L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CAILLE PAUL EUGENE

Plaque  commémorative

Paul Caille. DR.
Paul Caille est né le 4 octobre 1895 à Flavy-le-Martel (Aisne), canton de Saint Simon. 
Fils de Joséphine Floquet, couturière et de Julien Caille, employé aux Chemins de fer, son époux. 
Il habite au 81 rue Pasteur à Quessy-centre (Aisne) au moment de son arrestation. 
Le 27 juin 1909, Paul Caille est embauché comme apprenti ouvrier menuisier aux ateliers de la Compagnie des chemins de fer du Nord.
Conscrit de la classe 1925, il aurait dû être mobilisé par anticipation le 15 décembre 1914. Mais Flavy-le-Châtel est occupé par les Allemands dès le 26 août 1914. C’est pourquoi son registre matricule militaire porte la mention « non recensé en temps utile par cas de force majeure. Pris bon service armé par la commission de réforme de Beauvais. Recensé tardivement, n’a pu être appelé à l’activité, sa classe étant démobilisée ». Il est donc affecté dans le cadre de la Réserve (1) au 45ème régiment d’infanterie (14/10/1919).
Juliette Caille
Il se marie à Flavy-le-Martel le 21 juin 1919 avec Juliette Ravissot. Le couple a trois enfants (âgés de 13, 19, 20 ans au moment de son arrestation : Paulette, l'aînée, est née le 17 avril 1920, vit toujours à Palaiseau, Marcel, né en novembre 1922 vit toujours à Vaires sur Marne et Simone, née le 31 janvier 1927. Information Michel Specht, décembre 2017)
Le 13 mai 1920 Paul Caille et son épouse habitent à la Cité nouvelle à Tergnier. Il a repris son travail aux Chemins de fer du Nord à Ternier. Pour la Réserve militaire il est classé « Affecté spécial » le 14 février 1920 à la 5ème section des chemins de fer de campagne,  (affectation confirmée en 1936).
Le premier octobre 1923, il est rattaché à la classe 1911, étant père de 2 enfants (article 58 de la loi de recrutement militaire).
Paul Caille est ouvrier à l'atelier des voitures et des wagons de Ternier.
Issu d'une famille ouvrière, Paul Caille est selon une longue notice du Dictionnaire du mouvement ouvrier (Le Maitron) : «Entré à la Compagnie des chemins de fer du Nord au lendemain de la Première Guerre mondiale, comme menuisier à Tergnier (Aisne). Paul Caille se syndiqua à la CGT en 1919. Il adhéra au Parti communiste français à la mort de Lénine en 1924 dans la promotion qui porte le nom de ce dernier. Après la première scission syndicale il devint un militant actif de la CGTU et fut un ardent défenseur de ses camarades cheminots dans le centre ferroviaire de Tergnier dans l'Aisne (trois mille cheminots). Délégué du personnel auprès du directeur du réseau ferroviaire Nord, il fut également secrétaire général du syndicat des cheminots, secrétaire de l'Union locale CGT de la région de Tergnier et délégué au VIIIe congrès national de la CGTU à Issy les Moulineaux (24-27 septembre 1935), puis au congrès de la CGT réunifiée tenu à Toulouse en mars 1936 et à Nantes (14-17 novembre 1938). Membre du bureau régional du PCF de Picardie jusqu'à la dissolution du PCF en 1939, il fut candidat au conseil général en octobre 1937 dans le canton de la Fère (Aisne). Caille recueillit 1 377 voix sur 7 438 inscrits et se désista en faveur du représentant du Parti socialiste SFIO qui fut élu».
Action dans la Résistance in Registre matricule militaire
Dès août 1940 « il organisa l'action clandestine parmi les cheminots et dans toute la région de Tergnier. Le gouvernement de Vichy le licencia de la SNCF le 14 novembre 1940 pour avoir refusé de renier son Parti. Contraint de travailler dans une scierie où il fut victime d'un accident qui nécessita l'amputation de plusieurs doigts, subissant perquisition sur perquisition de la part des nazis, il fut arrêté le 30 mars 1941 avec son camarade Marcel Gouilliard, par la gendarmerie française ».
Bordereau d'entrée au camp de Choisel, avec son n° d'immatriculation
Arrêté le 30 mars 1941 sur ordre de la préfecture de l'Aisne (daté du 28 mars 1941), Paul Caille est interné au camp de Châteaubriant de mars 1941 au 7 mai 1942. Il y reçoit le matricule 395. Son camarade Marcel Gouillard a le n° 396. Il est affecté au bâtiment 22.
