L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DEL NERO CHARLES FERDINAND DESIRE



Charles Del Nero est né le 1er mai 1898 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). 
Il est le fils d’Augustine, Marie Ypart, ménagère âgée de 31 ans 7 mois et de Domenico, Antonio, Gentile Del Nero, terrassier âgé de 42 ans 6 mois, son époux. Ses parents habitent 14 rue d’Alger à Boulogne.
Charles Del Nero habite au 6 rue du Réservoir, à Villeneuve-St-Germain (Aisne) au moment de son arrestation.
Registre matricule de Charles Del Nero
Le conseil de révision nous le décrit mesurant 1 m 68, cheveux châtains, yeux bruns. Il a un niveau d’instruction dit n°2 (sait lire et écrire). Conscrit n° 98 du canton Boulogne sud, de la classe 1918, il est incorporé par anticipation le 17 avril 1917 au 23ème Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC) sous le matricule 2812. Il y suit l’instruction militaire. Le 14 décembre 1917 il est évacué sur l’hôpital de Versailles. Il en ressort le 11 janvier 1918, avec un congé de convalescence de 10 jours. Il retourne au corps le 22 janvier 1918.
Le 15 février 1918, il est affecté au 4ème RIC « aux armées », c’est-à-dire en « zone des armées », sur le front. Le 20 août 1918 il est affecté au 412ème RI, toujours « aux armées ». Il entre à l’hôpital de Boulogne-sur-mer pour maladie du 1er juin 1918 au 4 juillet 1918.
Le 5 septembre 1918, pendant l’offensive du canal du Nord et entre Ailette et Aisne, Charles Del Nero est intoxiqué par les gaz, au cours des durs combats pour la libération de Noyon dans l’Oise, face aux unités de la 18ème armée du général von Hutier. Quoique soufrant d’un emphysème pulmonaire, il est maintenu au service armé (avec une proposition de pension temporaire de 10% d’invalidité).
Le 11 mai 1919 il est affecté au 45ème RIC.
Pendant une permission, Charles Del Nero  se marie le 29 décembre 1919 en mairie de Mons-en-Laonnois (Aisne). Il épouse Marguerite, Louise Fourna, née le premier septembre 1899 en cette commune (le couple aura deux garçons).
Un an plus tard, le 22 mai 1920, Charles Del Nero est démobilisé. Le « certificat de bonne conduite » lui est refusé.
Leur fils Raymond nait le 20 octobre 1920.
Le 6 mai 1921, le couple est domicilié à Molinchard, dans l’arrondissement de Laon.
Le 1er mai 1922, la famille Del Nero habite à Mons-en-Laonnois (Aisne).
Charles Del Nero est coiffeur. Il travaille dans une petite boutique sise au 26 avenue de Reims à Soissons. 
La commission de réforme de la réserve siégeant à Compiègne le 26 août 1929, lui signifie un maintien pour le service armé dans la réserve, « sans pension inférieure à 10% d’invalidité ».
Le deuxième enfant du couple, Roger, nait le 17 avril 1932.
Militant communiste, Charles Del Nero aurait été candidat à une élection législative (seule certitude il ne s’agit pas des législatives de 1936).
Lors de la mobilisation générale du 3 septembre 1939, Charles Del Nero est rappelé. Mais la commission de réforme siégeant à Soissons le 22 novembre 1939, le déclare « réformé temporaire n°2 » « pour emphysème, sclérose pulmonaire, obésité ».
Il n’est donc pas sous les drapeaux pendant la guerre.  Il est vraisemblable qu’il poursuive une activité militante au sein du P.c. clandestin dans cette période et sous l’Occupation..
Le 31 août 1941, le commissaire de police de Soissons écrit au préfet de l’Aisne  pour lui transmettre une liste de neuf noms « … de communistes notoires qui seront pris comme otages, par la Kreiskommandantur de Soissons, au cas où des incidents surviendraient dans la Ville ».
Frontstalag 122
Charles Del Nero est arrêté à Soissons le 30 septembre 1941 par la Feldgendarmerie, dans la rafle des 29 et 30 septembre qui concerne 18 communistes ou présumés tels, rafle opérée en représailles de l’agression d’un soldat allemand à Courmelles le 29 septembre 1941 (parmi ces militants il y a aussi Léon Busarello, Jean-Marie Guier, et Emile Maillard qui seront comme lui déportés à Auschwitz, ainsi que Roger Raymond). 
Dans une lettre datée du 30 septembre 1941, relative à l'arrestation de 18 otages communistes, qu’elle adresse à la Feldkommandantur 602 de Laon, la Feldkommandantur 527 de Soissons indique que les otages Jean Guier, Charles Del-Nero, Léon Busarello, Emile Maillard (et 14 autres militants) ont été incarcérés à la caserne Charpentier de Soissons. 
De la prison de Soissons, Charles Del Nero et ses camarades sont transférés le lendemain au camp allemand - administré par la Wehrmacht - de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Une fiche des Renseignements généraux (recensement 4 A 3685) le concernant est transmise aux autorités allemandes par le préfet de l'Aisne le 19 mars 1942 avec la mention «otage suite agression d’un soldat allemand ».
A Compiègne, il reçoit le matricule « 1603 », bâtiment C3.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Del Nero est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45445 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Charles Del Nero est mort à Auschwitz le 18 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, p. 219 et figurant sur le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Ce certificat porte comme cause du décès « Lungenentzündung » (pneumonie). L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des « inaptes au travail », opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 16 février 1988 paru au Journal Officiel du 22 mars 1988 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz.
Charles Del Nero est homologué « Déporté politique » le 5 septembre 1956. Dans les années cinquante, le président des anciens FTPF de l’Aisne certifie que sous ses ordres, Charles Del Nero est « chargé de distribuer des tracts anti-allemands et de récupérer des armes en vue d’actions directes ». Responsable des FTPF en 1943 et 1944, il fournit là (comme beaucoup de Résistants l’ont fait pour la mémoire de leurs camarades déportés) un certificat destiné à étayer les démarches de Mme Del Néro pour obtenir le titre de « Déporté résistant » pour son mari.
Le nom de Charles Del Nero est inscrit sur le monument aux morts de Soissons et sur celui de Villeneuve-St-Germain.

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives en ligne du Pas-de-Calais (état civil et registre matricule militaire), état civil de l’Aisne.
  • © Lettre de la Feldkommandantur 527 à la FK 602, Centre de Documentation Juive contemporaine.
  • Fiche de recensement des Renseignements généraux. 4 A 3685.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prevoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 241 à 3800) (DAVCC).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en janvier 2011 et modifiée en août 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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