L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOREAU Georges, Henri



Georges Moreau est né le 5 juin 1906 à Saint-Jean-les-deux-Jumeaux (Seine-et-Marne). Il est le fils de Lucie Delorme et de Georges Moreau son époux.
Il habite au deuxième étage du 29 avenue Foch à Meaux au moment de son arrestation. 
Georges Moreau s’est marié avec Madeleine, Germaine, Anna Petit, mécanicienne, le 14 juin 19032 à Saint-Jean-les-deux-jumeaux (née le 24 mars 1909 à Versailles,elle décède le 2 juin 1949 à Paris). 
Le couple a deux enfants (Colette, épouse Lejeune, née le 2 avril 1933 et Jean né le 26 octobre 1935).
Grâce à une photo de famille, on sait qu'il effectue son service militaire en 1926 au 32ème Régiment d’Infanterie
Georges Moreau est employé comme mécanicien chez Edelman, à Esbly du 10 octobre 1929 au 18 juin 1936. 
Puis il est employé à la Tôlerie Melchoise rue Jean Jaurès, d'août 1936 à janvier 1938. Il est au chômage pendant trois mois.
Courant 1938, il est embauché chez Menier à Noisiel (Seine-et-Marne).   
A la déclaration de guerre, il est mobilisé le 4 septembre 1939. Du centre mobilisateur, il rejoint le 401ème DCA cantoné à Luzarches. Compte tenu de sa qualification professionnelle, il est alors "Affecté spécial" à Issy-les-Moulineaux, jusqu'à sa démobilisation le 2 août 1940. Il retourne alors chez Menier à Noisiel comme ajusteur.
Les Ets Menier à Noisiel
Il est arrêté une première fois le premier février 1940 par la police de Vaires (il est porteur de tracts communistes et de l'Humanité clandestine). Son domicile est perquisitionné par la police de Meaux en présence de son épouse qui se trouvait au débit Schewitz situé au rez-de-chaussée. Sans résultat.
Il est arrêté à nouveau le 19 octobre 1941 à son domicile par des policiers allemands et français, le même jour que 72 autres élus ou militants, dont 39 seront comme lui déportés à Auschwitz. 
Son fils, Jean Moreau, a raconté en 2010 comment il s’est accroché en pleurant à la jambe de son père lorsque les Allemands sont venus l’arrêter (témoignage rapporté par son neveu François Le jeune). Le 20 octobre d’autres militants de Seine et Marne sont également arrêtés, dont 5 seront aussi déportés à Auschwitz.
Cette rafle importante en Seine et Marne, semble avoir été ordonnée en représailles de l’attaque d’un convoi allemand près de la Ferté Gaucher en Seine-et-Marne : «Un câble d'acier tendu à travers la route fit s'écraser deux voitures d'officiers précédant un convoi de 8 camions de fourrage et, pendant que soldats se rendaient en tête du convoi, le feu était mis à tous les camions et tous furent détruits par feu » Télégramme présumé de Jacques Duclos à Georges Dimitrov, daté du 10 octobre 1941. 
IInculpé par le commissaire de Meaux d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste et propagande notoire des doctrines de la IIIème internationale), il est mis à la disposition du procureur.
Le 20 février 1941, le Tribunal correctionnel de Meaux le condamne à 3 mois d'emprisonnement. A la demande du Préfet, il doit être convoqué aux services de police à sa sortie de prison "pour un sévère avertissement et être informé qu'en cas de  moindre observation relevée à son encontre une mesure d'internement administratif serait prise sans délai" (note du 22 mars 1941). Il en est informé le 27 avril, puis le  le 3 mai, au lendemain de sa levée d'écrou. 
Mais le nom de Georges Moreau est inscrit sur la liste d’otages préparée le 25 août 1941 par les services de la Préfecture (Archives du CDJC, document XLIV- 59-60 - Saint Germain 24 décembre 1941). 
Sa fiche (Liste d’arrestation LA 3384 de l’arrondissement de Meaux, BAVCC) mentionne qu’il porte une cicatrice sur la joue gauche).
Georges Moreau est appréhendé et avec 80 de ses camarades il est  transféré par cars au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 20 octobre. Il y est affecté au camp Bâtiment A3, avec le numéro matricule 1809 (ci contre, une lettre du camp adressée à sa femme et ses enfants le 17 juin 1942). Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Georges Moreau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro "45893 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Georges Moreau meurt à Auschwitz le 31 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 828). 
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 septembre 1942, à Birkenau (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 8 mars 1997). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Georges Moreau a été déclaré "Mort pour la France" le 28 septembre 1946.
Carte de Déporté politique

Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. Son nom figure sur le monument aux morts de Saint-Jean-les-deux-Jumeaux. Ci-dessus, la carte d'adhérente à la FNDIRP de son épouse et la carte de "Déporté politique" de Georges Moreau.


Note 1 : Appartenant à la classe 1926, Georges Moreau a très certainement été mobilisé lors de la déclaration de guerre (la mobilisation générale est remontée jusqu'à la classe 13 : 20 ans en 1913). 
Carte de la FNDIRP de Madeleine Moreau
Carte d'adhérent "famille" 1946 à la FNDIRP

Sources
Lettre de Jean Marti 4 juillet 1945
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en avril 1992).
  • Photo, documents personnels, documents d'archives, articles du "Patriote Résistant" fournis par son petit fils, François Lejeune (décembre 2010 et novembre 2012).  et les lettres reçues par Félix Moreau (le frère de Georges) aux demandes d'informations qu'il avait adressées aux rescapés, en particulier une lettre de Jean Marti (ci-contre) en date du 4 juillet 1945, qui est désolé de ne pas se souvenir de son frère, mais qui lui communique toutes les adresses en sa possession, dans l'espoir qu'un rescapé pourra lui donner des informations.
  • Site internet Mémorial «GenWeb».
  • Cité Menier à Noisiel in site Jacques.vouillot.free.fr/
Biographie rédigée en décembre 2010 (complétée en novembre 2012) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: