L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TROUVE Maurice, Marcel


Photographie confiée à M. Marcel Demnet
 par Pascal Trouvé, son petit fils
 (septembre 2011).


Maurice Trouvé est né le 30 décembre 1920 à Vierzon (Cher), où il habite 71 rue Saint Marcel au moment de son arrestation.
Il est marié avec Paulette Grosjean. Née le 5 juin 1922 à Bayeul (Aude), elle est décédée en 1998. Le couple a un fils Jacky (décédé en 2003), qui a un an au moment de l’arrestation de son père.
Maurice Trouvé est ouvrier charcutier, militant communiste.
Il est membre des jeunesses communistes depuis 1936. Il adhère en 1940 au Parti communiste clandestin et devient membre d'un "triangle" dès septembre 1940 et adhère au Front national en septembre 1941. Il est chargé de distribuer des tracts et publications appelant à la lutte contre l'occupant.
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver (notamment grève à l'usine d'aviation et à la SNCF). Ces actions se poursuivent dans tout le département en 1941 et début 1942. Maurice Trouvé est arrêté par les polices française et allemande le 1er mai 1942. Il s'agit très certainement de la même opération de représailles que celle qui vise Marcel Perrin, et Roger Rivet  (ce dont nous sommes certains par une réponse de la Sicherheitspolizei « Police de sûreté » (SD) Kommando d’Orléans au préfet), Roger Gauthier et Moïse Lanoue, qui seront déportés à Auschwitz dans le même convoi que lui (6 juillet 1942).

Lettre de la Sicherheitspolizei d'Orléans

Cette arrestation s’inscrit dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 140 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés en 1940 ou 1941) dans 3 départements (Cher, Loir-et-Cher, Loiret). 
L'épouse de Marcel Perrin pensait que celles-ci avaient été provoquées par le déraillement d'un train de munitions allemandes sur la ligne Vierzon-Bourges. Mais selon Marcel Cherrier, ce qui est confirmé par Marcel Demnet et la lettre de la SD d'Orléans concernant Roger Rivet et Marcel Perrin, cette rafle est opérée en représailles à la mort d'un Feldgendarme à Romorantin la nuit du 30 avril 1942. Lire dans le blog, l’article : Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations
Les arrestations des 1er et 2 mai 1942 ont touché plusieurs départements de la région militaire. Six jeunes otages communistes sont fusillés le 5 mai 1942 et cinq autres le 9 mai. Parmi eux, le neveu de Roger Rivet de Vierzon, Jacques Rivet, fusillé le 5 mai 1942 à Saint-Jean-de-la Ruelle.
Le 2 mai, Maurice Trouvé est gardé dans les caves de la Mairie, à Vierzon, puis incarcéré à la prison de Bourges ("le Bordiot"), et, la veille du départ, dans la salle des Pas ­perdus en gare de Vierzon. A la demande des autorités allemandes, il est interné le 8 ou le 9 mai 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Trouvé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «46160 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Dessin de Franz Reisz, 1946
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Trouvé meurt à Auschwitz le 21 octobre 1942, d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3, page 1258). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé en septembre 1942 à Auschwitz-Birkenau (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 3 juin 2001), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il est déclaré "Mort pour la France" le 5 novembre 1947. Il est homologué "Déporté politique" le 23 décembre 1955. Il est homologué au grade de sergent au titre de la Résistance Intérieure Française le 18 octobre 1950.

Sources
  • Témoignages recueillis à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi, à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, du Cher, également rescapés du convoi.
  • Témoignage de sa cousine, épouse de Roger Gauthier.
  • Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher. Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976.
  • Témoignage de Maria Perrin (membre du comité national de la FNDIRP), veuve de Marcel Perrin, pour qui son mari et une trentaine d’autres militants ont été arrêtés le premier mai 1942 en représailles à l’attentat commis contre les allemands sur la voie ferrée Vierzon-Bourges.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division (ou pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Bureau des archives des Victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Communication de M. Marcel Demnet, président FNDIRP de Vierzon (5 septembre 2011).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Musée de la Résistance d'Orléans.
Biographie rédigée en décembre 2010, complétée en 2018, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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