L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JUVIN François, Marie




Matricule "45700" à Auschwitz

François Juvin est né le 23 avril 1891 au Petit-Auverné (Loire-Atlantique). 
Il est le fils de Philomène Maillard, 23 ans, domestique. Il est reconnu et légitimé par le mariage de sa mère avec François Juvin le 27 juin 1895.
Il habite au Val d’Or dans le quartier de la Close, à Orvault (limitrophe de Nantes) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Boussay et qu’il est cultivateur, puis garde, au moment du conseil de révision.
Il mesure 1m 62, a les cheveux châtain et les yeux « châtains verdâtres ». Le front et le nez moyens, le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Classé soutien de famille, il est n’est incorporé que le 10 octobre 1912 au 67ème régiment d’infanterie pour un service militaire de 2 ans. En août 1913, celui-ci est prolongé à 3 ans. Lors de la déclaration de guerre, il est maintenu aux armées par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Il part aussitôt au front, le 5 août. Il est blessé à la cuisse gauche lors de la retraite de Bulson, le 1er septembre 1914, par un éclat d’obus. Il n’est pas évacué.
Il est nommé soldat de 1ère classe en février 1915.
Blessé à nouveau le 2 mars 1915 par un éclat d’obus (plaie à la figure), il est évacué. Il est nommé caporal le 26 avril 1915. Il rejoint son régiment le 20 janvier 1916.
François Juvin est grièvement blessé au visage (fracture du maxillaire) à Ostières (Belgique) le 1er juillet 1916, au début de l’offensive de la Somme. Il est cité à l’ordre du régiment (o/j 208) : « Très bon caporal mitrailleur, brave et courageux a été grièvement blessé auprès de sa pièce sur la ligne de feu ».
Croix de guerre
avec étoile d’argent
Il reçoit la Croix de guerre avec étoile d’argent.
Il est réformé temporaire et proposé n°1 avec gratification par la commission de réforme de Nantes en novembre 1917 pour « néphrite chronique, hématurie, anévrisme artéro-veineux de la fémorale gauche ».
Le 17 juin 1918, à Nantes, François Jouvin épouse Marguerite, Marie Nicolas. Le 20 juillet, ils habitent au 21 rue de la Motte Picquet à Nantes.
Il est maintenu à nouveau « réformé temporaire » par la CR de Nantes en juillet 1918, avec gratification de 234 francs. Classé « service auxiliaire » le 28 décembre 1918 par la C.R. de Nantes, il est « rappelé à l’activité » au 1er régiment d’artillerie le 1er janvier 1919. Le 20 mars 1919, il est définitivement démobilisé. Il touchera à partir de 1921 une pension de 367 Francs.
Cheminot, il travaille en février 1921 comme cantonnier à la Compagnie du Paris-Orléans (il est à ce titre « affecté spécial » au titre de la réserve de l’armée. Puis comme garde-barrière à la suite d'une blessure en 1927.
Le couple Juvin habite toujours au 21 rue de la Motte Picquet à Nantes en août 1927.
Il est retraité des Chemins de fer.
En 1921 il est membre du Comité syndicaliste révolutionnaire. Il adhère très tôt à la section nantaise du Parti communiste. 
Il est candidat du Parti communiste aux élections municipales du 3 mai 1925 sur la liste "Bloc ouvrier et paysan". En 1930, il est trésorier de "l'Etoile prolétarienne" (une association qui organise fêtes, concerts et réunions de propagande). En octobre 1934, il est candidat du Parti communiste au Conseil d'arrondissement (2ème canton de Nantes). Cette même année, il est trésorier régional du Parti communiste et responsable pour les cheminots communistes de la région.
En 1936 il reçoit la médaille militaire (décret du 2 février).
En 1937, il est membre de la commission de contrôle financier de la fédération et responsable à la propagande.
« Après la dissolution du PC et de la CGT, François Juvin fit partie des principaux militants répertoriés comme révolutionnaires et communistes surveillés par le commissariat central. Ce fut chez lui que se tinrent les premières réunions de la direction du PC clandestin de Loire-Inférieure en 1940. Il hébergea Charles Tillon puis Marcel Paul ». (Le Maîtron). 
Marcel Paul
Charles Tillon, ministre de l'Air en 1944
Fin 1940, il héberge Marcel Paul : «Conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine, Marcel Paul, démobilisé cherche à prendre contact avec ses amis communistes, mais ces derniers sont dispersés et le voilà parti au Mans. De là, la femme d'un cheminot contacte le responsable interrégional à Rennes. Ce dernier lui donne l'adresse, à Nantes, d'une militante sûre : Many Ballanger, la secrétaire des Jeunes filles de France et l'épouse du secrétaire régional adjoint dont elle est sans nouvelle depuis l'en­cerclement de son unité à Dunkerque. Marcel Paul rejoint la cité des ducs de Bretagne, à vélo, en juillet 1940, et frappe à la porte des Ballanger ; Many Ballanger a déjà rassemblé les militants encore présents. Parmi eux, François Juvin, un cheminot auquel elle demande d’héberger Marcel Paul dans sa maison du Val d’Or dans le quartier de la Close » (in « La répression anticommuniste en Loire Inférieure» Op cité).
Comme ses camarades communistes, il est arrêté le 23 juin 1941, par la Geheime Polizei, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, (François Juvin est incarcéré à la prison du Champ de Mars de Nantes), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. François Juvin est transféré à Compiègne, le 13 juillet 1941. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
François Juvin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est photographié (1) et enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45700".
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
François Juvin meurt à Auschwitz le 8 août 1942, un mois jour pour jour après son arrivée dans ce camp d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 525).

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignages de Gustave Raballand et d'Eugène Charles.
  • «La répression anticommuniste en Loire Inférieure» Dominique Bloyet et Jean Pierre Sauvage, Geste éditions. P 35.
  • "Death Books from Auschwitz", Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • "Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français" Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 31, page 338, CD-Rom 1997 et version 2011, note de Claude Geslin
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Registres matricules militaires de Loire Atlantique.
Biographie rédigée en janvier-février 2011, modifiée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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