L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GENDRON MICHEL, PIERRE, MARIE


Michel Gendron le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule "45585" à Auschwitz


Michel Gendron est né le 18 juin 1890 à Fay de Bretagne (Loire Inférieure, aujourd'hui Loire Atlantique). 
Il est le fils de Jeanne-Marie Marpeau, 27 ans, et de Pierre Gendron, 27 ans, garde, son époux, domiciliés chemin de La Hériais. Il a 4 frères et 2 sœurs.
Une rue honore sa mémoire à Longueville
Il habite Grande rue de la Cité à Longueville (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation.
Michel Gendron serait maître d’hôtel au moment de son arrestation (fiche du DAVCC), mais il a travaillé comme couvreur, puis fondeur en 1911 au moment de son service militaire, puis cheminot en 1920 et métallurgiste à Longueville (Seine-et-Marne) par la suite.
Il est incorporé le 1er octobre 1911 au 77ème Régiment d’infanterie à Cholet pour y effectuer ses deux ans de service militaire (celui-ci passe  à 3 ans en août 1913). Après une condamnation de quatre mois de prison militaire le 2 février 1914 (amnistiée, loi d’amnistie de 1919) pour « abandon de poste étant de garde », il passe à la compagnie H.R. (Hors Rang) le 2 février 1914. Il est renvoyé à la vie civile le 6 mai 1914, certificat de bonne conduite refusé. Il est condamné par défaut à 15 jours de prison pour « coups et blessures » par le tribunal de Saint Nazaire le 14 juillet 1914 (amnistié en 1919).
A la déclaration de guerre il est « rappelé à l’activité » le 3 août (décret de mobilisation du 1er août 1914). Il part « aux armées » le 6 août 1914 avec le 77ème RI. Lors de l’offensive de l’Artois, pour la reconquête de la crête de Vimy, il est blessé le 16 juin 1915 au Bois de la Folie (plaie à la main droite par éclat d’obus).
Il passe au 4ème régiment de Zouaves le 15 août 1915. Son régiment est engagé pour la campagne de Verdun (combats de Douaumont).
Pendant une permission, Michel Gendron épouse Rose Anne, cuisinière, le 25 juillet 1916 à Paris 16ème. Le couple aura un enfant, Michel. En 1917, c’est la campagne de l’Aisne (la Malmaison) avec le 4ème Zouave.
« parti aux armées le 26 janvier 1918 », Michel Gendron est transféré au 3ème bis régiment de Zouaves le 28 février 1918 engagé dans la campagne de Picardie. Il est cité à deux reprises à l’ordre jour du régiment.
En campagne à l’ouest de Reims (Trigny, crête d’Ormes) : « Agent de liaison d’un courage et d’un sang-froid remarquable. Le 31 mai 1918 a aidé en plein jour à ravitailler sa compagnie en première ligne malgré les feux les plus violents d’artillerie et de mousqueterie ». Lors des combats de Romain, Rancy, Pontavert en septembre 1918 : « Zouave courageux et dévoué, observateur consciencieux. Au cours des attaques des 24 et 30 septembre1918 s’est fait remarquer particulièrement, assurant son service d’une façon parfaite malgré de violents bombardements. Le 3 octobre, a assuré le ravitaillement en munitions de sections en première ligne sous de violents feux d’artillerie et de mitrailleuses ». Pour ces faits d’armes, il reçoit la Croix de guerre, médaille coloniale, agrafe Tunisie.
Le 10 novembre 1918 il est nommé caporal. Huit jours plus tard, il est cassé de son grade « pour absence illégale » (sanction amnistiée par la loi d’amnistie de 1919).
Il est mis à disposition du réseau ferré de l’Est du 6 février 1919 au 8 août 1919 au titre des sections des chemins de fer de campagne (il est « mis en route » le 5 février 1919  sur le réseau de l’Est à Troyes, jusqu’au 8 août 1919, date de sa libération de l’armée active au dépôt annexe de Zouaves du 1er Zouave).
Du 6 février 1920 au 28 mars 1922, il travaille comme homme d’équipe à la Compagnie de l’Est à Flamboin (gare de Flamboin-Gouaix, en Seine-et-Marne, aujourd’hui désaffectée). Pour la réserve militaire, il devient alors « affecté spécial », au titre de la 6ème section de chemin de fer de campagne. Il quitte les chemins de fer et retrouve du travail comme métallo à Longueville, à 9 km de Gouaix.
Les Etablissements Jules Degond
Entre 1922 et 1930, il travaille comme « étireur au banc » aux établissements Jules Degond à Longueville (Seine-et-Marne), une fabrique de tubes en cuivre sans soudure.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite « chez Degond », un logement ouvrier, puis Grande rue de la Cité.
Il reçoit la Médaille militaire en 1934 (décret du 18 mai 1934).
Membre du Parti communiste, Michel Gendron est trésorier de la cellule de Longueville de 1937 à 1939.
A l’Occupation, il est arrêté, mais on ignore la date de cette arrestation. Toutefois il est vraisemblable qu’il ait été arrêté le 19 ou le 20 octobre 1941. De nombreux élus ou militants communistes du département, arrêtés les 19 et 20 octobre 1941. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Michel Gendron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Photo d'immatriculation à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45585 (la photographie portant ce matricule a été reconnue par un habitant de Longueville âgé de 88 ans, qu'un internaute lui a montré après avoir consulté le blog).

Michel Gendron meurt à Auschwitz le 6 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page page 343).
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 24 septembre 1947. 
Une rue de Longueville porte son nom, ainsi qu’une plaque sur le monument aux morts.

Sources
  • "La Résistance en Seine et Marne", Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Courriel de février 2011.
  • Registres matricules militaire de Loire Atlantique. Recrutement de Nantes, Matricule 2644.
  • @ Google Maps.
Biographie rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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