L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUILBERT Jean



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Rescapé

Jean Guilbert est né le 10 septembre 1908 à Avesnes les Auberts (Nord). Son père est Jean Baptiste Guilbert, sa mère Marie née Monier. Il habite 19 rue de Villeparisis à Mitry-Mory (Seine et Marne) au moment de son arrestation.
Il s’est marié le 4 avril 1931, à Mitry-Mory, avec Marcelle Dubois, née en 1908 à Mitry. Le couple aura 5 enfants : Gaston (né en 1931), Jeannine (née en 1932), Colette (née en 1933), Jean Claude (né en1941, décédé le 31 janvier 1942), Danièle (née en 1948).
Jean Guilbert est mineur de métro (terrassier) de profession. Il travaille à la sucrerie Piot de Mitry au moment de son arrestation.
Syndiqué à la CGT, militant communiste, il est adjoint au maire à Mitry-Mory sur la liste du Parti communiste, selon sa fille Colette.
A l’Occupation, Jean Guilbert est arrêté comme otage le 20 octobre 1941 par des policiers allemands et français. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941. Jean Guilbert et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par cars au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 20 octobre 1941. A Compiègne, il reçoit le matricule 1824.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

A Auschwitz, il est affecté au Kommando Terrasse (« couper du bois, à faire de la culture et du terrassement »). Atteint du typhus, il est « sélectionné » à plusieurs reprises pour la chambre à gaz, « mais au dernier moment, ils le mettaient sur le côté car ils le considéraient comme bon travailleur ». Jean Guilbert a raconté à sa famille quelques uns des sévices qu’il a eu a subir : « il a été pris aussi en train de fumer un mégot qu'il avait trouvé. Il a été roué de vingt coups de bâton sur les reins par un jeune S.S. Notre père nous disait toujours qu'il ne pouvait pas nous raconter tout ce qu'il avait vécu, que pour nous c'était impossible à croire ».

Buchenwald, le monument @ Pierre Cardon
Le 22 janvier 1945, Jean Guilbert est transféré à Buchenwald avec Frédéric Ginollin. Il reçoit le numéro matricule 118 532 (ou 118 535. Ils sont tous deux ensuite transférés à Dachau en avril 1945, où ils sont libérés le 29 avril par les troupes américaines.
Jean Guilbert est rapatrié en France le 25 mai 1945. Le 28 mai il subit des examens médicaux. « Mais il est rentré bien plus tard parmi nous, car il était tellement faible qu'il fallait le remettre sur pied, il nous téléphoné vers le 8 ou le 9 octobre 1945 et le lendemain il était parmi nous,. Quelle joie de le revoir après ces années éprouvantes aussi bien pour lui que pour nous (…) car rester sans son père pendant quatre années c'est très dur » (Colette n’avait pas encore 8 ans au moment de l’arrestation de son père).
A son retour écrit Colette «Il a eu du mal à reprendre le dessus, il faisait beaucoup de cauchemars avec tout ce qu'il avait vu. Il disait toujours qu'il ne passerait pas la quarantaine, mais sa volonté à pris le dessus. Malgré le fait qu'il était souvent hospitalisé il est resté parmi nous jusqu'au 12 mai 1982 ».
Jean Guilbert témoigne de la mort de Jules Dubrule à Birkenau pour la fille de celui-ci : « un violent coup de pelle lui décolle l'épaule. Sans soins pendant 3 jours ». Jules Dubrule est mort selon lui à la suite de ces sévices, le 4 septembre 1942.
Le 13 février 1979, Jean Guilbert est pensionné à « 100 % + 29 », selon les critères d’inscription au « Grand livre de la Dette publique » à partir des « maladies contractées en déportation et constatées le 28 mai 1945 » et celles « d’origine par présomption en 1963 et 1975 ».
Jean Guilbert est mort le 12 mai 1982.


Sources

  • Lettre-témoignage de Colette Corralès, fille de Jean Guilbert (septembre 1989).
  • Lettre de la fille de Jules Dubrule Mme Marcelle Piazza (1991)
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1994).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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