L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THIAIS Isidore



Isidore Thiais est né le 16 mai 1889 à Paris dans le 1er arrondissement. 
Il est le fils d'Amélie Thiais, 30 ans, domestique, domiciliée 60 rue de Turbigo à Paris.
Le 26 rue de Mazières
Il habite 26 rue de Mazières à Bourges (Cher) au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Isidore Thiais mesure 1m 60, a les cheveux et sourcils bruns, les yeux marron, le front ordinaire, nez et bouche moyens. Il a un tatouage au poignet droit.
Au moment du conseil de révision, il travaille comme manœuvre à Bourges où il habite.
Conscrit de la classe 1909, Isidore Thiais devance l’appel et signe un engagement volontaire de 5 ans le 8 juillet 1909 à la Mairie de Bourges. Il est incorporé au 6ème Régiment de Chasseurs d’Afrique le 13 juillet.
En Algérie du 25 juillet 1909 au 20 mai 1911. Il est engagé dans les combats aux confins algéro-marocains du 21 mai au 17 juin 1911. Puis en Algérie (Mascara) jusqu’au 2 août 1914. Mobilisé le 1er août, le régiment débarque à Cette le 8 (Sète) et est engagé à Rocroy le 15 août. Combats de la Sambre, Dinant, bataille de la Marne. Il est transféré le 15 août 1915 au 7ème Régiment de marche de chasseurs d’Afrique nouvellement créé. Il participe aux combats menés dans l’Oise à Offremont et dans les Vosges. Le régiment est dissous le 15 janvier 1916 et ses éléments sont reversés à la 1ère Brigade de Chasseurs d’Afrique. Jusqu’en avril 1916, il cantonne dans la région d'Aversdoing (Pas-de-Calais) et prend le service dans les tranchées, puis retrouve son rôle de cavalerie l’année suivante.
Isidore Thiais est blessé à la jambe droite par un coup de pied de cheval le 17 mai 1918. Evacué, il retourne « aux armées » le 17 juillet 1918 après être passé aux hôpitaux de Marseille et de Grasse.
Croix de guerre, étoile de bronze
Isidore Thiais est cité à l’ordre du régiment (O/J n° 35 du 2 février 1919) « Très bon soldat, au front depuis le début, a fait partie de nombreuses reconnaissance, où il s’est distingué par sa belle attitude et son sang froid ». Il est décoré de la Croix de guerre, étoile de bronze, de la médaille commémorative du Maroc, avec agrafe « Maroc ».
Il est démobilisé le 26 juillet 1919, « certificat de bonne conduite accordé ».
Il « se retire » chez sa mère au 85 bis rue de Wagram à Paris, puis au 60 bis rue de Mazières à Bourges, jusqu’en 1933.
En 1921, il est embauché comme employé civil au service des subsistances de Bourges (relevant du ministère des Armées). Pour l’armée, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement dans la réserve de l’armée active, au 8ème COA en 1922, en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).

En 1924, ne travaillant plus au service des subsistances, il est réaffecté dans la réserve au 8ème Chasseur, puis à l’Ecole centrale de Pyrotechnie de Bourges en 1933. Il déménage en 1937 pour le 26 rue de Mazières à Bourges. En juillet de cette année, il est définitivement libéré de ses obligations militaires.
Isidore Thiais est membre du Parti communiste.
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver, grève à l'usine d'aviation et grève à la SNCF.
Isidore Thiais est arrêté à Bourges le 22 juin 1941, par des soldats allemands accompagnés de policiers français.
Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (prison de Bourges), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne. 
Le nom d’Isidore Thiais figure avec celui de 43 autres militants sur une liste de communistes de la région militaire susceptibles d’être choisis comme otages. Parmi ces militants 6 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui : Faiteau Magloire, Germain Joseph, Michel Lucien, Millerioux Louis,  Rousseau Georges, Thiais Isidore, Kaiser (Keyser) Albert et son fils Jacques (condamné à un an de prison).

Cette liste a été établie après un attentat « auf der Frontbuchland in Chartres » (contre une librairie militaire de Chartres). Elle est datée du 24 octobre 1941 à Bourges (In document XLIV- 66, document du 22 avril 1942. Source CDJC. Echange de correspondances, datées du 04/09/1941 au 29/12/1941, entre la Feldkommandantur 668 de Bourges et l'état-major du chef du district militaire A à Saint-Germain-en-Laye, sur la finalisation (compléter par informations...) de la liste de 44 otages (tampon "Militärverwaltungsbezirk A" (district A de l'administration militaire allemande en France) tampon "Geheim" (confidentiel).
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Isidore Thiais est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 46138 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami, du portrait d’immatriculation publié ci-dessus pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Isidore Thiais meurt à Auschwitz le 23 août 1942 d’après le registre d’état civil d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 1245). Acte de disparition du 29 août 1946 (15-306).
Son nom est honoré sur la plaque commémorative apposée dans la section du PCF à Bourges, 45 rue Théophile Lamy. "Honneur à nos morts tombés pour que vive la France" (relevé Memorial Genweb / Claude Richard).

Sources
  • Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher. Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Division des archives des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1992).
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en décembre 2010, complétée en 2016 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.  Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. .

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