L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COUTEREAU CHARLES


 Tract « Alerte » à la population colummérienne 






Charles Coutereau est né le 11 février 1908 à Coulommiers (Seine-et-Marne) au Hameau de Vaux. Il est le fils de Joséphine Pretat, 37 ans, manouvrière et de Victor Coutereau, 37 ans, manouvrier. 
Le 26 février 1937, il épouse Marthe, Raymonde Mangin, née dans le Nord, employée aux PTT.
Le couple réside à Coulommiers jusqu’en 1938, date à laquelle il rejoint Bagnolet (Seine / Seine-Saint-Denis). 
Charles Coutereau et son épouse habitent au 27 rue de l’Epine au moment de son arrestation.
Charles Coutereau est relieur de métier. Militant communiste columérien connu, il est candidat du Parti Communiste aux élections législatives de 1936 à Coulommiers.
En 1938, il s’installe à Bagnolet « certainement du fait de son activité politique : la fédération de Seine-Est du Parti communiste comprenait alors la Seine-et-Marne » (René Roy, op. cité). Marthe Coutereau, également arrêtée et internée, sera libérée en septembre 1944). 
Le couple, qui a un enfant, Jean, habite au 56 rue Pierre Curie. A Bagnolet, Charles Coutereau est alors conservateur du cimetière communal et il est logé au 63 ou 69 avenue Raspail.
Charles Coutereau est secrétaire de la section du Parti Communiste de Bagnolet en 1938 « selon le rapport à la conférence annuelle du 3 décembre 1938 et responsable du parrainage avec la Seine-et-Marne » (Le  Maitron).
Le 28 août 1939, il est arrêté par des agents du commissariat des Lilas pour distribution de "tracts subversifs" et conduit au dépôt de la préfecture de police de Paris. Il est condamné à six mois de prison et 300 francs d’amende (on ignore s’il a accompli la totalité de sa peine en raison du déclenchement de la guerre). Il est mobilisé et il est blessé au combat le 14 juin 1940.
Le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes et syndicalistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) comme auteurs présumés ou instigateurs de premières manifestations d’hostilité à l’occupant. 300 militants sont parqués au Stade Jean Bouin à Paris, puis dirigés vers le camp d’Aincourt (un sanatorium transformé en camp d’internement par le Gouvernement de Vichy) en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement en octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. 
Liste des RG au directeur d'Aincourt
La préfecture de police transmets des informations le concernant au directeur du camp dans une liste concernant les "syndicalistes et militants importants" : "Principal animateur de la propagande clandestine à Bagnolet".
Le 6 septembre 1941, Charles Coutereau est transféré avec 148 autres détenus d’Aincourt (membres du Parti Communiste de la région parisienne) au camp de Rouillé (Vienne), à l’occasion de son ouverture sous la dénomination de "centre de séjour surveillé"(© Vienne Résistance Internement Déportation).
Le 9 février 1942, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Informés de son internement à Compiègne, ses anciens camarades de Seine-et-Marne se mobilisent. A l’initiative du cultivateur communiste Albert Boyer, un tract intitulé « Alerte » (ci-dessus) est rédigé et distribué à Montereau. Il appelle la population à empêcher le crime qui se prépare (10 communistes viennent d’être fusillés le 9 mars 1941, et les autorités allemandes en annoncent 10 autres) en écrivant à « De Brinon ». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog « une déportation d’otages »
Charles Coutereau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Photocopie de la Carte formulaire du FT 122
Quelques jours après sa déportation à Auschwitz, sa famille reçoit la carte-formulaire rédigée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés : "Le détenu ci-dessous dénommé a été , sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d'autres nouvelles du détenu". 
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 46323 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.l  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Charles Coutereau meurt à Auschwitz le 11 décembre 1942 d'après la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau
Charles Coutereau a été déclaré "Mort pour la France".
Une plaque au Rond-point de la Paix à Bagnolet porte son nom, ainsi qu’au cimetière Raspail.

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils Jean (19/06/87).
  • Photocopie du tract « Alerte » communiqué par Jean Coutereau (l’original est au Musée de la Résistance).
  • "La Résistance en Seine et Marne", Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • « Et les gens de Bagnolet se soulevèrent » livre de Jean-Pierre Gast (Ed. Folie d’Encre, 2004, à l’initiative de la Mairie de Bagnolet) et plaquette récapitulative que Jean Pierre Gast m’a fait parvenir en novembre 2005, peu avant sa mort.
  • Fernand Devaux, « Témoignage pour Aincourt » http://www.amicale-chateaubriant.fr/sommaire.php et son allocution à l’occasion de la cérémonie commémorative du 5 octobre 2002 à Rouillé, le Patriote-Résistant n° 767 et Association « Mémoire Vive des 45000 et 31000 ».
  • Sur Rouillé : © Vienne Résistance Internement Déportation.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom et T. 23 p.309. Arch. André Marty.
  • Archives de la Préfecture de Police. Camp d'Aincourt / BA 2374.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo plaque : Site Internet mémorial « GenWeb », © Claudeville.
Biographie rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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