L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DOUCHET Modeste, Alexandre



Alexandre Douchet © Mme Lelorrain-Douchet
Matricule "45481" à Auschwitz

Modeste, Alexandre (1) Douchet est né le 23 octobre 1896 à Bar-le-Duc (Meuse). Il est le fils de Maria Tritz, 26 ans, sans profession et de Victor Douchet, 27 ans, manœuvre, son époux. Modeste Douchet habite 9 bis place de la mairie à Esbly (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation. Cheminot, il est cantonnier.
Conscrit de la classe 1915, il est appelé le 10 avril 1915 au 154ème régiment d’infanterie. Alexandre Douchet qui ne s’est pas présenté à la caserne est classé insoumis quinze jours après (il ne sera« rayé » de l’insoumission qu’en 1924). En fait la famille Douchet a quitté la Meuse et habitent à Caudry, canton de Clary (Nord). La ville sera occupée par les Allemands pendant presque toute la durée de la guerre, ce qui sera considéré « cause de force majeure » pour l’armée !
Alexandre Douchet ne sera en fait recensé qu’en 1919, dans la subdivision d’Avesnes (Nord) où ses parents sont domiciliés.
Lors du conseil de révision de la classe 1919, son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 75, a les cheveux châtain, les yeux marron clair, le menton rond et le nez rectiligne, les lèvres minces et la bouche petite, le visage rond et osseux, la corpulence moyenne. Le 6 février 1919, le conseil de révision du Nord le déclare « maintenu service armé ». Mais Alexandre Douchet habite alors Mareuil-les-Meaux en Seine-et-Marne. Il est donc « introuvable dans les délais de libération de sa classe » et sera de ce fait directement placé dans la réserve de l’armée active ! Le 12 juin 1921, il habite Mareuil-les-Meaux. 
Il épouse Marcelle, Désirée, Alphonsine Marton, à Quincy-Sejy (Seine-et-Marne), le 17 décembre 1921. Les jeunes mariés y habitent en février 1922. En 1925, le registre matricule indique qu’il a été embauché aux chemins de fer du Nord et se trouve de ce fait « affecté spécial » pour la réserve de l’armée.
Le couple a une fille prénommée Régine, qui nait le 29 août 1925.
La famille va habiter Esbly en 1927. Alexandre Douchet y est cantonnier aux chemins de fer du Nord.
Il est vraisemblable qu'à l'instar de la quasi totalité des "affectés spéciaux" considérés comme communistes ou syndicalistes (en particulier les cheminots), il ait été rayé de l'affectation spéciale fin 1939 ou début 40 et réaffecté dans la réserve, donc mobilisable.

Pendant l’Occupation, Modeste Douchet est arrêté le 20 octobre 1941, avec 5 autres militants, dont André Bichot, cheminot comme lui, André Touret et Marcel Vincent qui seront comme lui déportés à Auschwitz. Le nom d’André Touret figurait sur la liste d’otages préparée le 25 août 1941 (In document XLIV- 59-60) Saint Germain 24 décembre 1941).
De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Modeste Douchet et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 20 octobre 1941
L'entrée d'Auschwitz 1
Modeste Douchet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45481" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Modeste Douchet meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 235). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz. La date erronée du 17 août 1943 a été rectifiée en 1942 sur son acte de naissance, le 31 mars 1952.
Il a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué en 1953.
  • Note 1 : Il a été enregistré à Auschwitz sous le prénom d'Alexandre. 
Sources
  • Division des Archives des Victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1991 et juillet 1992).
  • "La Résistance en Seine et Marne", Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo : Mel de sa petite fille, Mme Renée Lelorrain-Douchet (juin et septembre 2014).

  • © Etat civil et Registres matricules militaires de la Meuse et du Nord.
Biographie rédigée en janvier 2011 (complété en décembre 2015) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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