L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THIROUARD Marius, Gaston



Matricule "46142" à Auschwitz

Marius Thirouard est né le 23 août 1905 à La Croix-du-Perche (Eure-et-Loir), fils de Gaston Thirouard et de Julienne Philippe. Il se marie  avec Olga Bejon. Il a plusieurs enfants, dont Gérard et Marcel. Il est charpentier. Il est communiste ou sympathisant (*). 
Il habite à Jallans (Eure-et-Loir) au moment de son arrestation.
Marius Thirouard est arrêté le 22 juin 1941. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands ont arrêté plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici Chateaubriant), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Marius Thirouard est d'abord interné au camp de Châteaubriant (44) où il reçoit le matricule 1027. Il y retrouve Maurice Graffin également de Jallans, arrêté le 21 avril 1941, André Gaullier et Roger Pinault, tous deux d'Ormes, arrêtés le même jour. 
Marius Thirouard est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) à une date inconnue. On sait néanmoins qu'André Gaullier, Maurice Graffin et Roger Pinault y arrivent le 18 avril 1942. Il est donc possible que Marius Thirouard y ait été transféré à cette date. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marius Thirouard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marius Thirouard est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46142. En l’absence de références au numéro matricules des registres du camp, ce numéro «probable» compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques, a été confirmé par des rescapés lors d’une séance d’identification de photographies organisée en 1948 par l’Amicale d’Auschwitz.
La photo d’immatriculation à Auschwitz correspondant à ce matricule (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Marius Thirouard meurt à Auschwitz le 9 septembre 1942 selon la liste reconstituée par les historiens polonais du musée d'Auschwitz (cette date est inscrite sur sa fiche au BAVCC). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz. Le titre de déporté Résistant a été refusé à sa famille en 1954. Lire l'article du blog La carte de "Déporté-Résistant"
(*) La date de son arrestation, commune à un millier de militants communistes sur toute la zone occupée (responsables, syndicalistes, élus), laisse à penser qu'il était un militant actif (syndical ou politique) et qu'il figurait dans les dossiers des renseignements généraux, qui ont servi à établir les listes de militants à "rafler" le 22 juin 1941.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20).
  • Dossier individuel consulté en février 1992 au Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen
  • Portail "Généanet" d’Adrien Thirouard, son arrière petit-fils.
Biographie rédigée en décembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com   * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

1 commentaire:

thirouard magali a dit…

C etait mon grand pere et je suis fiere de lui