moyen et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation en mai 1916, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Mais la commission de réforme de Guéret le classe en 5ème partie de la liste pour « faiblesse ».  Il est ajourné d’un an. Cette même commission le déclare « bon pour le service armé » le 23 mai 1917. Il est incorporé au 78ème régiment d’infanterie le 3 septembre 1917. Le 24 avril 1918, la commission de réforme de Guéret le propose pour un changement d’arme (artillerie de campagne) « pour insuffisance de développement et de musculature. Indice 31 » (calcul de l’indice de masse musculaire).  Il passe au 21ème régiment d’artillerie le 6 mai 1918. Le 24 mai 1918, il est « aux armées » (il monte au front). Puis le 13 juin au 13ème régiment d’artillerie de campagne) et le 24 juillet 1919 au 40ème régiment d’artillerie de campagne.
Il est démobilisé le 26 septembre 1919 et se retire à Chambéraud.
Marcel Magnat épouse Jeanne, Andrée, Julie, Françoise Lagrange le 2 avril 1922 à Chambéraud (elle est née le 1er décembre 1891 dans cette commune et décède le 24 août 1961 à Champagne-sur-Seine).
En avril 1923, ils habitent Champagne-sur-Seine à l’hôtel Borgeas.
En octobre de la même année, il travaille comme cimentier à Chemilly (Yonne).
En juillet 1925, Marcel Magnat est ouvrier maçon à Champagne-sur-Seine.
Le couple Magnat a un garçon, René qui naît le 14 août 1925 à Champagne-sur-Seine.
Usine Schneider-Westinghouse 
En 1928, Marcel Magnat et sa famille habitent au 25 rue Ségogne à Champagne-sur-Seine. Il a été embauché comme aide-bobineur-électricien à l’usine Schneider et Cie devenue Schneider-Westinghouse en 1929.
Il est adhérent au Parti communiste, membre du bureau de la cellule de Champagne-sur-Seine. Il est adhérent à la CGT (trésorier).
Grève chez Schneider 1936
Il participe activement aux grèves de 1936.
A l’Occupation il est membre du PC clandestin et distribue des tracts anti-allemands. Il est arrêté une première fois par la police française en juin 1941 et interné à Aincourt avec plusieurs autres de ses camarades (André Ménager, François Trolet (tous deux seront comme lui déportés à Auschwitz), Lucien Guérard, Georges Rousset, René Jay. Ils sont libérés (excepté René Jay), écrit le fils de fils de Marcel Magnat, qui restant interné. Le camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, avait été ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Marcel Magnat est arrêté une deuxième fois comme otage, le 19 octobre à son domicile par des policiers allemands et français. Son fils pensait qu’il s’agissait du 10 octobre, mais c’est bien la date du 19 qui figure sur l’acte de disparition daté du 12 octobre 1946. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Carte lettre FT 122
Carte lettre FT 122
Marcel Magnat et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 19 octobre 1941. A Compiègne Marcel Magnat reçoit le numéro matricule 1704, bâtiment A3. Le 20 octobre, au lendemain de son arrivée, il écrit à sa famille (document ci-contre). La lettre est expédiée le 28 par la direction du camp (documents ci-contre).
Lettre du Train
Marcel Magnat est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce même jour, il jette un mot pour la famille Chirol avec la mention « ayez la bonté de mettre à la poste et cacheter. Merci ». Ce mot sera ramassé et posté (document ci contre).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Le numéro «45810 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Il ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Marcel Magnat meurt à Auschwitz le 13 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 759).
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé le 6 juillet 1942, sans autre renseignement». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. D’autant plus que deux rescapés, Georges Brumm et Lucien Penner, ont témoigné de sa mort à Auschwitz et que cela figure dans son dossier individuel (BAVCC Caen 1992) ! Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué à titre posthume le 13 novembre 1955 (carte délivrée à son épouse, Jeanne, Andrée).
Une plaque commémorative avec sa photo est apposée place Paul Jay (fusillé au Mont Valérien).

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils, René Magnat (29 février 1991).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1991 et 92).
  • Photo sur Site Internet mémorial « GenWeb ». Fiche Jacky Vinière.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo de manifestation en février 1965 envoyée à la FNDIRP par Raymond Montégut (45892)
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946). 
  • Photo de l’usine Schneider-Westinghouse, © Ville de Champagne-sur-Seine. 
  • © Archives en ligne : Etat civil et Registres matricules militaires de la Creuse.
Biographie rédigée en janvier 2011, complétée en décembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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