L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RICHE Robert




Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "46055" à Auschwitz

Robert Riché est né le 21 octobre 1893 (1) à Saint-Mards-en-Othe (Aube). Il habite cette ville au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Alix Thierry, 41 ans et de Cyrille, Emile Riché, 45 ans, manouvrier, son époux. ses parents habitent le bourg de Vaucourt commune de Saint-Mards-en-Othe.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Saint-Mards-en-Othe au moment du conseil de révision et travaille comme ouvrier agricole.
Robert Riché mesure 1m 63, a les cheveux châtain, les yeux gris verdâtres, le front couvert, le nez vexe, les oreilles plates, la bouche moyenne, les lèvres plates, le menton saillant et le visage ovale coloré. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1913, matricule 693, il est ajourné pour « insuffisance de développement » (commission de réforme de Troyes novembre 1913). Le décret de mobilisation générale du 2 août 1914 le mobilise. Il est incorporé le 2 septembre 1914 au 8ème Régiment d’artillerie, puis transféré au 29ème Régiment d’infanterie cantonné à Autun le 11 octobre 1914. Après la formation militaire, il est engagé dans les combats des Hauts-de-Meuse au Bois d’Ailly (du 22 au 27 avril 1915) à l’est de Saint-Mihiel.
Médaille militaire 1916
Robert Riché est gravement blessé par un éclat d’obus le 25 avril 1915 au bois d’Ailly au cours d’une contre-attaque : « très bon soldat, qui a toujours servi d’une façon parfaite ». Il est évacué sur l’ambulance de Commercy. La commission de réforme du Rhône de décembre 1916 le propose pour une pension de 5ème classe, et celle d’avril 1916 le réforme avec gratification renouvelable de 6ème catégorie. Il est décoré de la Médaille militaire le 13 mars 1916.
Placé dans la réserve de l’armée active en septembre 1917, Robert Riché est réformé définitivement par la commission de réforme de Troyes du 21 décembre 1917 qui le propose pour une pension de retraite de 5ème classe de l’échelle de gravité n° 39.
Il est manouvrier, marié avec Marie (l'acte de naissance de Robert Riché n'en fait pas mention).
En 1937, Robert Riché travaille comme marchand de peaux.
Le premier journal clandestin 
("la Dépêche de l'Aube" 24 décembre 1940) 
édité par le Parti communiste clandestin
Il est arrêté une première fois le 23 octobre 1941, condamné le 2 décembre 1941 pour "détention d'arme de guerre" à deux mois de prison puis libéré le 31 décembre 1941.
Le 26 février 1942, il est de nouveau arrêté (LA 14222), par la police allemande de Toyes au motif de «détention d'armesdangereux à l’occupation allemande ».
Le même jour Emile Andrès de Troyes et 18 militants communistes du département de la Marne et de la Haute-Marne sont arrêtés comme otages à Reims et St Dizier) : l’Aube, la Marne et la Haute-Marne dépendent de la même région militaire (Oberfeldkommandantur).
Robert Riche est remis aux autorités allemandes à leur demande. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Celles-ci l’internent au allemand camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Robert Riche est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Auschwitz le 8 juillet 1942
Robert Riché est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46055".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Robert Riche meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 3 page 1005). 
Un arrêté ministériel du 31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 31 juillet 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Robert Riché. Cet arrêté comporte néanmoins une date erronée : décédé le 6 juillet 1942 à Auschwitz, soit la date de départ du convoi. Or sa date de décès est pourtant accessible depuis 1995 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Le titre de « Déporté politique » lui est attribué le 3 septembre 1954. Son nom figure sur le monument aux morts de Saint-Mards, ainsi qu’une courte fiche sur «MemorialGenweb».

  • Note 1 : son année de naissance est bien 1893 et non 1896 comme indiqué par erreur au DAVCC. Vérifications effectuées avec les registres matricules militaires de l'Aube (3/R/575), et au Musée d'Auschwitz.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • La déportation de répression dans l’Aube par Rémi Dauphinot et Sébastien Touffu document PDF (AFMD Aube).
  • Sa photo a été identifiée par des rescapés en 1948.
  • site «Mémorial Genweb ».
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en février et juin 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Fac-simile de la Dépêche de l'Aube, in "l'Aube dans la guerre 1939/1945", Michel Roche Ed.Horvath.
Biographie rédigée en décembre 2010 (modifiée en 2012 et juin 1916) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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