L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AUBRY HENRI, CHARLES



Deux négatifs ont été superposés :
il s'agit des visages d'Henri Aubry et d'Alexandre Antonini
Matricule "45183" à Auschwitz

Henri Aubry est né le 9 juin 1893 à Emerainville (Seine-et-Marne). Il habite à Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Sophie, Louise Maison, 42 ans, sans profession et d’Albert Aubry, 49 ans, maçon, son époux.
Henri Aubry travaille comme manœuvre-chocolatier à Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne) au moment de son incorporation sous les drapeaux.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 68, a les cheveux châtain et les yeux gris, le nez cave.
Conscrit de la classe 1913, il est appelé au service militaire le 28 novembre 1913. Il est incorporé au 94ème Régiment d’Infanterie.
Il est nommé caporal le 26 novembre 1914.
Il est blessé par balle à la fesse droite le 2 mars 1915, devant La Harasée (Marne), lors de la Bataille de l’Argonne. Il est classé « service auxiliaire » par la commission de réforme de Coëtquidan en 1915, confirmé 1916 Il aura une pension militaire (de 365 F, arrêré ministériel 30 mai 1927, avec jouissance rétroactive au 15 décembre 1915). Il passe au 48ème RI le 16 juillet 1916, puis au 129ème le 17 janvier 1917 et au 66ème le 1er mars de la même année. Il va successivement ensuite être affecté à deux Régiments territoriaux d’infanterie (46ème en novembre 1917 et 36ème en mai 1918).
Il est démobilisé le 28 mars 1919, « certificat de bonne conduite accordé. Se retire à Lagny ».
En juin 1919 il vient habiter au 5 boulevard Diderot à Paris 12ème.
En janvier 1920 il a déménagé au 209 rue de Charenton à Paris 12ème.
Le 22 juin 1920, Henri Aubry épouse Renée, Denise, Constance Hue à Croissy-Beaubourg. Le 7 août 1920 le couple habite Lognes (Seine-et-Marne).

En octobre 1923, ils sont revenus habiter Croissy-Beaubourg.
A l’Occupation, Henri Aubry est arrêté à son domicile par la police française et la Feldgendarmerie le 19 octobre 1941 à Croissy-Beaubourg. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. 44 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941. Sa fiche individuelle au BAVCC porte la mention «activités communistes» comme cause de l’arrestation.
A la demande des autorités allemandes Henri Aubry est transféré au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 19 octobre 1941.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Aubry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45183". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (malheureusement superposée avec celle d'un autre "45000") parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Henri Aubry meurt à Auschwitz le 14 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 35).
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne).» Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Son nom est inscrit sur le Mémorial de Croissy-Beaubourg. Une rue de la ville porte son nom (Allée Henri Aubry).

Sources
  • La photo d’immatriculation n’est pas certaine : il s’agit d’un négatif superposé à celui d’un autre déporté (recherches « Mémoire Vive des convois des 45000 et des 31000 »).
  • Registre matricule militaire, Etat civil © Archives en ligne de la Marne.
  • Bureau des archives des Victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en juin 1992).
  • "La Résistance en Seine et Marne", Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Source photo du monument : Alain Senée, © Mémorial-GenWeb 2000-2011.
Biographie rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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