L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CARRIER ANTOINE


Antoine Carrier @ DR


Matricule "45335" à Auschwitz

Antoine Carrier est né le 30 août 1888 au village du Poutey à Beauronne (Dordogne).
Il est le fils d'Anna Malbet dite Lia et de Jean Carrier, 28 ans , sabotier, son époux.
Antoine Carrier habite 2 rue Pasteur à Villeparisis (Seine-et-Marne), au moment de son arrestation.
Il est tailleur. 
Selon sa fiche matricule militaire, Antoine Carrier mesure 1m 62 a les cheveux châtain foncé et les yeux bleus clairs, le front moyen, le nez rectiligne et grand, les lèvres minces et le lobe des oreilles collé, le visage long. Il a une légère cicatrice à la joue gauche.
Il travaille à Saint-Michel (canton de Mussidan) comme cultivateur au moment du conseil de révision. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1909, il est appelé au service militaire et incorporé au 63ème régiment d’infanterie à la caserne Beaupuy à Limoges le 1er octobre 1909. Le 24 septembre 1911, il est « renvoyé dans la disponibilité », « certificat de bonne conduite accordé » et passe dans la réserve de l’armée active au régiment d’infanterie de Limoges. Il « se retire » à Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), au sud de Limoges.
Le 2 novembre 1912, il a déménagé au 137, avenue Gambetta, à Angoulême (Charente).
Le 27 janvier 1914, Antoine Carrier épouse Édith, Alphonsine Maupin à la mairie d’Angoulème.  Le couple a un garçon.
Le 14 avril 1914, le couple a emménagé au 2, rue de la Clarté, à Périgueux (Dordogne).
Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914, rappelle Antoine Carrier « à l’activité »  militaire. Il est mobilisé au 63ème régiment d’infanterie à Limoges et arrive au corps le 3 août. Son régiment est envoyé « aux armées » à partir du 9 août.  Jusqu’au 19 juin 1915 Antoine Carrier va participer aux combats (campagne d’Argonne, 1ère bataille de la Marne, Reims, Remenauville. Du 20 juin 1915 au 12 février 1916, il est renvoyé « à l’intérieur » au dépôt du 63ème. Le 12 février 1916, il est réformé temporaire de 2ème catégorie par la commission de réforme de Limoges pour « albuminurie constatée ». Le 9 mai 1916, l’armée inscrit comme domiciliation : 70, rue de Périgueux, à Angoulême. Il est maintenu « réformé temporaire » par la commission de réforme d’Angoulême le 23 mai 1916 (le terme « temporaire » applique la loi Dalbiez du 17 août 1915 qui fait la chasse aux « embusqués »). Il est classé « service armé, à hospitaliser en observation » le 3 janvier 1917 (CR de Limoges) et affecté au 63ème RI. Le 13 février 1917, il arrive au centre spécial de réforme de Limoges. Le 25 avril 1917 celui-ci le classe « service auxiliaire, inapte aux armées », pour « néphrite ancienne, mais très amliorée, traces sensibles mais indosables d’albumine… ». Le 26 mai 1917 Antoine Carrier arrive au 63ème régiment d’infanterie. Il est détaché à la Poudrerie nationale d’Angoulême le 14 août. Le 16 août, il « passe » au 107ème R.I. Il est alors détaché à la Compagnie des produits chimiques de Grand-Quevilly (Seine-Inférieure) le 16 juin 1918, et « passe » le même jour au 39ème Régiment d’infanterie. Le 14 septembre de la même année il est détaché à la Fonderie nationale de Ruelle à Ruelle (Charente). Le 8 octobre, il « passe » au 107ème R.I. et le 14 février 1919, au 37ème R.I.
Le 12 juillet 1919, il est envoyé en congé illimité de démobilisation (rattaché au dépôt du 79ème RI.
La commission de réforme de Bergerac en 1922 le maintient « service auxiliaire » sans pension d’invalidité. Il est affecté pour la réserve de l’armée à la Poudrière de Bergerac en 1932 où il travaille alors. Il est rayé des contrôles de la Poudrière en 1934 et de fait classé « sans affectation ».
Il est « dégagé d’obligations militaires » le 15 octobre 1937.

Il habite ensuite au 21 rue Pasteur à Villeparisis en région parisienne.
Il est connu comme communiste par les services de police, puisque son nom figure sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages, avec la mention «ancien responsable communiste». Cette liste datée du 25 août 1941 émane de préfecture de Melun (In document XLIV- 59-60, Saint Germain 24 décembre 1941).
A la sortie d'une réunion de cellule vers 1935,
devant le café "au Taxi".
Antoine Carrier est arrêté le 20 octobre 1941 à son domicile par la police française et la Felgendarmerie en même temps qu’Albert Bonvalet et Gabriel Rey de Villeparisis, qui seront eux aussi déportés à Auschwitz. 
Les 19 et 20 octobre 1941, de nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
A la demande des autorités allemandes, Antoine Carrier et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 20 octobre 1941.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45335".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Antoine Carrier meurt à Auschwitz le 26 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 158). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Archives en ligne de Dordogne.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • "La Résistance en Seine et Marne", Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Mel du 17 juillet 2011 de Mme Josette Besson, petite fille d'Antoine Carrier, qui me communique les photos et informations envoyées par son père à l'association "Mémoire vive", ainsi que le témoignage de celui-ci à propos de Gabriel Rey.
  • Registes matricules militaires de Dordogne.
Biographie rédigée en janvier 2011 (en cours d'actualisation en 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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