Carte postale écrite par Paul Caille à son frère Abel 
depuis Châteaubriant, le 25 mars 1942. 
Depuis le camp, il écrit à son frère Abel (carte lettre-ci-contre). Il y commente les nouvelles qu’il a reçues de sa famille dans une lettre du 11 mars. « j’ai été content d’apprendre aussi que c’est au mois de mai que Mireille (2) devrait être maman et qu’elle allait bien, car vraiment être dans une telle position par ces temps de dures restrictions ce n’est pas très gai ». Il donne également des informations sur la vie dans le camp de Choiseul-Châteaubriant « Ici la discipline ne se desserre pas, bien au contraire, elle est de plus en plus dure. La nourriture est toujours aussi mauvaise, rutabagas, navets et… de l’eau ».
Le 7 mai 1942 il est transféré au camp de Voves (3). Le 2 juin, à la demande de la Feldkommandantur d’Orléans - après intervention de celle de Laon, il est transféré à la prison de Chartres avec Edouard Bonnet et Marcel Gouillard, cheminot comme lui. 
Son nom figure sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages, avec la mention « responsable communiste » et «Chateaubriant». Cette liste KF 602 qui émane de la préfecture de l’Aisne est transmise aux autorités allemandes le 19 mars 1942 (in document du CDJC - XLIV- 2)
Le 3 juin 1942, Paul Caille est interné au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Paul Caille est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. le numéro «46226 ??» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Paul Caille meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 (date inscrite sur son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 157). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
Il est homologué lieutenant FFI
Paul Caille est homologué comme lieutenant dans les cadres de l'armée au titre des FFI. Il a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de « déporté politique » lui a été attribué le 25 janvier 1954.
Une plaque rappelle son souvenir à son domicile, et à son lieu de naissance. Une place de Quessy-Centre porte son nom (ancienne Place de la Mairie). 
Son nom a été donné à une rue de son lieu de naissance, Flavy-le-Martel, et à une mairie annexe de Tergnier (délibération du conseil municipal du 17/11/1971). 
Son nom figure également sur deux plaques commémoratives aux ateliers SNCF. 
Roger Debarre
Lors de l’inauguration (le 26 avril 1972) de la place et des rues portant les noms de Paul Caille, Fernand Bouyssou, Gaston Millet et Paul Doloy, puis du monument de la Résistance et de la Déportation, le président de la FNDIRP de Tergnier-la Fère, Roger Debarre, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, a rappelé que Paul Caille "a toujours fait preuve d'un courage dynamique, et d'une ardeur patriotique que les épreuves n'ont pas réussi à entamer".
Son fils aîné, Marcel Caille a fait partie dès septembre 1940 d’un groupe de jeunes résistants. Cheminot, syndicaliste, il sera élu en 1954 au bureau confédéral de la CGT jusqu'en 1978, membre du Comité central du PCF jusqu’en 1964.
  • Note 1 : la loi du 7 août 1913 rétablit le service militaire à 3 ans et allonge les obligations totales à 28 ans en prolongeant jusqu'à 11 ans le service dans l'armée de réserve de l’armée d’active (cette notion est modifiée en 1923 par le terme de « disponibilité »). 
  • Note 2 : Mireille est la fille d’Abel, le frère de Paul Caille. Michel Specht, petit neveu de Paul Caille qui m'a envoyé cette carte écrit « Je suis l'enfant que porte Mireille, ma mère, dont parle Paul ». 
  • Note 3 : Michel Specht note : « Mon père, René Specht, enrôlé au 11ème Génie en 1939 (à 40 ans !) a pu participer à la construction du camp de Voves en question ».
Sources
  • Fiche d'otages XL IV 2 - KF 602 - Département de l'Aisne - Il porte le n° 6 de cette liste. -
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 21, page 62 (note rédigée par Maitron et Pennetier)
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Louis Oury, écrivain, chercheur ayant travaillé sur les archives de la Felkommandantur de Nantes et du camp de Châteaubriant. Correspondance d’avril et mai1991.
  • « L’Aisne Nouvelle » d’avril 1972 (coupures de presse communiquées par Roger Debarre).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en octobre 1992).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Site Internet « Rail et mémoire ».
  • © Photo plaque par Didier Mahu, in site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Photo de Paul Caille, in « Mémoire Vive » n° 55 de mai 2014 page 15, lettre de l’association des 45000 et des 31000d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Archives en ligne de l’Aisne. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • Mail de Michel Specht, petit neveu de Paul Caille (2017).
Biographie rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet (mise à jour 2015 et 2017), docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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